Moyen Âge

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L'art gothique à la fin du 15° siècle aux Pays-Bas et en Germanie

Un peu d'histoire

En France, Louis 11 succède à son père Charles 7 de 1461 à 1483, Charles 8 régnera ensuite jusqu'en 1418 avant que Louis 12 devienne roi.. C'est Frédéric 3 qui est empereur en Germanie et en Angleterre Edouard4, puis Henri 7 et Henri 8.

La peinture flamande

L' Europe du Nord est également touchée par le gothique international et les artistes des Pays-Bas  (comme les frères Limbourg, enlumineurs), prennent une importance croissante dans ces régions riches à l'époque. Des confréries de commerçants, peintres, sculpteurs se créent... que l'on appellera des guildes. Comme en Italie, qui à la même époque vit une nouvelle révolution artistique : la Renaissance, les artistes réalisent de plus en plus  des oeuvres personnelles, qu'ils signent parfois, plutôt que des oeuvres communes.
Les commandes restent essentiellement religieuses : retables, sculptures d'églises, portraits de prélats. L'art reflète la tendance religieuse qui cherche à mettre relief les souffrances du Christ (devotio moderna). Les flamands utilisent un nouveau liant à l'huile pour leurs peintures qui remplace le liant traditionnel à l'oeuf; il offre beaucoup plus de possibilités en permettant de superposer les couches de peintures, de créer des effets subtils de transparence, de profondeur, de densité et d'obtenir des détails beaucoup plus précis. L'un des principaux créateurs et utilisateurs, est Van Eyck; parmi les artistes peintres majeurs on cite également Robert Campin et Roger van der Weyden.

Robert Campin, appelé aussi le maître de Flémalle, est actif à Tournai à partir de 1402 (mort en 1444) qui permit surtout à l'huile sur panneaux :
Annonciation de R. Campin- Triptyque de l'annonciation (avec d'un coté le couple donateur et de l'autre St Joseph dans son atelier ) montre un effet de perspective saisissant, une sensation de reliefs et de volumes par le traitement des vêtements. Dans le panneau central l'archange et la Vierge forment 2 masses pyramidales grâce aux drapés volumineux blanc et rouge avec des zones tubulaires aux effets d'ombres. Le surnaturel est indiqué par les signes mineurs comme le livre ouvert sur la table=la culture, la chandelle qui vient de s'éteindre, les 3 lys dans un vase = la pureté de la Vierge, le chaudron et la serviette
- Portrait de femme : Le visage est lisse et la coiffe volumineuse; grande précision des détails et perfection des traits

Yan Van Eyck après avoir résidé à Lille s'installa vers 1422 à la cour de Philippe 3 le Bon, duc de Bourgogne, (à Bruges capital du duché depuis 1419), comme diplomate puis  peintre de la cour A ce titre il a réalisé des oeuvres pour de nombreux dignitaires de la cour (les Arnolfini, le chancelier Rolin ...). Comme beaucoup de peintres flamands de son époque la plus grande partie de son oeuvre est consacrée a des sujets religieux dans lesquels peuvent apparaître les donateurs, les commanditaires ou des bienfaiteurs. C'est le premier à signer ses oeuvres. Il a travaillé avec son frère Hubert, d'abord sur des enluminures dés 1417, puis sur des peintures de chevalet. Il meurt  en 1441 :

- Vierge à l'enfant : Remarquer la disproportion entre le fond d'église et la Vierge mettant en valeur de façon symbolique l'importance de cette dernière. Description convaincante de l'église gothique du 13° siècle à triforium encore aveugle et jubé. Très grande minutie permit grâce à l'utilisation du liant à l'huile. Le surnaturel est évoqué par la lumière du soleil (venant du nord !!!) qui traverse les fenêtres hautes et qui forme des tâches sur le pavage en perspective de la nef
- Retable de l'agneau mystique (à Saint Bavon de Gand). C'est son oeuvre la plus célèbre (3m75 de haut). Formée de 12 panneaux d'une iconographie complexe, elle traite de l'Annonciation et de la Rédemption. Elle a été commencée par son frère Hubert et achevé en 1432 par Yan Van Eyck :

