Renaissance

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Le Maniérisme à Rome

Le terme de maniérisme est couramment employé aujourd'hui pour désigner principalement certaines manifestations artistiques réalisées en Europe entre 1520 et 1620 environ. Il se situe entre l’apogée de la Renaissance et les débuts du baroque et du classicisme. Le rôle fondamental joué par Michel-Ange sur la formation de la maniera  et son influence sur les artistes italiens a été souligné par tous les historiens récents. On pourrait noter chez Raphaël (mort en 1520) une évolution semblable.

Mais on peut également définir le Maniérisme :

Vasari qualifie cette "maniera moderna" de "bella maniera" : pour lui, elle implique certaines qualités exceptionnelles, l'harmonie et la mesure, l'imagination et la fantaisie. Dans ce sens, le terme de maniera n'est évidemment jamais employé de façon négative et ne correspond pas du tout à l'adjectif "maniéré" (manieroso , manierato ) qui a aussi un sens péjoratif.

En peinture, le maniérisme se caractérise par :

recherche de la beauté dans les mondres détails,
iconographie recherché
importance du détail décoratif
effet de plans superposés
raccourcis dans les positions
angularités et courbes (formes serpentines des corps comme le Christ mort dans les bras de sa mére)

Peintres

Jules Romain (1492/99-1546)Détail tombe Strozzi par J Romain

Vierge à l'enfant par J RomainJules Romain dit Giulio Romano, né à Rome, est le principal collaborateur de Raphaël entre 1515 et 1520: il l'aide à la salle de l'Incendie (1512), peint plusieurs commandes de Raphaël (La Sainte Famille pour François Ier), travaille aux cartons de tapisseries : Histoire de Scipion tissée en soie, laine et fils d'argent (1515) où Les fruits de la guerre représentant les misères de la guerre ... car il s'agit de fruits "amères". Il intervient également à la Farnésine (1518).

Après la mort de son maître, Jules Romain termine plusieurs de ses œuvres (La Transfiguration ). Ses propres tableaux d'autel ou La Lapidation de saint Étienne le montrent dominé par l'exemple de Raphaël, mais son tempérament plus dramatique et grandiloquent le rapproche aussi de Michel-Ange.

A Mantoue, au Palais ducal des Gonzague (1525, 1536, 1539) et surtout au palais du Té (1526-1535), il invente un nouveau système décoratif en unissant le stuc et la peinture, en faisant alterner des ensembles précieux aux décors grandioses . Il s'agit en fait d'une transformation des haras des Gonzague en villa avec de nombreuses pièces d'apparat autour d'une cour centrale, du coté loggia est accotée un immense jardin clos.

Les murs sont construits de briques, pierres locales et travertins recouverts d'un enduit épais formant des bossages rustiques et suggérant la pierre de taille. La corniche décorée supporte un faux attique et un appareil de refends . Les murs de la cour intérieure supportent des colonnes engagées, des arcs à bossage au dessus des fenêtres en forme d'accent. On entre par escalier qui débouche sur une triple entrée surmontée d'arches.

Intérieurement les murs et plafonds sont peints : salle de Psyché : Manège de l'amour, Histoires de Psyché dans les lunettes et la voûte; et surtout salle des Géants : le plafond est peint d'un ciel qui ouvre sur l' Olympe (Jupiter brandissant la foudre, ...) et sur les murs des scènes dont les architectures s'effondrent répondant ainsi à la colère du Dieu

Jules Romain réalisera aussi des majoliques historiées formant de splendides services de vaisselle plutôt faits pour être admirés que pour servir. Il s'agit d'assiettes, souvent destinées à de grandes familles et armoriées, réalisées par Romain mais peintes généralement par Nicolas da Urbino :

Jules Romain imprime sa propre marque à un groupe important de collaborateurs, comme le jeune Primatice. Le culte de l'antique et ses travaux d'architecte le font évoluer à la fin de sa carrière vers un art plus austère, d'une tendance antiquisante marquée .

Il meurt à Mantoue où il a créé un des centres les plus brillants du maniérisme. Jules Romain fut le chef de file à Rome des débuts du Maniérisme.

Jules Romain fit également de nombreux cartons de tapisserie tissé à Bruxelles: Histoire de Scipion, , fruits de la guerre , général vainqueur, la paie des soldats....

 

Francesco Xanto Avelli

Peintre sur faïence, très prolifique qui travailla à Urbino entre 1530 et 1542 Il reproduisit sur des vaisselles de luxe les compositions célèbres de Raphaël et de ses émules, déjà popularisées par la gravure :

Antonio Allegri dit "Le Corrége" (1489-1534)

Dans "Vies des plus célèbres peintres ... " de 1550, Vasari trace le portrait simplifié d'un peintre solitaire, génie inquiet et bizarre, isolé dans la modestie exemplaire d'une existence provinciale. Les biographes de l'artiste situent ses débuts dans sa ville natale et à Mantoue. Élève de son oncle Allegri, le jeune peintre se souviendra des perspectives de Mantegna (fresques de la chambre des Époux au palais de Mantoue) ; ce modèle et la perfection d'un dessin d'une prodigieuse légèreté fourniront des conditions idéales au déploiement de son talent.

