Moyen Âge

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L'art gothique international (fin 14° et 15° siècles)

Un peu d'histoire

Le roi de France Jean 2 le Bon est prisonnier des anglais. Son fils Charles 5 règne par procuration. C'est un roi sage et énergique, homme raffiné et instruit, amateur de poésie et de musique. Fin stratège il réussit à  reprendre aux anglais leurs terres françaises, à sa mort ceux-ci ne possédaient plus que 5 villes. A l'intérieur du royaume il assure la sécurité sur les routes, en économie il participe à la création du franc, comme constructeur il transforma le vieux donjon du Louvre de Philippe Auguste pour en faire un château dans lequel il établit une riche bibliothèque de manuscrits et textes rares. En guerre plus ou moins ouverte contre les anglais il s'appuya sur son connétable DuGuesclin qui mourut en 1380 comme lui-même.
Son fils Charles VI donna des signes d'aliénation dés 1392 et les grands ducs de France se disputèrent le pouvoir. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons dés 1405 conduisit à l'intervention étrangère et au traité de Troyes en 1420 par lequel , à peine conscient, il déshérita son fils Charles 7 au profit du roi d'Angleterre Henri V



L'art international

La décennie de 1380 marque une rupture entre les différentes techniques artistiques: la peinture connaît une évolution interne, suivant sa logique propre qui ne tient plus compte de l’architecture ni de la sculpture. La peinture de chevalet a conquis son autonomie. À certains moments,  la sculpture cherche à s’en rapprocher. On a appelé cette période «gothique international» car il s'est diffusé en Europe à travers les commanditaires et artistes qui voyageaient beaucoup. Dans cette période troublée de la fin du siècle et de rapports difficiles entre les royaumes il est curieux de constater que l'art reste brillant, coloré et raffiné.
Les grands mécénes français de cette époque sont  Charles 5 et ses fréres : Jean de Berry, Louis d'Anjou et Philippe le Hardi (Duc de Bourgogne)

Architecture

En France, l’évolution se fait en 2 temps :

Oeuvres présentées

- Du mécénat de Jean de Berry, frère de Charles 5 la tour Maubergeon du palais comtal de Bourges
- Du palais comtal une immense cheminée au triple conduit extérieur et détaché du mur. A l'intérieur la cheminée d'environ 10 m de long sur 2 m est surmontée d'un grand fenêtrage
- Du mécénat de Louis d'Anjou, troisième frère de Charles 5 : la reconstruction du château de Saumur et la chapelle du château d'Angers
- Du mécénat de Philippe le Hardi, le chantier de la Chartreuse de Champmol (prés de Dijon), dirigé par le maitre d'oeuvre Claus Sluter, qui débuta en 1383 et dont il ne reste que quelques éléments sculptés (cf sculpture) comme la Vierge à l'enfant au pilier central du portail dans la tradition de l'époque : Jambe d'appui et jambe libre, drapé en volutes, sensation de tension, d' énergie et de "dialogue entre la Vierge et son enfant.

L’Angleterre a été confrontée à une semblable révolution architecturale, à laquelle on a donné le nom de «style perpendiculaire» d'après le dessin des baies. Il s’agit avant tout d’une définition nouvelle du volume intérieur et des masses extérieures, qui s’exprime par sa simplicité géométrique. S’y ajoute le mode de couvrement : les architectes ont adopté une nouvelle technique de voûte en éventail (fan vaulting ) dont résulte l’effet dynamique: les voûtes éclatent en dessins étoilés (chapelle Henri VII (1502), à Westminster)

Dans l’Empire, Peter Parler avait remis en cause de façon fondamentale la notion française de la travée au profit d’une conception homogène de l’espace. La distinction entre supports et couvrement devait servir d’axe de recherches aux architectes contemporains. Le renouveau de l’église-halle s’inscrit dans cette voie. La recherche ultime dans ce domaine est celle de Benedikt Ried, dont les réussites sont dues à des prouesses techniques spectaculaires: à la salle Vladislas (1493), au château du Hraschin, il donne une largeur encore jamais atteinte de 16 mètres pour une hauteur sous voûte de 13 mètres.

