Moyen Âge

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Fin de l'art Roman dans l'Empire

Le Saint Empire Romain Germanique est secoué par la "querelle des investitures" dans laquelle il s'agissait de donner un pouvoir prééminent à la papauté dans le choix des prélats sur celui de la royauté; également d'imposer la prédominance des institutions religieuses dans l'organisation de l'Etat.

Sous Frédéric 1° le pouvoir impérial retrouve la puissance qu'il avait sous la dynastie ottonienne et les arts en subissent le contrecoup bienheureux :

- Eglise de Quedlimburg en Saxe où l'on retrouve les caractéristiques de la basilique dans la juxtaposition des espaces, l'alternance colonne-pilier et le chevet surélevé
- Cathédrale de Spire du 12° siècle, dans la vallée du Rhin d'influence bourguignonne et italienne. Extérieur du chevet avec des arcatures aveugles (les bandes lombardes) et 2 clochers. Voutement en voûtes d'arêtes.
-Abbatiale de Maria-Laach (Rhénanie-1093). Influence de l'Italie du nord. Massifs orientaux et occidentaux avec des éléments de décorations extérieures et un jeu des couleurs de la pierre. Juxtaposition de volumes simples
- En Alsace, sous domination germanique : Partie orientale de l'abbaye de Murbach (milieu 12° s). Arcatures aveugles à l'extérieur soulignant les différents niveaux et donnant à la fois une impression de puissance et de raffinement.
- Massif occidental de Marmoutiers : Jeu de polychromie dans l'appareillage et bandes lombardes.
- "Portail écossais" de St Jacques de Ratisbonne (début 13° s) : Développement des voussures, sculptures latérales
- A St Cyriaque-de-Genrode en Saxe : Décor intérieur novateur avec ce panneau d'évocation du tombeau du Christ avec au centre, isolé par des colonnes, Marie Madeleine entourée de rinceaux parcourus d'animaux et de figures en stuc.
- St Michel de Hildesheim : Clôture de choeur en stuc de la Vierge à l'enfant, souligné d'un bandeau de saints sous des dômes côtelés d'influence ottoniennne et byzantine.
- A Lambach, prés de Salzburg, on a retrouvé des peintures romanes de 1100 avec des scènes originales d'enfance et de la vie publique du Christ :
Christ guérissant un possédé en présence des apôtres. On détecte là les influences ottonienne dans la frontalité des personnages, byzantine dans la carnation des visages et romane dans les drapés.
- Cologne à son apogée sous les Ottoniens reste importante sur le plan pictural et des objets d'art :

- Enluminure représentant le script Hildeberg en train de copier un manuscrit, son assistant Everwin à ses pieds (les noms figurent en auréole)
Plaque funéraire en bronze de Rodolphe de Swab (Merseburg) avec une épitaphe sur le pourtour
 

Art Mosan

Après la dislocation de l'empire carolingien apparaît en Meuse une forme artistique intéressante et originale, qui aura quelques liens avec l'art ottonien en Germanie, et qui participera à l'éclosion de l'art gothique. Ellese distingue par des émaux champlevés et une recherche dans la statuaire et les oeuvres d'art. C'est donc un art "charnière" entre roman et gothique.

- Abbaye de Stavelot :

- Cuve circulaire baptismale à St Barthélémy de Liège (1107-1118) du bronzier Renier de Hu. Pourtour en demi-relief de 5 scènes : Baptême du Christ dans le Jourdain, Scène de prédication de St Jean Baptiste, Baptême du centurion Corneille, et 2 autres scènes de baptême. Inscription latine sur le pourtour. Observer la technique des plis emboîtés, la tension des drapés . c'est une synthèse des arts ottonien ,carolingien avec des références byzantine mettant en évidence les interactions entre ces différentes inspirations.
- Triptyque en argent doré, moyen relief (Liège 1160) contenant une relique de la vraie croix, gardée par 2 anges armés de lance. En-dessous une scène de la résurrection des morts. Les inscriptions sont au vernis brun les écoinçons sont émaillés.
- Relief de la vierge allaitant l'enfant, en grès; de Ruppert de Deutz  théologien de cette région mosane.
- Pied de croix (Abbaye St Martin de St Omer) en bronze fondu doré, dont la base est composée de 4 plaques concaves d'émaux champlevés, les pieds représentent des statuettes . Influence mosane d'hommes assis.