Les premières œuvres de Corrège sont marquées par l'héritage du sfumato La Madone de Saint-François (1515), La Sainte Famille de 1516 et L'Adoration des bergers , dite La Nuit (1530), témoignent des profondes affinités du jeune artiste avec le dolce stil nuovo. Déposition de croix par Le Corrége

L'équilibre de la composition, la solidité du dessin anatomique, une nouvelle conception de la couleur - proprement tonale - confirment la thèse d'un voyage à Rome.

En 1520, il commence les fresques de l'église Saint-Jean-l'Évangéliste toujours à Parme, on lui propose, un contrat pour la fresque de la coupole octogonale de la cathédrale de Parme (1524-1530) où il donne libre champ à sa vertigineuse imagination spatiale avec cette Assomption qui donne une impression d'espace infini et de luminosité.

Les toiles religieuses, qui constituent un pendant plus calme à ses fresques fougueuses, montrent l'évolution de Corrège qui cultive son tempérament voluptueux dans les "nuances suaves et tendres" et excelle dans l'évocation du charme.

Maître incontesté de l'expression des raffinements sentimentaux, sans pour autant tomber dans la mièvrerie, Corrège préfigure l'esthétique baroque (La Déposition de croix et Le Martyre de saint Placide et sainte Flavie , vers 1526). La Madone de Saint-Jérôme, Le Mariage mystique de sainte Catherine ,(1526). Danae par Le CorrégeIl exécute, pour Hercule d'Este, une dernière série de peintures mythologiques aux tons de pastel très nuancé qui annonce la qualité de l'œuvre de Chardin

Le Corrége peignit également la voûte formée d'arceaux du réfectoire des religieuses de San Paolo à Parme.

Dans la Danaé (vers 1530), qui fait partie d'une commande de F de Gonzague de plusieurs tableaux (également : Leda ou Jupiter embrassant Io...) entre 1530 et 1534, on peut voir la recherche de l'impossible disparition de la matière, cet évanouissement proprement miraculeux des contours, auquel aboutit le nuage coloré de Jupiter dans Jupiter et Io : Le Dieu enlace la jeune femme avec une fougue bien rendue dans le tableau aux rendus fortement érotiques et à la recherche de sensualité réussie.

Corrège se révèle ici le peintre de la volupté féminine que traduisent les arabesques des corps : Vénus endormie.

 

Le Parmesan (1503-1540)Cupide par Le Parmesan

Francesco Mazzola ou Mazzuoli est né à Parme. Les œuvres de jeunesse qu'il exécute à Parme et dans les environs, témoignent d'une maturité instinctive, que l'artiste consolide par l'étude de Corrège et Anselmi, ainsi que de Raphaël. Parmesan connaît aussi les maniéristes toscans (Rosso et naturellement Michel-Ange). A 16 ans il peint son autoportrait où il se suggére vu dans un miroir convexe aux effets de déformation déjà trés maitrisés.

Les décorations à la fresque, réalisées entre 1522 et 1524, des 3 chapelles de l'église Saint-Jean à Parme révèlent une évolution significative : Saint Vital retenant le cheval , Sainte Agathe et le bourreau , Sainte Lucie et Sainte Apollonie : les putti disposés parmi les feuillages ne sont pas faits d'air et de lumière, ils sont traités au contraire avec une grande fermeté plastique.

Les tableaux de cette période révèlent une maturité précoce, mais avec des accents de tendresse juvéniles, comme dans les peintures traitant de sujets religieux : la Sainte Barbara et La Sainte Famille du Prado, L'Adoration des bergers et la Vierge à l'enfant Doria, ou la Sainte Catherine sous le palmier .

Parmesan, se rend à Rome avec la certitude de bénéficier de la protection du pape et l'espoir de pouvoir décorer les murs de la salle des papes au Vatican. Cette espérance sera déçue, en revanche, il recevra commande de nombreux tableaux destinés à décorer des demeures patriciennes ou d'importantes églises.

La Vierge au long cou par Le ParmesanLe paysage devient alors un élément toujours plus important et une partie intégrante de la représentation humaine, comme dans la Sainte Famille et dans la Vierge de saint Jérôme (Ce dernier endormi, au premier plan saint Jean Baptiste désigne d'un mouvement contorsionné la Vierge à l'enfant digne et sereine qui le domine); ou dans le Saint Roch et le donateur , dans la Vierge de sainte Marguerite et la Vierge de saint Zacharie exécutés à Bologne, où Parmesan se rend en 1527 à la suite du "sac de Rome".

Parmesan, de retour dans sa ville natale, voit ses espérances aboutir, grâce à la nouvelle église, la Steccata. Dans la Vierge au long cou , pour Santa Maria di Cervi (1534), la Vierge est associée plastiquement aux colonnes du fond et l'amphore à l'ange qui la soutient. Remarquer la monumentalité de la Vierge avec le saint Jérome en bas du tableau, le "coup" de lumière sur les visages de la Vierge et de l'enfant, aussi les doigts anormalement effilés de la Vierge gracieusement posés sur sa gorge. Remarquer l'enchevétrement des postures en S (vierge, enfant...)

Dans le Retable de saint Étienne , le rocher de forme ovale est traité selon le même module que les têtes des saints.

