Moyen Âge

Sommaire cours  Villes romanes en Europe

Art Roman

On abordera dans ce cours l'architecture, la sculpture et les objets d'art dans l'ouest de la France, l'Angleterre, l'Italie du nord et du sud ainsi que la Sicile

Art Roman dans l'ouest de la France

L'ouest de la France est sous la domination des rois Plantagenet, Geoffroy Plantagenet est comte d'Anjou, et il hérite de la Normandie par son mariage (~1140). Son fils Henri II mari d'Aliénor d'Aquitaine  ajoute l'Aquitaine et l'Anjou àson royaume. On rencontre donc de fortes similitudes entre les arts de cette région et ceux de l'Angleterre de cette époque.

- Effigie de Geoffroy sur plaque de cuivre aux couleurs d'émail bleu, vert et blanc en champlevé (Le Mans). Il est représenté sous une arcade décorative, brandissant son épée. Une épitaphe en latin court sur le cadre extérieur. Maîtrise des demi-teintes par couleurs juxtaposées

St Etienne de CaenAu sud de la Loire une architecture originale se développe qui ne respecte plus toujours le plan basilical issu de l'antiquité tardive : les voûtes sont de plus en plus larges, les volumes unifiés  dans une recherche d'harmonie spatiale.

- Cathédrale St Pierre d'Angoulème (1120) : nef unique à 4 coupoles et 2 niveaux  , murs épais et piliers contreforts.
- A St Savin/gartempe (milieu 11° s) la nef en berceau peinte a de très hautes colonnes circulaires; le contrebutement se fait par les bas-côtés voûtés d'arêtes.

En Normandie se sent l'influence réciproque avec l'Angleterre. Le style particulièrement original et prolifique qui aura une influence importante sur le gothique naissant, s'étendra jusqu'en Sicile lorsque les barons normands domineront celle-ci.

- Abbaye St Etienne de Caen (1170) ou "Abbaye aux Hommes" : Système de construction dite à "mur épais" allégé par des moulurations et des fenêtres hautes au  niveau des tribunes. Noter l'alternance des supports par des colonnes engagées simples ou sur dosseret. La nef a une voûte sexpartite du 12° s charpentée à l'origine. La façade annonce le gothique par son rythme ternaire horizontal (nef à collatéraux surmontée d'un clocher) et vertical (les 3 porches, niveau intermédiaire de plus en plus avec rosace centrale et galerie de statues et niveau haut des clochers)
 

En Poitou et Saintonge

Abbaye aux dames à Saintes 12s- Abbaye aux Dames à Saintes (mi 12° s) : Réminiscence de l'arc de triomphe romain à 3 arches. L'ornementation est essentiellement concentrée sur le porche central aux voussures sculptées foisonnantes de petits personnages.

Notre Dame de Poitiers - Notre Dame la Grande à Poitiers (mi 12° s) Façade ternaire dont les côtés ont des porches aveugles, les tours sont disposées en rajout aux angles sans dépasser la hauteur de la nef centrale. Toute la façade est sculptée en haut relief.
 

Manuscrits, enluminures et peintures

On citera la célèbre broderie de Bayeux (1070-1080) qui conte la vie de Harold évêque de Bayeux et les motifs qui ont amené Guillaume à envahir  et conquérir l'Angleterre. Elle se présente sous forme de scènes narratives et historiques, numérotées; en partie basse et haute coure un bandeau d'animaux stylisés.

Les ateliers d'enluminure (scriptorium) sont très actifs :

- Miracle de  St Aubin (fin 11° s) intervenant après un mariage pour dénoncer la consanguinité des époux
- St Aubin bénissant l'hostie et encourageant les clercs à ne pas célébrer la messe contre de l'argent

Ce sont des peintures parfois "monumentales" dans lesquelles le relief est rendu par apport de cernes blancs ou sombres pour souligner un modelé, un pli du vêtement ou un visage.