 

Début de l'art Gothique

Sur un plan religieux, on peut considérer le passage de l'art Roman à l'art Gothique comme celui d'une église militante vers une église triomphante.

1. L’émergence d’un style: 1140-1190

Sous le pouvoir qui s'affermit des rois de France:  Louis VI(1108-1137) Louis VII(1137-1180) puis Philippe Auguste (1180-1223);  l’art nouveau apparaît en Île-de-France,  en tout premier à l’abbatiale de Saint Denis, premier monument gothique par l'emploi de la voûte d'ogive, ou il s’oppose à la production contemporaine par un choix esthétique clairement affirmé, par la volonté d’intégrer toutes les techniques, mais aussi par le désir de le faire savoir. Elévation de Notre-DameÀ l’ abside, se matérialise une nouvelle conception architecturale caractérisée par la fusion des différents espaces, par une étroite association entre le verre et la pierre. Au trésor, Suger , abbé de St Denis, ami de Louis VIpuis conseiller de Louis VII, ajoute des pièces d’orfèvrerie majeures.

- Aiguière à la panse en sardoine, anse et bec avec un bandeau gemmé et filigrané
- Vase d'Aliénor en cristal de roche à nid d'abeille; monture d'argent à reliefs végétaux
- Vase en porphyre avec une monture en forme d'aigle aux ailes déployés, en argent doré

Taillées dans un même bloc de pierre, statues et colonnes innovaient sur le plan technique, dans les domaines de l’architecture, de l’iconographie, et du style. Elles participent à la tension verticale du monument. Elles introduisent le principe de concordance entre l’Ancien et le Nouveau Testament: les rois et les reines de l’Ancien Testament, auxquels s’ajoute au trumeau le saint éponyme. Les plis taillés dans la pierre conservent l’acuité du repoussé, les visages sont traités par grandes masses aux plans rompus.

L’architecture du chevet, reconstruit par Suger, est révolutionnaire dans son plan avec son double déambulatoire et ses chapelles rayonnantes; la fusion de ces 3 espaces en un volume unifié s’inscrit dans la volonté de rupture: un mur d’enveloppe extérieur intègre par son mouvement chacune des chapelles; des colonnes en délit supportent les couvrements des déambulatoires intérieur et extérieur auxquels se trouve associée la chapelle, grâce à une ogive supplémentaire qui permet l’unicité des volumes. L’emploi de l’ogive apparaît déterminant: il donne la possibilité de réduire le mur et de percer largement d’immenses baies, qui diffusent une lumière unificatrice vivifiée par le verre.
 

Extérieur de la cathédrale de LaonL’architecture

.L’architecte gothique cherche à unir les masses, à fondre les volumes. L’arc-boutant y joue un rôle tout aussi important que l’ogive. Il lie les masses entre elles et crée une dynamique verticale; il permet de réduire le rôle porteur du mur, qui pourra ainsi être largement percé afin de permettre une libre circulation de l’air: la dimension des baies, des grandes arcades s’inscrivent dans cette volonté d’amplifier les vides au détriment des pleins. En même temps, la travée est l’objet de nouvelles recherches qui aboutiront à la considérer comme une cellule dont le renouvellement définit le volume intérieur par une double dynamique: en hauteur à l’aide des supports dont le mouvement aboutit à la clé de voûte unificatrice; en longueur grâce à cet effet répétitif.

