Arts du Proche Orient

Sommaire

2 Les villes (suite)

2.2 Époque des dynasties archaïques (~2.900 à ~2340)


L' histoire de la Mésopotamie se sub-divise comme sa préhistoire en périodes séparées par des bouleversements politiques majeurs, souvent accompagnés de changements sociaux, économiques et culturels. On appelle ces périodes Dynastique Archaïque (DA).
Durant la majeure partie du IIIe millénaire, la Mésopotamie peuplée de Sumériens vécut sous le régime politique de la cité-État dont le "souverain" est appelé lugal = grand homme (ou Ensi).. Les grands personnages de la cité se font statufier en position d’orants. Des stèles commencent à perpétuer le souvenir de tel ou tel événement guerrier. Sur la stèle des vautours (Louvre) retrouvée à Tello, en Iraq du Sud, le roi de Lagash, Eannatum, magnifie sa victoire sur la ville voisine et rivale d’Umma. Il défile à la tête de ses soldats qui piétinent les vaincus. Sur l’autre face, le dieu Ningirsu capture les ennemis du roi de Lagash dans un vaste filet.

Etendart de UrLa société dune grande cité sumérienne vers le milieu du If millénaire nous est particulièrement bien connue, grâce à la découverte de la nécropole d`Ur en basse Mésopotamie. Au milieu de tombes banales, certaines sépultures reflètent  la richesse extraordinaire du sommet de la hiérarchie sociale. Autour des défunts s’entassent un matériel luxueux (bijouterie en or, argent, et lapis-lazuli, armes et vaisselles) et tout un peuple de serviteurs et de valets, victimes probables d’un suicide collectif, et enfin des animaux de trait. La présence de matériaux inconnus en Mésopotamie (par exemple le lapis-lazuli, originaire d’Afghanistan oriental) atteste la vigueur du commerce lointain, dont les cités sumériennes étaient les organisatrices et les bénéficiaires.

Les courants commerciaux s'intensifient et la voie maritime prend de plus en plus d'importance au détriment des voies terrestres traditionnelles (Le lapis-lazuli de Bactriane, la cornaline de l' Indus, la chlorite d' Iran et l' or)
Cela ne va pas sans conséquence pour les régions ou les villes touchées et explique  l'importance que pris les villes de Basse Mésopotamie telles que Ur, Lagash ou Uruk qui en ces temps se trouvaient au bord du golfe persique mais également la perte d'influence d'autres villes ( à cette époque), comme Suse
 

Cette époque des Dynasties archaïques se subdivise en DA I, puis DA II et DA III
 

2.2.1 DA I (2900 à 2700)

C'est une période de transition et seule la fin de cette période est considérée comme historique. Céramique rouge et noire pour des vases ventrus aux décors schématiques d'animaux
 

2.2.2 DA II (2700 à 2600)

Il apparaît  dans le Sud un nouveau matériau de construction : la brique plan-convexe (une face plate, l' autre bombée) dont les rangées disposées en chevrons permettant une grande rapidité de mise en place. Disparition des temples de plan tri-partite remplacés par des sanctuaires en forme de bâtiments à cour centrale entourée de pièces. Également des sanctuaires inscrits dans une enceinte ovoïde (Khafaje dans la vallée de la Diyala, énorme sanctuaire à double enceinte sur 2 niveaux avec un temple à chaque niveau, ou à Lagash).

La sculpture se développe  :
* A Eshnima tell Asmar dépôt d'une douzaine de statues d'hommes et de femmes (72 à 50 cm) en habit caractéristique (le Kaunakés : vêtement frangé en tissu), mains jointes sur un gobelet d'immortalité. Stylisation jusqu'à la géométrisation des formes. Yeux incrustés de lapis-lazuli, nacre ou albâtre
* Développement de l'écriture cunéiforme qui sert à écrire plusieurs langues dont le sumérien et  l'akkadien qui peu à peu le supplantera . Elle sert maintenant à écrire des hymnes, des prières ou des dédicaces ....

- Clous de fondation épigraphiés avec une tête en forme de personnage en position d' orant. Ils avaient 2 fonctions : Arrimé le bâtiment au sol et empêcher les forces mauvaises venant du sol de sortir.