- Peintures de la chapelle haute du porche et de la nef de St Martin/Gartempe (1100) : Episodes de la genèse en 4 rangées narratives aux couleurs claires à dominante ocre, alternance de fonds claire/sombre. Sensation de modelé et de lumière obtenue par ces contrastes de couleurs et le soulignement des contours.
 

Vitraux

Ils existent en France depuis la dynastie carolingienne, le plus ancien en place, celui de l'Ascension, se trouvant à la cathédrale du Mans .

- Cathédrale St Pierre de Poitiers : Très grand vitrail offert par Aliénor d'Aquitaine en 1165, en 3 registres superposés : En haut l'Ascension, au milieu la crucifixion du Christ, en bas la crucifixion de St Pierre

Cathédrale Ely (angleterreEn Grande Bretagne

Après la conquête de Guillaume ce sont des rois Normands puis Angevins qui règnent en Angleterre; comme en France l'influence artistique est réciproque mais avec une forte prédominance du style normand / Eglise de Durham - Angleterre

- Cathédrale d'Ely : Murs épais, supports alternés, très hautes tribunes, fenêtres en retrait au troisième niveau de la nef.
- Eglise de Durham : Alternance de piliers ronds et piliers composites constitués d'un ensemble de colonnettes. Voutement en ogive
- Cathédrale de Canterbury (1185) dont il ne reste que la crypte voûtée d'arêtes, cette église romane ayant été remplacée par une cathédrale gothique. On observera l'inventivité iconographique intéressante.

Cathédrale de Durham Angleterre 12s

- Cathédrale de Lincoln : Ici il faut remarquer la façade puissante et massive extrêmement développée en largeur
 

Enluminures

- Bible de Bury (1135) : Enluminure de Hugo en pleine page sur 2 niveaux représentant la vie de Moïse. Les tons sombres pour les fonds contrastent avec la gaieté des personnages, un caractère floral subsiste dans les contours. Observer le style graphique des plicatures appelé "style mouillé" parce qu'il marque fortement les formes du corps.
- Psautier du 12° s : C'est une copie du psautier d'Utrecht. Une page  représente le script Eadewine dans un encadrement de rinceaux.
- Bible de Winchester, du 12° s, restée inachevée. Elle a été réalisée par des artistes différents comme on peut le constater par l'observation de la décoration des lettrines d'influence anglaise ou italienne
 

Objets d'art

Très haute qualité des objets en ivoire et d'orfèvrerie

- Pièces d'échecs en ivoire de morse, de l'île de Lewis (fin 12° s)
- Crosse d'évêque en ivoire d'éléphant, illustrée de scènes de la vie du Christ et de St Nicolas
- Chandelier en bronze doré à Gloster. Les morceaux ont été moulés séparément puis assemblés. Les rinceaux de bronze sont peuplés de créatures fantastiques et de personnages dans un véritable fourmillement.
- Ciboire émaillé de Malmesbury (à couvercle pour préserver les hosties conservées) au corps à double renflement couvert de palmettes florales en champlever.

En Italie

L'Italie appartient toujours à l'empire germanique (jusqu'à la bataille de Legnano en 1176 qui vit la victoire des Lombards).

Italie du Nord

La Toscane n’avait joué qu’un rôle modeste dans l’essor du premier art roman méridional. Son développement artistique propre s’effectua durant le second âge roman, et il bénéficia de l’enrichissement du pays par le commerce. Le monument clef est la cathédrale de Pise, accompagnée d’un baptistère et d’un clocher – la célèbre « tour penchée ». Son plan est celui de la basilique à doubles collatéraux et à tribunes, qui se trouve en quelque sorte renouvelé par le traitement des bras du transept à la manière de petites basiliques. Mais sa célébrité provient surtout de la beauté de son décor extérieur en marbre, qui était allé en s’affinant tout au long de sa réalisation.