Autres oeuvres de Parmesan :

- Autoportrait au miroir convexe : Jeux de lumière et éclairage prouvent la connaissance de la peinture flamande du peintre
- Dans l' Antea il s'agit du portrait d'une jeune femme en pied sur un fond savamment éclairé qui fait ressortir les couleurs de ses vêtements. Richement vêtue, sa gorge et son visage ont une carnation lumineuse et ses gestes sont gracieuxDéposition de croix par Jacopo da Pontormo

 

Jacopo da Pontormo (1495-1557)

Ses débuts sont fulgurants: né en 1495, Jacopo passe par les ateliers de Léonard de Vinci, de Piero di Cosimo, d'Albertinelli et d'Andrea del Sarto. Bien qu'il soit très actif durant ces années d'apprentissage Pontormo ne commence à donner la mesure de son talent qu'avec l'Annonciation qu'il peint à fresque en 1514-1516; il inscrit ses personnages dans une niche sur laquelle s'enlèvent leurs postures très volumétriques.

Dans la Madone de San Michele Visdomini (1518), cette niche n'est plus qu'un manteau d'ombre pour la Vierge, le schéma de composition est classiquement triangulaire, mais l'axe symétrique est déplacé : le tableau n'unit ses figures que par leur communauté d'attitude et de physionomie (le sourire adorateur) et le clair-obscur qui ponctue la circularité centrifuge des personnages.

Cosme de m2DICIS PAR jACOPO DA pONTORMOMais la vraie rupture qu'introduit Pontormo, ce sont les fresques de la chartreuse de Galluzzo (1523), près de Florence, qui la mettent en œuvre. Non seulement le style plastique d'Andrea del Sarto disparaît, les figures s'allongent, mais encore la couleur se fait totalement abrupte. Cette irréalité de l'espace, Pontormo l'a portée à son comble dans la Déposition de la Cappela Capponi à Santa Felicita, son chef-d'œuvre. La pâleur transparente des voiles comme du fond gris sur lequel s'enlève le rythme complexe de cette composition giratoire contredit la sculpturalité des chairs comme l'inexpressivité relative des visages, la volute enroulée des postures formant une composition giratoire.

Le travail de la couleur y est sans doute l'un des plus inouïs de la Renaissance italienne. Curieusement, on ne voit ni le tombeau ni la croix mais un enchevêtrement de corps tournoyant autour du corps du Christ créant un effet de circulation de la lumiére

Bien que Pontormo soit sans doute l'inventeur du portrait moderne, l'essentiel de sa production demeure les commandes . Il eut aussi une immense production dessinée. Peintre et historien de son corps, Pontormo est l'un des dessinateurs les plus rares que la Renaissance italienne ait produit.

Pontormo exécuta également plusieurs tableaux pour Cosme de Médicis

Déposition de croix par FiorentinoRosso Fiorentino (1494-1540)

Florentin, formé dans l'ambiance maniériste d'Andrea del Sarto; il admire et copie Michel-Ange. Son inspiration étrange, son dessin aigu ses couleurs aigres (Madone entre quatre saints ), ses recherches d'une forme synthétique (Déposition de croix 1521 à rapprocher de celle de Michel-Ange. Noter le jeu des lignes qui se contredisent, au premier saint Jean Baptiste éffondré et Madeleine se jetant aux genoux de la Vierge. Jeu subtil de lumiéres et d'ombres) déroutent la clientèle mais n'empêchent pas son succès, et il reçoit plusieurs commandes (Mariage de la Vierge , 1523).

Un bref séjour à Rome (1523-1524) confirme son culte pour Michel-Ange et lui fait découvrir Raphaël et son école ainsi que Parmesan. Il travaille beaucoup pour les graveurs (Caraglio). En 1530, à Venise, l'Arétin le recommande à François Ier qui le fait venir en 1530.

Devenu peintre du roi, chanoine de la Sainte-Chapelle, Rosso crée au château de Fontainebleau de nombreux ensembles (pavillon de Pomone, pavillon des Poesles, galerie Basse, détruits) et surtout la galerie François-Ier (1534-1540), son chef-d'œuvre, où il invente une nouvelle conception du décor de fresque et de stuc.

Peu de tableaux subsistent: en dehors de la Pietà d'Écouen pour Anne de Montmorency, quelques dessins nous sont parvenus, mais les graveurs (Fantuzzi, Maître L. D., Boyvin...) nous donnent une idée de sa puissance d'invention et de son originalité dans tous les domaines. Rosso meurt à Fontainebleau en 1540. Il est, avec Primatice, le créateur de l'école de Fontainebleau qui ouvre la France à la Renaissance. Il exercera, surtout dans le domaine de l'ornement, une influence internationale.

Fiorentino peindra également le Moïse et les filles de Jethro assaillies par les bergers où, dans cette vue en raccourci on a la sensation du mouvement et du déchaînement par les gestes suggérés et l'accentuation de la musculature de Moïse nu

Yan Van Der Stret dit Stradamus

Etabli à Florence vers 1550, c'est un peintre maniériste. Il fournit de nombreux cartons de tapisserie à la manufacture de Cosme

Francesco Salviati (1510-1563)

C'est à Florence qu'il se forme auprès de Bugiardini, de Bandinelli, de Brescianino; en 1529 il est chez Andrea del Sarto. Salviati en 1531 arrive à Rome où il étudie intensément. La seule œuvre conservée de cette période est L'Annonciation (1533). En 1538, Salviati travaille à l'oratoire de San Giovanni Decollato où il donne une démonstration de son maniérisme romain : La Visitation . Dès lors, Salviati compte parmi les décorateurs les plus renommés de son temps.