2.2.3 DA III (2600 à 2340)

En Mésopotamie

C'est la période la plus fertile des époques dynastiques sur le plan artistique

A Kish et Lagash et dans les environs

- Masse d'arme du roi Mesilim de Kish, avec des lions stylisés sur le pourtour, aux yeux rapportés avec en son sommet : Anzu (Imdugud) en aigle léontocéphale
- Stèle  à registres représentant le 1° roi de Lagash : Ur-nanshe en habit à franges (le Kaunakes) entouré de sa cour et de ses enfants. Le fond de la stèle est couvert d' écriture cunéiforme
- Récit historique sur une stèle de la victoire de Eannatum de Lagash qui combattit victorieusement Umma. Sur 4 registres :
En haut le roi casqué et son armée à l'issue de la bataille, au 2° registre: parade après la victoire, au 3° registre : libations et sacrifice d'animaux puis ensevelissement des morts Au 4° registre : Scène de la bataille.
Cette stèle est appelée "Stèle aux vautours" car en son sommet les vautours  dépècent les corps et dévorent têtes et bras coupés.
- Très beau mobilier provenant de Ur
- Tombe royale au fond d'un vaste puits avec accès par un plan incliné aux 2 salles funéraires
- Tombe de Meskalamdug : magnifique casque en or gravé auquel manque les couvre joues en cuir
- Tombe de la reine Pu-abi (Shubad) : traîneau avec des têtes de lion en or et lapis-lazuli sur les flancs. Vases cannelés en or, gobelets, anneau d'argent servant de passant pour les rênes d'un char.
- Dans d'autres tombes : Béliers en nacre et lapis-lazuli, aux oreilles en cuivre sur un socle d'or en position humaine, debout, semblant fertilisé un arbre de vie- Instruments de musique : lyre,...
- Également trouvé dans une tombe : Une plaque en forme de pupitre avec scène de guerre sur une face et de paix sur l'autre, en mosaïque de lapis-lazuli, nacre, calcaire et cornaline , fixe par du bitume sur un support de bois.

Mari (aujourd'hui tell Hariri)

En Syrie sud , à la frontière de l’Iraq, sur la rive droite de l’Euphrate, qui coule à 2,5 km, alors que dans l’Antiquité il bordait la ville, On a pu identifier tell Hariri comme étant le site de Mari. Mari était le nom d’une capitale de l’Antiquité mésopotamienne, siège d’une dynastie, la dixième après le Déluge. L' architecture circulaire de la ville est typique des cités de l' époque et la topographie du palais particulièrement sophistiquée.

Statuette d'un intendant de Mari ~2400Il s’agit d’une des plus grandes capitales de l’Antiquité, non seulement centre politique déterminant, mais aussi foyer d’un art extraordinaire qu’illustrent des sculptures et des peintures, rendu plus présent encore grâce à une bibliothèque de plus de 20.000 textes cunéiformes, dépositaires de secrets que l’on croyait à jamais révolus et qui font pénétrer dans la «vie quotidienne» d’il y a 4000 ans.

Les textes sont muets sur Mari jusqu'à la fin du IIIe millénaire. Nous voici arrivés au temps de Hammourabi, roi de Babylone (1792-1750), qui commémore en 2 années de règne d’abord la défaite (33e année du règne), puis l’anéantissement (35e) de Mari, dont les murailles sont détruites.
Nouveau silence jusqu'au XIIIe siècle av. JC, lorsque les Assyriens installent à Mari une «tête de pont». Cette occupation pacifique ne doit cependant pas faire oublier que les Assyriens, installés sur l’Euphrate, ne sont là que pour assurer la surveillance de la grande voie de communication entre golfe Persique et Méditerranée et, partant, le contrôle de l’Occident. À l’époque gréco-romaine, Mari n’est plus qu’une bourgade

A Ebla prés d`Alep, en Syrie, on a découvert un vaste palais et une salle d'archives de 4 à 5.000 tablettes de comptes écrites en cunéiforme.