Détail de la porte en bronze de St zénon à Verone- St Ambroise à Milan : Vaste atrium donnant accès à l'église à 3 nefs voûtées (fin 11° s) et à 2 niveaux. Tour de clocher basse et carrée. A l'intérieur alternance des supports par des colonnes et des piliers composés

Au 12° siècle l'art roman italien se distingue :

- Modéne : Eglise à structure basilicale dans son ensemble mais avec une façade qui se structure avec une galerie, une rosace centrale, un décor sculpté illustrant la genèse dans un moyen relief sobre (deb 12° s)

- St Zénon à Vérone. Façade à rosace, le détail des reliefs en marbre retrace le passage de l'ancien au nouveau testament de part et d'autre de la porte centrale unique àbâti en bois couvert de panneaux carrés en bronze oeuvre de différents ateliers.

Vers la fin du 12° siècle influence prépondérante de Antelami Benedetto, à la fois sculpteur classique et original, influencé par l'art français à la suite de nombreux voyages et que l'on peut considérer comme un précurseur du premier art gothique italien.

- Reliure de Novare (déb 12° s) : Bâti en bois les silhouettes du Christ et des apôtres sont modelées en cire et recouvertes d'argent doré. les inscriptions et les rinceaux sont en nielle.
 

 


Mosaïque a fond or de la cathédrale St Marc à VeniseCathédrale de Pise

Italie du sud et Sicile

L’histoire tourmentée de la Sicile au haut Moyen Âge n’a laissé subsister qu’un petit nombre de monuments, en dehors des importantes catacombes chrétiennes de Syracuse, capitale byzantine de l’île. De l’époque musulmane, il ne reste que des fragments épars : un édifice très ruiné, voisin de Saint-Jean-des-Ermites de Palerme, a peut-être été une mosquée.

 

Mais la puissante monarchie normande du XIIe siècle, mettant un terme aux invasions, a laissé une série de monuments combinant de façon originale les apports de l’art roman et les éléments indigènes (grecs et arabes). Ces édifices, palais et surtout églises, sont dus aux rois Roger II (cathédrale de Cefalù, Saint-Jean-des-Ermites et chapelle Palatine à Palerme) et Guillaume II (cathédrale de Monreale) ou à leur entourage : l’émir Georges d’Antioche construit Santa Maria dell’Amiraglio (la Martorana) ; l’émir Maion fait entreprendre San Cataldo.

Cet art de cour dose savamment ses composantes selon les monuments et les époques. L’élément arabe domine dans les palais, où le roi vit en émir ; la salle de Roger II, à Palerme, le montre moins bien que les ensembles suburbains, cubes aveugles disséminés dans les jardins et les lacs, décorés de fontaines et de mosaïques (Zisa, Cuba). Il est plus discret dans les églises (coupoles de Saint-Jean-des-Ermites et de San Cataldo, plafond à stalactites de la chapelle Palatine, inscriptions coufiques).

À l’art byzantin est entièrement due l’église orthodoxe de Santa Maria dell’Amiraglio ; les basiliques ne lui empruntent que la décoration de mosaïques : chapelle Palatine (sanctuaire) et la cathédrale de Cefalù, décorées sous Roger II par des artistes grecs Et les rois (surtout Roger II) soumettent cette décoration à une architecture latine : la forme très répandue de la basilique à trois nefs, les façades normandes à deux tours (Cefalù, Monreale), et même les chapiteaux historiés montrent que cet art composite a voulu être occidental.

Avec la seconde moitié du XIIe siècle, l’équilibre politique et culturel qui avait permis l’originale synthèse arabo-normande se dégrade peu à peu. Coupée du monde islamique, la Sicile suit désormais les voies d’un art souvent provincial, largement tributaire des formes et des styles septentrionaux, tantôt adaptés ou réinterprétés par des artistes locaux, tantôt transplantés sans nuance par des artistes étrangers.

Art Roman  Fin Art Roman. Début du Gothique