- Cathédrale St Guy (Prague) commencée en 1344 par un maitre français et terminé par Pierre Parler membre d'une dynastie d'architectes germains : Triforium à claire-voie avec une galerie de portraits. Voute de la nef en ogives

La sculpture et la statuaire

Vierge en ivoire En France, la variété est le fait de personnalités hors de pair, qui s’affirment comme des artistes, au sens moderne du terme. Ils demeurent soumis aux aléas de la commande, mais ils lui impriment un caractère personnel. Il s’ensuit une histoire de la sculpture française difficile à établir clairement. Claus Sluter (1389) à Dijon se rattache à la tradition parisienne, avec laquelle il rompt en même temps par un lyrisme inédit (chartreuse de Champmol). Ses successeurs vont se situer par rapport à cette position paradoxale: Claus de Werwe (neveu de Sluter), Jean de la Huerta, Antoine Le Moiturier. Chacun d’entre eux retient le principe de l’hégémonie de la draperie. Jean de Cambrai, contemporain de Sluter, s’oppose à cette conception pour défendre une élaboration de l’œuvre à partir de la juxtaposition de formes géométriques unifiées en volume par la draperie. Dans la seconde moitié du XVe siècle apparaissent, comme en architecture, des foyers régionaux liés à la personnalité d’artistes souvent restés anonymes (Michel Colombe dans le centre de la France; la région de Troyes; la Lorraine; la Normandie).

Oeuvres présentées

- Vierge assise à l'enfant. Assez statique malgré le mouvement gracieux de la main pour relever le pan de son manteau. L'enfant est demi nu.
- Vierge de l'église d'Auzon : Visage ovale encadrée cheveux ondulés. Voile souple et ondulé. Drapés souples et moelleux. Enfant demi nu
- Statues de Charles V et Jeanne de Bournon debouts et couronnés (les attributs sont du 19°). Ces statues étaient au fronton du Louvre face à St Germain l'Auxerrois. La sculpture réaliste permet de connaître le visage du roi et de la reine vêtus des vêtements ajustés de l'époque.
- Gisant de Charles 5 en marbre attribué à André Bonneveu (Valenciennes)
- Mécénat de Jean de Berry : Vierge à l'enfant (de Jean de Cambrai) offert par Charles 5 au couvent de Marcoussis, en marbre blanc. Aspect géométrique et massif, les plis sont contenus dans un volume cylindrique, fluides dans la partie basse du vêtement.

Puits du cloitre des Chartreux dit 'puits de Moïse' à ChampmolMécénat du duc de Bourgogne (Philippe le Hardi)

- Puits du cloître des Chartreux de Champmol dit "Puits de Moïse" Dans son oeuvre, Claus Sluter (imagier au départ) a fusionné le puits et le calvaire qui occupaient traditionnellement le centre des cloîtres de l'époque en un seul monument. La base hexagonale supporte 6 statues de prophète en très haut relief. Forte plastique réaliste. Au dessus des prophètes 6 anges éplorés aux angles démontrant la très grande qualité de l'appareillage de la pierre qui appuie celle de la sculpture
- Tombeau de Philippe le Hardi construit par plusieurs artistes. Soubassement en albâtre portant une galerie de pleurants aux visages et aux traits très individualisés; aux habits à la fois souples et lourds. Le gisant est posé sur une plaque de marbre noir avec un ange aux ailes déployés de chaque coté de sa tête
- Retable de Champmol commandé à Jacques de Baerz, en bois doré
- Peinture commandée à J Malouel pour la marquise de Champmol représentant la scéne de crucifixion de St Denis

En Angleterre, c'est la venue de Jean de Liège en 1365-1367 qui a donné une nouvelle impulsion à la sculpture (tombeau de Philippe de Hainaut, Westminster). Les sculpteurs insulaires se situeront par rapport à cette œuvre insigne.

L’Empire offre un visage plus ambigu: il est séduit par le courant international tout en restant attaché à la tradition monumentale (cathédrale de Cologne). La seconde moitié du XVe siècle marque la totale indépendance et la puissance d’invention des sculpteurs. Hans Multscher (qui était également peintre) et surtout Nicolas de Leyde (1462-1473) bouleversent la tradition en introduisant dans leurs œuvres un mouvement saccadé de lignes brisées et un réalisme exacerbé. Veit Stoss s’inscrit dans cette voie.

Oeuvres présentées

- Vierge polychrome de Krumlov en pierre, au hanchement accentué, silhouette sinueuse aux drapés développés à plis amples et creux créant le volume. L'enfant est tenu en biais et nu. recherche d'idéalisation et de beauté.
- Adoration des mages du tympan de l'église Notre-Dame de Francfort en haut relief. Jeu des courbes, effet de profondeur, très fouillé
- Vierge de pitié polychrome (Munich) assise , le visage expressif  exprime la souffrance. Elle tient son fils dans ses bras, avant  sa mise au tombeau

En Italie

- Reconstruction de la cathédrale de Milan (1386). Nef à 5 vaisseaux à piliers fasciculés, abside sans chapelle rayonnante. A l'extérieur une profusion d'ornementation sculptée. Les dimensions sont colossales
- A Florence le Dor-san-Michele servant de soubassement a une halle aux grains. Sobriété contrastant avec la cathédrale de Milan
- Jacopo della Quercia sculpte le tombeau d' Ilaria del Caretto. Sous le gisant le soubassement est sculpté de guirlandes tenues par des anges nus qui en font le tour
Dés le début du 15° siécle elle annonce la renaissance