En Iran

Suse a donc périclité a l`avantage des villes du golfe accessibles aux voies maritimes. On a découvert dans un dépôt de marchand des objets en cuivre et , ce qui est  nouveau, en bronze ainsi que des vases en céramique, des petits objets en or et des petits pots en albatre
Au Louristan un poignard à lame ovale avec un manche anthropomorphe et représentation de serpent (caractéristique iranienne).  Également masse d'arme ornementé d'une scène de chars
 

3. Époque d' Agadé (~2340 à ~2100)

Dynastie d' Akkad (~2340 à ~2170)

Le sémite Sargon (1° roi de la dynastie d' Akkad), construisit vers 2340 la ville d' Agadé (ou Akkad: du semitique Akkadu=ville de royaute mais egalement partie nord de la Babylonie) prés de Kish et fonda l’empire d’Agadé, qui unifiait les vieilles cités-États de type sumérien au sein de ce qui apparaît comme une ébauche d’État territorial dont les principaux dynastes furent : Sargon, (Sharukhun en accadien), Rimush, Manishtusu, Naram-sin et Sharkalisharri. C'est alors que fut introduite une administration utilisant, définitivement en Susiane, l’écriture cunéiforme «modernisée», et la langue sémitique parlée aussi en Susiane.
Par la suite, autour de ~2100, le dernier roi d’Awân souverain de Suse, profita de l’effondrement de l’empire d’Agadé pour tenter de restaurer un État élamite double, associant le haut et le bas pays, comme à l’époque proto-élamite. Cette entreprise était symbolisée par les deux langues officielles: accadien, avec l’écriture cunéiforme, et l’élamite, avec une écriture linéaire nouvelle, utilisée aussi sur le plateau.

Au nord de la Susiane, dans les hautes vallées du Luristan, les nomades se faisaient enterrer dans d’énormes caveaux groupés loin de toute agglomération, avec un mobilier et, surtout, un abondant outillage et un armement de cuivre et progressivement de bronze. Leurs bronziers créèrent ainsi une tradition artistique des armes ornées de figurines complétant l’harmonie des formes.

Dans la sculpture l' orientation est nouvelle avec des oeuvres fabriqués en série au profit d'une propagande vantant les immenses mérites du roi et de son régime. L'approche est réaliste avec de grands détails anatomiques
À l’est, au-delà du territoire traditionnel de l’Élam, dans la province actuelle de Kerman, l’exploitation des carrières de chlorite verte ou noire et de la diorite de Magnan (Oman) suscita l’essor d’un art qui jouit d’une extrême faveur en Mésopotamie, où ses produits furent massivement exportés jusqu'à Mari (Syrie). Le transport se faisait par la voie maritime du golfe Persique. Des figures telles que l’aigle léontocéphale et l’homme-taureau sont des emprunts au répertoire mésopotamien. Cet art touffu, caractérisé par son horreur du vide, céda la place après 2300 environ à un art plus sobre, associé à des récipients plus petits, destinés peut-être à contenir des parfums.

Le sceau-cylindre mésopotamien fut adopté, avec un décor inspiré par celui de l’empire d’Agadé, mais affectionnant les divinités féminines de la végétation.

Le mobilier d’usage courant était sobre et rustique, mais on recevait et on exécutait sur place un abondant mobilier de luxe souvent identique à celui que les Trans-Élamites exportaient jusqu'à Suse, voire plus loin vers l’ouest.
Outre les flacons à parfum ou à fard en chlorite, les objets d’apparat en cuivre parfois allié à de l’arsenic, tels que les haches-emblèmes de dignité, présentaient de fortes affinités élamites, avec leur lame crachée par la gueule d’un serpent.
La vaisselle d’or et d’argent portait un décor au repoussé et gravé illustrant les activités profanes d’une élite exclusivement masculine: les labours et la fête de la moisson, des courses de chars lourds et légers, et surtout la chasse. Les animaux chassés, des capridés principalement, étaient représentés au galop volant, qui est certainement une création de l’art mycénien du ~18° s, transmise jusqu'en Bactriane. L’inspiration religieuse s’observe sur de grands cachets en cuivre, compartimentés, où figurent des divinités féminines. Le visage peut avoir une finesse proche de celle de l’art néo-sumérien, mais il est parfois remplacé par une tête de rapace, qui évoque une religion plus archaïque. Enfin, des statuettes de femmes en chlorite et calcaire blanc portent une crinoline comme les reines d’Élam et confirment la force des liens qui unissaient la civilisation de Bactriane à celle des Élamites. Or la civilisation de Bactriane s’éteignit vers le XVIIe siècle avant J.-C.,tandis que, paradoxalement, le royaume d’Élam prenait son essor.
  Temps des villages (néolithique) et des villes ( proto-urbain)     Époques d'Agadé (fin) et d' Ur, Neo-sumerien et  Bronze moyen