Dans la première génération, l’élévation est à 3 niveaux: on abandonne les tribunes au profit d’un triforium ou d’ouvertures sous combles (Saint-Denis, Saint-Germain-des-Prés) pour revenir à la tribune (Senlis), avant d’adopter le parti normand des 4 niveaux vers 1160. Dans cette dernière cathédrale, l’architecte abandonne le «mur épais» et les effets plastiques au profit d’une conception plane. Le couvrement sexpartite, conséquence de l’alternance des supports traditionnels en Normandie, ne soulève pas moins de difficultés, car il provoque une dislocation de la travée. Cette alternance est conservée à Paris et à Laon, les architectes cherchant à concilier voûtement sexpartite et supports identiques en adoptant des colonnes.
 

Les reconstructions

St Denis est la première d'une grande vague de reconstruction dans toute la France :

- Cathédrale de Reims (12°s) :  Volonté de simplicité et de nudité; plus de tribune mais un triforium. Les fenêtres de la nef sont très hautes et larges. L'élévation reste traditionnelle avec ses piles composées puissantes et ses colonnes doubles à chapiteaux végétaux. Dans la nef ogive sexpartite dont 1 support sur 2 est plus fort
Porche de ChartresExtérieur de Chartres- Façade de la cathédrale de Chartres (1134). La façade romane ayant été incendiée, la reconstruction est indispensable; elle respecte un rythme ternaire à 3 portails surmontés de grandes baies et d'une rosace polylobée, et flanquée de tours latérales. Portail central montre un Christ en majesté entouré de symboles évangélistes et dominant une rangée d'apôtre. A droite les débuts terrestres du Christ et à gauche l'ascension, fin de cette vie.
Statues d'ébrasement,caractéristiques du style gothique et plus encore de Chartres (art chartrain),  longilignes puisque faisant office de colonnes d'ou leur nom de statues-colonnes
Nef de Noyon- Reconstruction de Noyon à 4 niveaux de nef : arcades à supports alternés-tribune-triforium-fenêtres hautes

- Reconstruction de Notre-Dame de Paris entre 1160 et 1260 sur l'ancienne église St Etienne.
- St Rémi de Reims est également reconstruite entre le 11° et la fin du 12° siècle. Le choeur très large à 2 niveaux de fenêtres. Facade de la cathedrale de ReimsDéambulatoire et chapelles rayonnantes a nombreuses colonnes


- Cathédrale de Laon (1160) . Chevet plat et très longue nef à 4 niveaux et à voûtes sexpartites. Grands transepts dont la croisée supporte une tour lanterne. La façade est ternaire à partie centrale très large

Porche de la cathédrale de Senlis- Portail unique de la façade de la cathédrale de Senlis reconstruite également au 12° siècle. Au tympan scène du couronnement de la Vierge. Dans les voussures prophètes et arbre de Jessé (arbre généalogique de Jésus. Jessé était le petit fils de Booz et le père de David donc l'ancêtre de Jésus). Aux ébrasements statues de préfiguration de la passion du Christ. Remarquer le caractère tendu des drapés, la variété des attitudes d'influence mosane

L'art gothique se ressent également dans les cloîtres

- Cloître de Chalon/marne
- Cloître de Notre Dame en Vaux : Double colonnade alternativement géminées et simples
 

En bourgogne

L'art gothique se diffuse surtout grâce aux Cisterciens qui développent des techniques novatrices :

- Eglise de Fontenay . Arc brisé dans une nef unique sans éclairage directe, la lumière étant réservée au choeur

 Particularismes de l'ouest :

Cloitre du Mont-saint-MichelParallèlement à ceux de l’Île-de-France, les architectes de l’Ouest élaborent un parti radicalement différent. Il s’inscrit dans la continuité avec la nef unique (Angers) ou l’église-halle (Poitiers), et dans la rupture avec l’adoption de voûtes, d’ogives très bombées dont les poussées se rapprochent de la verticale. L’architecte de Poitiers a enfermé dans une boîte rectangulaire un volume entièrement dégagé, grâce à l’interpénétration de trois vaisseaux d’égale hauteur. La construction des cloitres subit également cette influence comme au Mont St Michel avec son colonnage double
 