Ses travaux à Venise (pour les Grimani), à Florence (pour les Médicis: au Palazzo Vecchio, salle de l'Audience, 1543-1545, et série de cartons de tapisseries, 1545-1548) sont suivis par d'importants décors à Rome (Capella del Palio; Chancellerie, 1548-1550; chapelle des Margraves, Santa Maria dell'Anima) où l'influence de Michel-Ange succède à un premier maniérisme plus précieux. Sollicité, dès 1542, de se rendre en France, Salviati effectuera en 1554-1555 ce voyage décevant et dont rien ne subsiste des œuvres qu'il exécuta au château de Dampierre.

Il devait laisser à Rome, où il mourut, l'un de ses chefs-d'œuvre : l'Histoire de David

Angelo di Cosimo di Mariano dit Il Bronzino (1503-1572)

Bronzino, avec Pygmalion et Galatée (1529-1530), maîtrisera le style de Pontormo sans le paraphraser. À la cour du duc d'Urbin, il peint ses premiers portraits. Rentré à Florence à la demande de Pontormo, il entreprend une série de portraits de la toute nouvelle aristocratie, aux poses artificielles.

Ces portraits sont célèbres pour la froideur de leur traitement, la linéarité de leur silhouette, leur couleur sombre plus discrète que celle des maniéristes antérieurs.

On citera pour exemple : Ugolino Martelli ou Bartolomeo Panciatichi ou celui de sa femme. Pour Éléonore de Toléde, il décore la chapelle du Palazzio Vecchio : Passage de la mer Rouge .

C'est alors qu'il peint ses deux œuvres les plus définitivement maniéristes: La Déposition de croix pour la chapelle d' Eléonore(1542-1545) et l'Allégorie du triomphe de Vénus.

La dernière œuvre proprement "maniériste" de Bronzino est le portrait Vénus et Cupidon par Il Bronzinod'Éléonore de Toléde (1545), où la précision avec laquelle il a rendu tous les détails des arabesques de la robe produit un effet quasi hallucinatoire. Noter l'aura lumineuse autour du visage.

Bronzino effectue, à la fin des années 1540, un grand nombre de cartons de tapisseries . Après sa Descente du Christ aux Limbes (1552), où l'écart est sans limite entre la morbidité du thème et l'exubérante accumulation par lequel il est traité, Bronzino accentuera cette profusion anatomique dans ses commandes publiques

Dans l' Allégorie de l'amour (1545) c'est la perfection glacée de ces chairs lumineuses mais presque blafardes et à l'érotisme délibéré.

Il Bronzino fit également des cartons de tapisserie.

 

 

VASARI (Giorgio) 1511-1574

Né à Arezzo, fils d’artisan et petit-fils d’un potier (d’où son nom), Lazzaro Vasari – auquel il consacrera une intéressante biographie –, Giorgio Vasari fut élève de Rosso

Vasari donne, comme certaines figures fortes de la Renaissance, l’impression d’avoir vécu plusieurs existences à la fois. Il est le fondateur de l’histoire de l’art ; son ouvrage extraordinaire et novateur de 1550, les Vite, a connu un succès tellement retentissant qu’une seconde édition a été nécessaire en 1568, mais on ne voit pas que Vasari ait jamais sacrifié à l’érudition une seule commande. Son activité de peintre, d’architecte, puis, après 1553, de « directeur des Beaux-Arts » du grand-duché de Toscane, a été soutenue, ambitieuse et brillante. Interprète insurpassable d’une grande époque, il est aussi l’artiste officiel type : sous ces deux aspects, il est intimement lié à l’« âge des académies » qui clôt la Renaissance.

Il recherche les hautes protections, pour qui il peint la pala de l’Immaculée Conception (église des Saints-Apôtres, Florence, 1540-1541). À Rome, il entre dans le cercle de Paul III Farnèse et est amené à peindre le fameux décor de la salle des fastes Farnèse à la Chancellerie (1546). À la fin de 1546, Vasari revient à Florence où il vivra désormais, mais avec des séjours à Rimini (Adoration des Mages, 1548), et à Arezzo, où il élève l’église de la Badia (vers 1550).

Il s’occupe en détail des funérailles solennelles de Michel-Ange (1564) . Il élève le palais des Cavalieri di San Stefano à Pise (1558) et entreprend à partir de 1560 la construction du palais de l’administration grand-ducale avec la galerie étroite et profonde des Offices dont la façade mince en écran sur l’Arno fait un chef-d’œuvre du maniérisme architectural. Entre-temps, il aménage son palais à Florence, et sa maison d’Arezzo avec un décor plus personnel.

Les Vite, livre majeur d'histoire de l'art, ont été conçues et réalisées comme une épopée de l’art toscan, à travers trois siècles prodigieusement actifs. L’ouvrage, qui venait bien à son heure, assura à Vasari une autorité. Le génie entreprenant de Vasari a permis l’élaboration d’un ouvrage historique, qu’il croyait être le simple complément de son activité professionnelle et de la doctrine académique.

Mais Vasari a contribué d’une manière décisive à hausser la profession d’artiste au niveau de celle des gens de lettres ; pour lui, l’idéal du peintre est de répondre aux besoins de l’époque et d’en être récompensé par le succès.

CARRACHE (LES)

Famille de peintres et graveurs italiens, originaires de Bologne.
Ils ouvrirent dans cette ville, en 1582, la fameuse Accademia degli Desiderosi, qui eut une influence considérable surtout sur l'Albane, le Guide, le Dominiquin et le Guerchin. Les Carrache, les deux frères, Annibal (Annibale) et Augustin (Agostino), et le cousin, Louis (Ludovico), ont profondément et durablement marqué la peinture européenne, tant par leurs œuvres peints respectifs que par leur enseignement théorique et pratique.