Madone au chevalier Rolin de Van Eyck- Madone au chancelier Rolin (chancelier de Bourgogne), de 1434 : Eclairage subtil. Le chancelier et la Vierge sont face à face, représentés dans des volumes identiques et Jésus entre eux. Fond de balcon ouvert sur une balustrade à arcades romanes et chapiteaux corinthiens, offrant la vue d'une ville en plans successifs.
Les époux Arnolfini de Van Eyck - Portraits des époux Arnolfini (1434). Huile sur panneau à la symétrie rigoureuse et axée par la présence du lustre, des mains et du chien aux pieds des époux, masse de la robe verte aux lourds drapés ombrés. Sur le mur du fond de la chambre la fenêtre se reflète dans un miroir prés du lit à baldaquins au dessus duquel le peintre a daté et signé son oeuvre.
- Triptyque de la Vierge dans une église parfaitement décrite et a la très forte perspective, sur les volets latéraux sainte Catherine et le commanditaire de l'oeuvre. Effet de matière et détails architecturaux somptueux. Noter la très forte disproportion de la Vierge par rapport à la nef.
- Portrait du cardinal Albergati d'après un dessin de 1431. Il est représenté de 3/4, l'éclairage porte sur sa joue gauche. Le visage est très analytique et fouillé (affaissement des joues et des ridules pour marquer l'âge)

Roger Van der Weyden né à Tournai comme Campin son maître. Au service de la ville de Bruxelles vers 1435, il voyage en Italie vers 1450 et ses oeuvres en trahissent l'influence (mort en 1464). Il est renommé pour ses qualités de coloriste et de composition et son grand souci du détail et de la précision. Van der Weyde introduisit plusieurs innovations importantes, qui influencèrent la peinture hollandaise postérieure, parmi lesquelles l'utilisation d'arrière-plans dorés, des décors architecturaux définissant l'espace de la scène, ou encore le placement, au premier plan, d'un personnage vu de dos et créant l'impression d'un espace clos, comme dans le Mariage de la Vierge (musée du Prado, Madrid). À partir de 1450, après un voyage en Italie où il se confronta à l'art de la Renaissance italienne, son travail s'adoucit, gagna en réalisme ce qu'il perdit en intensité mystique, comme en témoigne l'Adoration des Mages (Alte Pinakothek, Munich).

Descente de croix de Weyden- Descente de croix : Sensation de volumes dans le traitement des personnages. Le tableau est centré sur l'arabesque que forme le corps du Christ
- Retable du maitre autel de l'hôpital de Beaune (~1450). c'est un polyptyque peint sur les 2 faces : A l'intérieur vision paradisiaque des saints et des saintes entourant le Christ juge. Saint Michel pèse les âmes au pied du Christ. les damnés sont représentés en frise en bas du retable, nus, hurlants et grimaçants
- Thème de la sainte conversation : Vierge debout tenant l'enfant entourée des saints Côme et Damien sur un fond d'or et d'étoffes blanches
- Triptyque des 7 sacrements (1452-1455) à Anvers : Au centre la crucifixion dans une église en perspective fuyante dont les bas-cotés avec des chapelles (une par sacrement) se prolongent sur les volets du triptyque.

Van der Weyden était également renommée comme portraitiste :

- Francesco d' Este en buste sur fond blanc. recherche d'élégance sur une expression méditative
- Le grand bâtard de Bourgogne portant le collier de la toison d'or. Minutieuse description du visage
 

D'autres artistes flamands ont suivis la trace de ces 3 grands peintres :

- Portrait d'une très jeune femme à la coiffe, portant un collier a 3 rangs, au visage énigmatique : de Petrus Christus de Bruges
- Déploration du Christ : Huile sur bois. Le paysage, au sein duquel prennent place des personnages aux silhouettes allongées, est baigné d'une douce lumière; il dénote un sens aigu de la perspective. Les attitudes éplorées de la Vierge, de Marie-Madeleine et de saint Jean font écho au réalisme insufflé à la figure du Christ : de Dierick Bouts

Le triptyque Portinari de Van Goes  - Triptyque Portinari (1476) commandé pour l'église sainte Marie nouvelle de Florence. Au centre les anges, saint joseph et les bergers . Sur chaque panneau latéral les donateurs avec leur saint patron
- Dormition de la Vierge (sa mort) : peinture à la mise en page serrée, presque étouffante, accentuation des visages aux yeux très frappants. Ces 2 oeuvres sont de Van der Goes qui peignit à partir de 1467 et jusqu'en 1475. Retiré dans un monastère, il mourut en 1482.
 