La sculpture

Disparition du thème de l’Ascension vers 1160,  à l’apparition de la Vierge en majesté en 1150 (Paris, Chartres), du Couronnement de la Vierge en 1170 (Senlis). La sculpture monumentale se diffuse dans les cloîtres et à l’intérieur des édifices. Saint-Denis avait déjà offert le principe du cloître sculpté de statues-colonnes qui se répand alors: Saint-Maur-des-Fossés, Beauvais, Sens et surtout Notre-Dame-en-Vaux, à Châlons-sur-Marne. Le gisant apparaît comme le correspondant horizontal de la statue-colonne. Il se répand dès 1150, à partir des gisants royaux de Saint-Germain-des-Prés, taillés dans la pierre, exécutés dans le métal.
Tendu à l’aplomb occidental des deux tours entre 1145 et 1155, le portail de Chartres offre encore 19 statues-colonnes sur les 26 originelles. À Notre-Dame de Paris, le portail Sainte-Anne,  offre une formule qui doit elle aussi beaucoup à l’art du métal.. Les solutions diverses qui sont trouvées – entre 1140 et 1155 – relèvent d’une communauté de recherches.

Au cours des années 1170 les sculpteurs affirment leur originalité par un jeu complexe de courbes et de contre-courbes dans les plis, par le mouvement des draperies, par les effets d’ombre et de lumière dans les voussures, qui ne sont pas sans évoquer ceux de l’architecture à la même époque.
 

Le vitrail

Vitrail de SenlisLe vitrail est devenu depuis Saint-Denis le complément obligatoire d’un monument. Les couleurs se règlent sur un bleu que l’on a récemment redécouvert. Ces vitraux témoignent cependant de recherches plus monumentales. Les grands ensembles ont souffert, ne laissant souvent que des lambeaux de verrière.

Dès cette époque, l’histoire du vitrail se trouve tiraillée entre le monumental (Reims) et l’enluminure (cathédrale de Troyes). Dans ce domaine, c’est également la diversité qui frappe: au Mans, les maîtres verriers doivent beaucoup à Chartres. L’ouest de la France marque plus d’indépendance (Poitiers), de même que Cantorbéry.
 

A St Maurice d'Angers la voûte de la nef est un compromis entre la coupole et l'arc d'ogive. La nef est unique avec une élévation à deux niveaux à grandes fenétres hautes
 

A l'étranger

L'art gothique s'impose peu à peu en Italie, au Portugal, en Allemagne et en Espagne et en Angleterre
En Angleterre :

L’Angleterre, si créatrice à l’époque romane, a compris rapidement la portée de cette nouvelle esthétique qui s’appuyait sur la technique de la voûte qu’elle connaissait depuis près d’un siècle (Durham). On s’explique ainsi que les religieux de Cantorbéry aient fait appel à un architecte français, Guillaume de Sens, après l’incendie de leur cathédrale (1174). Celui-ci adopte une élévation à trois niveaux dans le chœur, des colonnes cylindriques, mais conserve le marbre de Purbeck qui va donner à l’architecture anglaise une tonalité particulière et un rythme affirmé. La liberté de l’architecte français s’affirme plus encore à Trinity Chapel qu’il a entièrement conçue et qu’a réalisée son successeur Guillaume l’Anglais.

En Espagne
Elle adopte ce style à Santa María la Real de Sangüesa, inspiration directe du portail royal de Chartres. L’entreprise la plus ambitieuse, réalisée en 1188 par Maître Mathieu, est le portique de la Gloire à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le sculpteur y manifeste une indépendance par rapport aux modèles, tout en adoptant le thème de la statue-colonne. Tout en marquant son attachement à la tradition romane, il lui apporte le mouvement et il insuffle la vie aux visages des statues.

Art Roman  Gothique classique (ou maîtrisé)