Entre 1588 et 1591, les Carrache peignent la frise du grand salon du palais Magnani à Bologne, où ils racontent en quatorze tableaux l’histoire de Romulus.

Les premières œuvres des Carrache dont la date soit connue sont des gravures, pour la plupart dues à Augustin, qui pratiquera cet art jusqu’à la fin de sa courte vie.


Ludovico (Bologne, 1555 — 1619)
Le plus vieux des trois, dont la formation est peu connue, réalise avec ses deux cousins, de 1583 à 1584, les fresques du palais Farnèse à Bologne. Les trois hommes, désireux de réagir contre le maniérisme régnant, envisageaient alors la création d'une académie où serait enseignée leur conception d'un art fondé sur l'étude de la nature, le respect de l'histoire et l'étude des maîtres, dont Raphaël constituait l'archétype. On estime que le rôle de Ludovic, dans l'élaboration de ce projet, fut déterminant, tant dans la définition du programme esthétique que dans ses orientations religieuses.

Vers 1588, certains des caractères propres à l’art de Ludovic apparaissent dans les premiers tableaux datés par lui : Conversion de saint Paul et Madone des Bargellini (Bologne).

Sa production personnelle, pleine d'émotion et de ferveur, compte des œuvres comme l'Annonciation, la Vierge à l'Enfant. Cette peinture, qui assume un rôle moralisateur et veut inciter à la dévotion, acquiert, dans les grandes productions de la fin de la carrière du peintre, une dimension pathétique. Il exécute, entre 1590 et sa mort (1619), des peintures que leur intense réalisme, leurs contrastes d’ombres et de lumières apparentent parfois à celles de Caravage (Flagellation, Douai ; Martyre de sainte Ursule, 1592, Bologne).

Annibale (Bologne, 1560 — 1609), cousin du précédent
Considéré comme le plus original et le plus doué des trois ; il est l'auteur d'une œuvre considérable. Son activité s'exerce d'abord à Bologne, où il crée, en 1582, avec son frère et son cousin, l'Académie des Desiderosi, qui deviendra en 1590 celle des Incamminati. En 1583, Annibal peint la Crucifixion de l’église Santa Maria della Carità de Bologne, où apparaissent déjà, avec une composition très simple, une solidité des formes et un accent réaliste très en avance sur les contemporains. Au même moment, les trois cousins travaillent ensemble à leur première grande entreprise décorative, celle de trois salles du palais Fava (Histoire de la nymphe Europe, de Jason, d’Énée).

Dans les dernières années de son séjour bolonais, Annibal peint des mythologies (Sommeil de Vénus) et de grands tableaux d’autel dont les formes amples, qui évoquent encore Véronèse, se plient à des schémas clairs et équilibrés (Assomption de la Vierge, 1592 ; Résurrection du Christ, 1593, Louvre). En 1595, Annibal est appelé à Rome par le cardinal Farnèse.

Il se dégage peu à peu du maniérisme qui prévaut encore et à l'esthétique duquel il a été formé. Les œuvres de cette époque, de la Boucherie à l'Assomption de la Vierge, conservent quelques traits de la maniera puis, très vite, proposent un chromatisme et une structure plus classiques. L'observation de la nature s'allie chez lui à l'idéal antique pour donner une peinture d'une noblesse teintée de sensualité.

Pour le cardinal, il conduit la décoration de la galerie du palais Farnèse : Triomphe de Bacchus et Ariane - Cette fresque deviendra pour le siècle suivant la référence incontournable. Mais surtout il invente une nouvelle conception du paysage qui sera celle du classicisme européen.

Agostino (Bologne, 1557 — Parme, 1602), frère d'Annibale
Peintre et graveur, se consacra avec passion à l'enseignement. Il mit sa vaste culture au service de son activité pédagogique et fut l'animateur infatigable de l'Académie des Incamminati.

Augustin reproduit d’abord des œuvres locales (Sabattini) ou des peintures de Baroche. De 1582 datent les premières gravures d’après de grandes œuvres vénitiennes (Tintoret, Véronèse); d'autres gravures traduisent son style personnel est ironique et souvent fort libre (série des Lascivie).

Son œuvre peinte est restreinte , sauf au cours de la période approximative 1590-1595, dans laquelle se place la célèbre Communion de saint Jérôme. Il participe aux travaux de décoration menés par Annibal et Louis, notamment ceux du palais Farnése et de sa galerie. Mais en 1599, il se brouille avec son frère et finit sa vie à Parme, où le duc Ranuccio Farnèse lui avait confié la décoration d'une partie du palais du Jardin.

Le fils naturel d’Agustino, Antoine (1589 env.-1619), fut également peintre ; mais son œuvre se réduit aujourd’hui à quelques tableaux dont l’étrange Déluge (Louvre).

L’œuvre des Carrache devait fortement stimuler la peinture européenne.

Sculpteurs et Architectes

Benvenuto Cellini (1500-1571)

Premier artiste à avoir laissé une autobiographie La Vie, Benvenuto Cellini, orfèvre florentin, médailleur tardivement devenu sculpteur, entendait laisser de lui l'image d'un génie. En 1531, quand il ouvre son atelier (bottega ) à Rome, Cellini est considéré comme le premier orfèvre de son temps. Quand Cellini, à quarante-cinq ans, met en chantier son Persée , il lance un défi d'une autre ampleur.