La peinture

Réaction  contre l’emploi de formules répétées et souvent épuisées. Courajod a donné le nom de « gothique international» à ce courant, qui se rattache au style courtois de la première moitié du XIVe siècle et qui fut mis à l’écart entre 1360 et 1380. Il réapparaît dès les années 1380 dans toutes les cours européennes; celles des princes aux fleurs de lys (parents du roi de France Charles V). Il se définit à la fois par la souplesse des formes, par la grâce des courbes, par le goût des couleurs aux tons rompus et aussi par un certain irréalisme.
 

En France

Les peintres du duc de Berry en sont en France les plus remarquables témoignages, mais on leur doit également d’avoir introduit dans la peinture les premiers paysages. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le succès de la tapisserie, qui accentue encore cet irréalisme, et celui d’une nouvelle technique: l’émail opaque sur or, l’émail faisant ainsi disparaître l’or qu’il recouvre (Le Petit Cheval d’or  d’Altötting). Le goût devait s’en prolonger jusqu’à une date très tardive dans toute l’Europe (reliquaire de Charles le Téméraire, œuvre de Gérard Loyet, 1467-1468, cathédrale de Liège).

Mortifiement Vaine plaisance

En Flandres

Le deuxième courant qui devait aussitôt triompher dans l’Europe entière est représenté par les peintres flamands au tournant des années 1400. Les peintres s’affirment par leur réaction violente à l’irréalisme du gothique international, et dans leur volonté de traduire la réalité. C’est au nom de ce réalisme et grâce à celui-ci que les peintres remportent un large succès auprès de la bourgeoisie triomphante. En même temps, l’ iconographie, renouvelée de façon fondamentale, a plusieurs niveaux de lecture : l’un est celui de la réalité immédiate; l’autre, qui se rattache à la Devotio moderna , affirme que cette réalité familière en recouvre une autre cachée, d’ordre spirituel.
Le grand initiateur est le Maître de Flemalle, souvent identifié avec Robert Campin (1378 ou 1379-1444), à Tournai; ses œuvres marquent une rupture avec le gothique international par leurs recherches de perspective, la réalité des paysages ou des intérieurs reproduits, par le dessin des personnages, et surtout par la monumentalité qui exclut l’arabesque. Jan Van Eyck (1422-1441) adopte cette esthétique, il lui ajoute la perspective atmosphérique, la recherche de la préciosité et surtout la confrontation avec de grands sujets (L’Agneau mystique , cathédrale Saint-Bavon, Gand).

En Italie

- Stefano da Verona : Adoration des mages à Milan. Figures logilignes et souples
- De 1423, un tableau peint pour la famille Strozzi par Gentile da Fabriano représentant l'adoration des mages
- Adoration des mages de Lorenzo Monaco (Florence)
- A Sienne Sasseta est l'auteur d'un grand triptyque à double face pour une église franciscaine.

Arts somptuaires : Enluminure, Iconographie, Reliquaire et Miniature

Le mécénat de Charles V et de ses frères attira à Paris les peintres les plus réputés; de ce rassemblement est sorti le style gothique international. À côté de maîtres encore mal identifiés (maîtres de Bedford, de Boucicaut, de Rohan), une place spéciale doit être faite aux enlumineurs des ducs de Bourgogne et de Jean de Berry: André Beauneveu (Psautier à l’usage de Bourges ), Jacquemart de Hesdin, les frères Limbourg (Belles Heures , Très Riches Heures , Petites Heures de Jean de Berry ). Mais les enlumineurs de la fin du XIVe et du XVe siècle, en portant à la perfection la science du modelé et de la perspective, ont définitivement rattaché l’art de l’enluminure à la peinture sur panneaux; toutes deux évoluent désormais de la même façon. Cependant, malgré le succès de l’imprimerie, on continue à enluminer des manuscrits, derniers sursauts d’un art qui se survit

Trois grands artistes enlumineurs restés anonymes :