On recense 93 peintures de Hans Memling (1435-1494) peintre établi à Bruges, principalement des diptyques et triptyques de retable :

- portrait d'une femme Sambeth (sibylle). Admirer le traitement du voile et des transparences de la coiffe que seule permet la peinture à l'huile.
Triptyque de St Christohpe de Memling- Retable à volets pour la famille Marcel. Au centre saint Christophe portant l'enfant Jésus, encadré de saint Benoît et de saint Gilles
Une Vierge de Memling- Retable, sans volet, d'une Vierge assise à l'enfant nu, entourée des commanditaires, de saint Jacques, saint Benoît et d'une foule d'hommes et de femmes (1490)
- Chasse des reliques de sainte Ursule

- De Gérard David de Bruges (début 1484-1525) une Vierge à l'enfant de 1509, entourée d'anges et de saintes. A l'arrière le peintre avec son épouse parmi d'autres personnages anonymes.
 

Les tableaux de Bosch se distinguent fortement par des références à l'astrologie, au folklore, à la sorcellerie, à l'alchimie, au thème de l'Antéchrist et aux épisodes des vies de saints exemplaires. Ils témoignent d'une préoccupation constante pour la damnation des âmes condamnées à l'enfer éternel, conséquence fatale de la folie humaine refusant la vertu dictée par Dieu.

- Le couronnement d'épines du Christ, entouré de personnages aux visages violents et vulgaires symbolisant les mauvais sentiments
- Triptyque du jardin des délices (1505-1510) avec  à droite  le paradis et à gauche  l'enfer. Admirer la minutie et le coté fouillé du thème central.
Triptyque du jardin des délices de J Bosch

La peinture germanique

Stéphane Lochner (débute à Cologne vers 1410-1451) se situe dans le prolongement du gothique international, entre autres avec cette Vierge d'humilité, assise, son enfant sur les genoux, tous 2 auréolés et entourés d'anges. Le fond d'or envahit le tableau

Konrad Witz (début 15°s) plus influencé par les flamands que Lochner :
- Triptyque pour l'évêque de Genève François de Metz (1444) avec sur une face une Vierge à l'enfant et l'évêque présenté par St Pierre (Remarquer le traitement des drapés amples et l'effet d'irisation obtenu pour les tissus) et sur l'autre face la pèche miraculeuse avec Jésus marchant sur le lac ... probablement de Genève.

L'Alsace aussi est un milieu important de l'art au 15° siècle :

- Martin Schonganer (1445-1491) de Colmar, graveur et peintre : Volets du retable d'Orier. Les drapés forment des plis pas toujours naturels; les visages sont traités de façon arrondie. Les chevelures détaillées accrochent la lumière. Il réalisa également un ensemble de 12 gravures sur le thème de la passion du Christ
Retable d'Issenheim de Grunewald- De Matias Grunewald : Retable peint sur les 2 faces, de 1517, peint pour les autorités d'Issenheim. A l'extérieur une crucifixion avec St Jean l'évangéliste et St Antoine et au dessous une mise au tombeau. De part et d'autre de saints personnages. Les oeuvres de Grunewald traitent essentiellement des souffrances du Christ à travers l'épisode de la passion.

En Alsace on trouve également des sculpteurs comme Dangolsheim (~1460) dans le style des "belles madones" en pierre. Volumes et creux imposants. Nicolas de Leyde, célèbre à Strasbourg a sculpté un buste d'homme accoudé (autoportrait ?) ou le mouvement de torsion du corps est accentué par l'enroulement des bras

La sculpture aux Pays-Bas et dans les pays germaniques

Aux Pays-Bas, production importante de retables en bois du début du 16° s; sculptés sur place ils sont ensuite envoyés en "kit" aux destinataires, comme le retable de Coligny, haut relief polychrome,  sculpté à Anvers et représentant au centre une crucifixion et des scènes de la passion dans les parties latérales. On peut également citer les oeuvres de :

- Martin Hoffman avec une Vierge à l'enfant d'Issenheim aux traits fins. Développement saisissant du drapé au volume important.
- Relief de Joan du Boos (ou Bos) de Tournai d'une Vierge à l'enfant sur les genoux entourés des donateurs présentés par leurs saints patrons
- Retable du maître autel de Rimini avec des personnages aux visages arrondis et aux vêtements aux plis abondants
- Vierge de St Sauveur (Lille) en pierre polychrome. La silhouette est hanchée, grand développement des drapés

Dans les pays germaniques quelques grands sculpteurs :

De Tillman Riemenschneider (actif de 1480 à 1531) :
Retable de la Vierge de Riemenschneider- Retable du saint sang de Rothenburg, en bois. Drapés abondants et fouillés, en haut relief
- Vierge d'Annonciation en albâtre, dorure sur les cheveux
De Veit Stoss :
Retable de la Vierge de Stoss- Retable de la Vierge (1477-1489)
 
 


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