Nymphe par Benvenuto CelliniÀ Florence, sa ville natale, il n'est reconnu que comme orfèvre; Éléonore de Tolède, femme de Côme Ier, lui commande encore des bagues. Persée par Cellini

En France, où il a séjourné de 1540 à 1545, il a goûté à la vraie gloire. François Ier lui a offert un château, le Petit-Nesle. La Nymphe de Fontainebleau (1542-1545, Louvre) lui a ouvert la carrière dont il rêvait. En France, il s'intègre à cette cour de Fontainebleau sensible à l'art italien.

Le succès du Persée brandissant la tête de la Méduse, lui procure un triomphe car l'oeuvre est d'une beauté anatomique parfaite; le visage marque l'effort et le triomphe dans ce léger rictus où le héros nu, déhanché brandit la tête coupée et sanguinolente tout en foulant le corps de son adversaire au pied; le socle en marbre participe à l'oeuvre avec ses statuettes en bronze dans des niches d'Androméde....

En butte aux rivalités, aux intrigues de cour - ses rivaux, Baccio Bandinelli et Bartolomeo Ammannati triomphent -, il se mure dans une arrogance , réalise encore le Crucifix tourmenté de l'Escorial (1556-1562), et se venge du monde en écrivant sa Vie .

L'idée que Benvenuto se fait de lui est très représentative de l'image que les artistes du temps entendaient donner d'eux. Artisan, il l'est resté le moins possible: son Traité de l'orfèvrerie montre comment les matières précieuses qui passèrent par ses mains n'eurent de prix que grâce à son art.

Cellini cultive le goût maniériste de la prouesse, de l'exploit: faire tenir trois personnages sur une médaille minuscule, figurer toute une Ascension d'inspiration raphaélesque sur le sceau du cardinal Hercule de Gonzague (1528), traduire la monumentalité des figures allongées des tombeaux médicéens de Michel-Ange aux dimensions d'une salière (Vienne, achevée en 1543) ou, inversement, polir et "réparer" son Persée pour lui donner le fini d'un bibelot.

Cette salière de 26 cms de haut et 40 de diamétre pour François 1° représente la Terre et la Mer (1540-1543); elle est en or avec un socle en ébène et pierres semi précieuses. Il faut observer la qualité de ciselure des chevelures, l'allongement des doigts. et l'impression de mouvement lascif qui fait de cet objet un chef d'oeuvre unique. Le sel se mettait dans le petit vaisseau à coté de Neptune et les épices à coté de la Terre; un peit temple sert de bouton pour soulever le couvercle de la boite sous lequel on metteait d'autres épices

De retour à Florence, Cellini dédie à Cosme de Médicis un buste en bronze de ce dernier en armure et manteau militaire le représentant en vrai souverain.

Fontaine de Neptune par Ammanati

Bartolomeo Ammanati (1511-1591)

Détail de la fontaine de NeptuneElève du sculpteur Baccio Bandinelli à Florence, puis de Jacopo Sansovino à Venise; entre 1537 et 1540, il travaille avec lui à la Libreria Vecchia .

A Padoue, il sculpte notamment une statue colossale d'Hercule (1544), et un portail avec Apollon et Jupiter .

Rappelé à Florence par Cosme Ier de Médicis après la mort du pape, il remporte en 1559 le concours pour la fontaine de Neptune, place de la Seigneurie (commencée en 1563), dont l'énorme statue s'inspire trop lourdement du David de Michel-Ange.

Entre 1560 et 1577, il est chargé des agrandissements au palais Pitti à Florence.

Il dessine notamment la vaste cour en utilisant pour la décoration extérieure des ordres superposés selon la formule adoptée par Jules Romain à Mantoue.

En 1569, il donne son chef-d'œuvre avec le Ponte Santa Trinità. Il conçoit encore les plans du Collegio Romano , à Rome (1582 à 1584) et fait des créations pour la manufacture d'art de Florence dont le directeur artistique est Giorgio Vasari (1511-1574) l'auteur du livre capital sur la vie des peintres, sculpteurs et architectes. En 1585, Ammannati préside à l'érection de l'obélisque de la place Saint-Pierre, le premier que l'on relevait à Rome.

Jean de Bologne (1529-1608)Mercure par Bologne

Le sculpteur et architecte Jean Bologne signait en se référant à sa patrie d'origine "Flandri" ou "Belgae". Son nom flamand véritable semble avoir été Jehan Boulongne, rendu en français par Jean Boulogne. On en fit en italien Giovanni Bologna, puis Giambologna. Enlévement des Sabines par Bologne

Né à Douai, Bologne partit pour Rome, en 1555. Sur le chemin du retour, il se rendit à Florence où il put étudier les œuvres de Michel-Ange; fort de la protection des ducs de Médicis, il y fit carrière. Admirateur de Michel-Ange, attentif à la sculpture hellénistique, Bologne obéit à cette double influence. Il devint l'un des plus brillants représentants de la sculpture maniériste (comme Ammannati) en insufflant une jeunesse nouvelle à la sculpture que dominaient les œuvres de deux vieux artistes: Bandinelli et Cellini.