Oeuvres présentées

- Diptyque Wilton (Angleterre) / Richard 2 en adoration devant une Vierge à l'enfant , entourée d'anges. Fond d'or somptueux.
- Reliquaire dit du "Cheval d'or" d' Altötting (Munich 1404). Cette oeuvre splendide est un cadeau d'Isabeau de Bavière à son mari Charles 6. Il représente Notre Dame tenant son enfant , assise en un jardin de treilles fait d'émail, entouré de St Jean l'évangéliste et de Ste Catherine. En contrebas Charles 6 et son fils en adoration. A la base de l'oeuvre se tient le palefrenier du roi et son cheval. Cet oeuvre extrêmement raffinée et de qualité parfaite d'or et d'émail blanc opaque, bleu rouge ou vert pour les habits et les décors végétaux, est une réussite dans le rendu des attitudes, la finesse des détails et les expressions
- Bible de Jean de Vaudetar conseiller de Charles 5  Dans une enluminure, sur un fond de fleur de lys,  Jean de Vaudetar offre au roi assis la bible enluminé dont on perçoit les détails. Souci de profondeur, de représentation spatiale (le dais en perspective au-dessus de la tête du roi...) mais peu cohérente. Les personnages sont traités en  grisaille
- Enluminure représentant le banquet offert par Charles 5 à Charles 4 de Luxembourg (empereur germanqiue sous le nom de Charles 1°) Elle fait partie des "Grandes Chroniques de France" qui contient l'histoire du royaume raconté par ses rois

Du trésor de Charles 5 qui comprenait prés de 4.000 pièces de vaisselles, reliquaires, camées, vases .... :

- Coupe de St Agnès : Iconographie religieuse au fond d'or à rinceaux poinçonnés sur la panse et le couvercle. Le pied est entouré d'un rang de perles comme devait l'être le bord du couvercle. Entre corps et pied de la coupe une inscription latine. Émaux sont de basse taille
Parement de Narbonne (1377) Parement de Narbonne (1377) _ Parement d'autel, peint en grisaille sur soie appelé "Parement de Narbonne". Au centre la crucifixion encadrée de l' église et de la synagogue et de part et d'autre de ce motif central des scènes de la passion du Christ (mise au tombeau, résurrection ....). Les personnages sont affinés et les têtes expressives.

Jean de Berry était un collectionneur et un bâtisseur comme son frère Charles 5; également amateur de musique et d'objets d'art il est resté connu pour sa passion des manuscrits. Il fit exécuter plusieurs livres d'heures dont les plus connus sont :

- Manuscrits des très belles heures : Peinture d'apôtre et prophète exécuté par André Bonneveu, à l'origine sculpteur  -  "Jésus parmi les docteurs" à dominantes bleu et rouge
Les Heures par les fréres Limbourg- Manuscrits des très riches heures (parmi les 130 de l'œuvre décorée par les frères  Pol, Hennequin et Herman de Limbourg). Inachevé à la mort des 3 artistes elles ont été terminées par Jean Coulomb au 15° siècle. Ces enluminures ont un caractère féerique aux personnages dans des drapés monumentaux et souples caractéristiques de l'époque. Les formes des enluminures sont variées
- Mois de janvier du calendrier des très riches heures représentant un festin seigneurial. Remarquer les habits damassés et brochés.

autres oeuvres du mécénat de Jean de Berry

- Frontispice du manuscrit du "terrance des ducs" ?????????????? représentant l'offrande du manuscrit à son commanditaire. Variété des couleurs
- Scène nocturne (de Pol de Limbourg) : Peinture du Christ au jardin des oliviers; la scène n'est éclairée que par les torches des soldats et l'auréole du Christ

Du mécénat de Louis d'Anjou :

Tapisserie de l'apocalypse (Angers)    - Les  tapisseries de l’Apocalypse d’Angers  marquent une époque dans l’art apocalyptique. Elles furent commandées par le duc Louis Ier d’Anjou, frère du roi de France Charles V, à Jean Bondol, appelé aussi Hennequin de Bruges, peintre du roi. L’artiste s’inspira de divers manuscrits, surtout d’une Apocalypse du XIIe siècle. L’œuvre fut réalisée de 1375 à 1380 dans l’atelier parisien de Nicolas Bataille. Elle se composait de 7 grandes pièces, d’une longueur totale de 144 mètres sur 5 mètres de haut et comportait 90 tableaux. Il en reste 71. C’est la plus complète et la plus remarquable illustration de l’Apocalypse que nous ait léguée l’art français du Moyen Âge.  L’artiste a fait preuve d’une très grande originalité dans la conception de l’ensemble, dans la composition des tableaux, dans l’équilibre des personnages. Son art consommé se manifeste par la simplicité et la souplesse du dessin, par la recherche du contraste des formes et des couleurs. Il s'agit d'un tissage sur métier de haute lice (fil de métal disposé verticalement sur un métier) d'une extrême finesse (8 fils/cm alors que la moyenne se situait vers 5fils/cm)
Tapisserie de l'apocalypse (Angers)Chacune des pièces est "annoncée" par la représentation d'un grand "lecteur". Dans le détail d'un des panneaux : "St Jean mangeant le livre" dans un décor paysager; un ange aux ailes déployés tient St Jean par les épaules.
 
 

Gothique au 14° s en France et en Europe Gothique en France fin du 15° s