En 1563, la ville de Bologne lui commande une fontaine publique: le puissant Neptune, les figures et ornements qui abondent autour du piédestal attestent l'imagination et le sens très sûr du sculpteur. C'est peut-être de son séjour à Bologne que date la première version, aujourd'hui perdue, du Mercure , la plus célèbre de ses statues; noter l'effet de verticalité obtenu par le caducée et le bras levé ainsi que la pointe du pied, la jambe gauche levée suggére l'envol..

Sa première grande œuvre à Florence fut un groupe destiné à faire pendant à la Victoire de Michel-Ange : Florence, victorieuse de Pise , allégorie en marbre exécutée par l'éléve de Bologne : Pierre Franqueville.

Entre 1570 et 1575, on demanda à Bologne un ensemble: trois dieux-fleuves et une figure de l'Océan, pour décorer une fontaine : Statue équestre de Cosmo par Bologneon retiendra car la figure présente une alliance subtile de formes angulaires et de courbes. Bologne atteint l'apogée de sa carrière de sculpteur sur marbre avec son groupe fameux:

L'Enlèvement des Sabines (1575-1580) où le romain vainqueur arrache la jeune fille du sol pour l'emporter, tout en enjambant son adversaire vaincu; on observe dans l'ouevre la grace affolée et aérienne de la jeune fille saisie par le corps puissant de son ravisseur et le geste suppliant du vaincu l'ensemble formant un ensemble trés dynamique.

Les débuts de Bologne comme artiste religieux semblent avoir leur origine dans la Contre-Réforme : Christ ressuscité en marbre (1579) au corps athlétique et gracieux.

Une autre série de bas-reliefs en bronze fut exécutée pour la chapelle Saint-Antonin à San Marco de Florence. Un grand nombre de petits bronzes du Christ en Croix ou à la Colonne attestent la faveur dont jouissait le sculpteur.

Les dernières grandes commandes reçues par Bologne furent une statue équestre de Cosme Ier qui remettra en vogue les statues équestres, et un groupe colossal en marbre, Hercule et le Centaure (1595-1600).

 

 

Vignole (1507-1573)

Architecte italien. Jacopo Barozzi, dit Vignole, reçoit sa première formation d'architecte à Bologne. À Rome, il se met à l'étude des monuments antiques. On le trouve ensuite au côté de Primatice à Fontainebleau, occupé à réaliser des fontes d'après l'antique. De retour en Italie, Vignole participe au concours pour la façade de San Petronio de Bologne. À partir de 1546, il est au service du pape Jules III, achève pour lui la villa Giulia en collaboration avec Vasari et élève, sur la via Flaminia, la petite église dédiée à saint André (1550-1553), en se servant de formes géométriques pures, dépouillées de tout décor.plan église Gesu Florence

À partir de 1566, il édifie à Bagnaia la villa Lante dont il dessine également les jardins. Vignole donne ensuite les plans de l' église du Gesù (1568-1573) qui subira quelques transformations lorsque Giacomo della Porta construira la façade en 1584 (la plaque au dessus de la porte est d'Ammanati).

À une époque où triomphe la Contre-Réforme, l'architecte parvient à donner à cette église des Jésuites une grandeur qui tient à ses seules proportions, sans aucun recours au décor.

Le plan du Gesù combine le plan centré et le plan longitudinal. L'unique et large nef qui permet la prédication devant une nombreuse assemblée est coupée du chœur par un transept très étroit.

L'ensemble vise à solenniser la liturgie et à attirer l'attention des fidèles, nettement séparés des prêtres, vers l'autel. Les chapelles latérales furent soit consacrées à des saints, soit vendues à des familles de particuliers. Ainsi conçue, avec sa sacristie éloignée de l'abside, le Gesù eut une grande influence et constitua un modèle pour les églises de la Contre-Réforme.

On en a fait le prototype du style dit jésuite et un modéle des églises pour le 17° siècle.

Facade élise du Gesu à FlorenceUn siècle plus tard, la peinture transformera totalement le sanctuaire.

Les quinze dernières années de sa vie seront occupées par la transformation pour les Farnese de la forteresse de Caprarola en villa de plaisance. Il organise, à l'intérieur du bâtiment pentagonal, une magnifique cour ronde à portique, et par un jeu d'escalier monumental à deux rampes intègre l'ensemble aux vastes jardins. Une partie des décorations est l'oeuvre des fréres Zuccaro (Fédérico : 1540-1609 et Taddeo : 1524-1566).

Vignole donne encore des plans pour Sainte-Marie-des-Anges à Assise. Nommé architecte de Saint-Pierre, à la mort de Michel-Ange, il ne réalisera rien de très important dans la basilique pontificale. Sollicité par Philippe II, il envoie à Madrid des plans pour l'église de l'Escorial. Vraisemblablement sous l'influence de Peruzzi, Vignole a mesuré et étudié les monuments de l'ancienne Rome, cherchant à retrouver les règles qui régissaient l'architecture antique. Il a consigné les résultats de ses réflexions dans un Traité sur les cinq ordres d'architecture (Trattato sulle regole delle cinque ordini dell'architettura ) publié en 1562. C'est là son principal titre de gloire, qui lui valut d'être considéré pendant le 17e et le 18e siècle comme le législateur de l'architecture.

 

Architecture religieuse à Rome

Les Jésuites commencérent à batir en 1550 une église : leGésu, à Rome, dont Bartoloméo Lippi fournit les plans et dont le cardinal Farnese assura le financement; mais finalement ce sont les plans de Giacomo della porta qui furent retenus. L'église offre un plan en croix latine, avec un transept à peine saillant dont une coupole couvre la croisée. La nef ne comporte qu'un seul vaisseau bordé de trois chapelles couvertes de coupolettes.

De chaque côté de la travée du chœur s'ouvrent deux chapelles-oratoires utilisées par les pères jésuites pour leurs adorations journalières. La nef et le chœur sont rythmés par des pilastres à l'antique dont l'entablement supporte une voûte en berceau éclairée par des fenêtres hautes. Des tribunes donnant sur la nef s'intègrent avec les chapelles dans la hauteur de l'ordre. La façade, suivant le dessin de Giacomo della Porta, est divisée en deux niveaux scandés par des pilastres; des consoles renversées amortissent la différence de largeur des deux parties.

Le décor intérieur est tout d'abord très limité, seule la coupole étant ornée de peintures dues à Giovanni de Vecchi. Les fresques de la voûte de la nef et des chapelles seront terminés en 1584.

On a voulu en faire le prototype d'un style nouveau: le style jésuite. et le type de la façade s'est diffusé bien au-delà de l'ordre pour devenir le style baroque.

Réforme protestante et Réforme catholique (ou Contre réforme)

Deux siécles de maladresse, d'erreurs et de scandales dans l'église :
  • schisme d'occident entre 1378 et 1417 : les cardinaux français hostiles au pape Urbain VI trop despotique et injuste avec la France, le dépose. Urbain VIrefuse mais les cardinaux élisent un nouveau pape,
  • fastes et parfois dépravations à Rome,
  • humiliation de Boniface VIII par Philippe le Bel,
  • fiscalité pontificale pour le train de vie des papes
  • richesse de l'église
  • systéme d'attribution des évéches, abbayes ....
  • mediocrité spirituelle, morale, intellectuelle du bas clergé,
  • relachement de certains ordres religieux

Tout cela crée un terrain favorable aux critiques de Luther (sur les indulgences en 1517....) qui devant l'aveuglement des papes et son excommunication (1520) a été amené à la seule voie qui lui restait : la réforme, qui remportera un vif succés dans la partie de l'Europe la moins influencée par la Renaissance (donc surtout en Allemagne et en Angleterre); et dont Calvin prit le relais.

La répression catholique n'empéchera pas la création d'une église réformée et son aboutissement : Le protestantisme

Consciente de ces erreurs et du succés de la réforme, l'église reléve le défi en s'engageant dans la voie de la réforme catholique, ou Contre réforme, à partir de 1545 avec Paul IIIpuis ses successeurs.

Les premières mesures générales de lutte contre la réforme protestante et le protestantisme naissant furent :

  • la reconstitution en 1542 du tribunal de l'Inquisition, placé sous le contrôle de la congrégation du Saint-Office, et
  • la création, l'année suivante, de la congrégation de l'Index qui, publia, à partir de 1559, des listes d'ouvrages prohibés.

On associe souvent à ces deux décisions l'approbation par Paul III, en 1540, de la Compagnie de Jésus. Mais Ignace de Loyola, et les Jésuites furent certes les agents les plus actifs de la Contre-Réforme, mais ils eurent en même temps une action missionnaire et culturelle qui se situa en dehors de toute contre-offensive antiprotestante. Quant au concile de Trente, il ne fut pas seulement une machine de guerre contre la Réforme, mais le creuset où se confirma et se perfectionna la purification de l'Église romaine et le point de rencontre de toutes les forces catholiques de réforme. On ne peut nier cependant qu'il fut aussi un refus de dialoguer avec des chrétiens qualifiés d'hérétiques et une affirmation sans nuances de positions antiprotestantes.

La Vulgate, traduction latine de la Bible par saint Jérôme, fut imposée, malgré les contresens que réformés et humanistes y avaient décelés. Après le concile, le clergé - astreint au célibat - fut déclaré seul compétent pour expliquer et interpréter les livres saints. Le concile donna à la Tradition même valeur qu'à la Bible, en laquelle les protestants voulaient voir la seule source de la Révélation. Ripostant à Luther et à Zwingli, qui avaient rejeté indulgences et pèlerinages, et à Calvin, qui s'était moqué des reliques, il maintint les formes traditionnelles de la piété et confirma le culte des saints et des images, dont l'art baroque allait bientôt tirer un si grand parti. Les sept sacrements furent conservés. L'assemblée de Trente proclama qu'ils avaient été institués par le Christ et précisa qu'ils devaient être administrés suivant l'usage de Rome, ce qui interdisait la communion sous les deux espèces.

Contre la doctrine des "sacramentaires" adoptée ensuite par les calvinistes, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie fut affirmée avec force. Dès lors des autels monumentaux et des processions grandioses exaltèrent la victoire du saint sacrement sur l'hérésie. Le "triomphalisme" catholique s'opposa à la modestie et au dépouillement réformés.

Sur le plan local, la Contre-Réforme fut souvent brutale lorsque des princes se firent les champions du catholicisme. Les "placards" de Charles Quint aux Pays-Bas, les condamnations ordonnées en Angleterre par Marie Tudor, l'Inquisition espagnole sous Philippe II, le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) et les excès des ligueurs, les exécutions de nobles protestants à Prague (1620), le siège de La Rochelle (1627-1628), les dragonnades en France sous Louis XIV ont laissé dans l'histoire un sinistre souvenir.

Le Maniérisme à Venise Renaissance en Flandres, Pays-Baset Allemagne