Les Temps Modernes - Le 19° siècle

Sommaire cours Liste des artistes

 

Romantisme

William TURNER (1775-1851)

Turner est un des premiers à cultiver le genre du paysage comme un genre autonome et à prendre conscience du fait que, le phénoméne de l'industrialisation, entraine la destruction de la nature. Il pratique l'aquarelle et expose, dès 1796, une de ses premières peintures à l'huile Pêcheurs en mer . C'est un peintre connu à partir de 1799 pour ses sujets bibliques et ses marines : La Cinquième Plaie d'Égypte de 1800 ou Bateaux de pêche dans la houle de 1801.

Ses pérégrinations le conduisent à Paris en 1802, en Savoie, dans le Piémont, en Suisse. Il se réclame de Nicolas Poussin et, de Claude Lorrain, qui lui inspire un Liber studiorum, série de dessins à la plume et au lavis publiés entre 1807 et 1819. Hannibal et son armée traversant les Alpes (1812) est déjà annonciateur de sa vision dématérialisée et dramatique.

Il revient à Londres mais en 1817, Turner pose à nouveau le pied sur le continent et fait un voyage en Italie, décisif pour l'évolution de son art. Les grandes aquarelles qu'il peint à Venise (ou il rejoint Canaletto et Guardi dans leur art) comme la Place San Marco ou San Giorgio vu de la Bogena 1819, traduisent une vision marquée par les effets de lumière, mais encore soucieuse de raconter une histoire. On a pu dire de l'huile sur toile Ulysse narguant Polyphème (1829) par ses tons de bruns chauds et l'éclat lumineux du ciel qu'elle était un " échantillon de la couleur en délire ".

C'est par l'aquarelle que Turner se libère du dessin et qu'une nouvelle relation s'établit avec la couleur, comme l'annoncent les Colour Beginnings (390 aquarelles, peintes entre 1820 et 1830). L'art de Turner devient cette transparence et cette vapeur lumineuses, dorées (Rivière avec des arbres au coucher du soleil, 1820-1830) que peuvent assombrir et bouleverser des coups de pinceau furieux transcrivant le déchaînement des éléments.

Avec Pluie, vapeur et vitesse ; Le Chemin de fer, où nuages et fumées se confondent, il donne une vision moderne du monde dans une totale liberté technique. Incompris, Turner trouvera en la personne de John Ruskin un fervent admirateur de sa deuxième manière, si contestée, qui atteint une force émotionnelle et un degré d'abstraction inégalés en son temps. Dans les dernières années de sa vie, le caractère du peintre s'assombrit tellement que certains vont jusqu'à le taxer de folie. Il mourra dans l'indifférence.

Caspar David FRIEDRICH (1774-1840)

Tempérament solitaire et contemplatif, Friedrich incarne la peinture nordique de l'époque. À Dresde, l'importance de la pinacothèque lui facilite l'étude des maîtres anciens. Il se lie d'amitié avec le poète romantique Ludwig Ticek (1773-1853) et avec le peintre Philipp Otto Runge (1777-1810).

Dès le début du siècle, les sites de l'île de Rügen lui inspirent de nombreux dessins à la sépia qui, exposés à l'académie de Dresde en 1803, lui valent un grand succès. Une de ses premières œuvres importantes, le Retable de Tetschen (1807-1808), représente le Christ en Croix au sommet d'une montagne pyramidale environnée de sapins de laquelle émane une lumière irréelle. C'est ce climat romantique qui prévaudra dans toutes les compositions de Friedrich, où la nature ne laisse qu'une place limitée à l'homme, seul et dérisoire face à elle (Les Blanches Falaises de Rügen, 1818 ou Le Naufrage, v. 1824). Loué par les poètes Brentano et Kleist, il exécute des toiles grandioses, d'inspiration héroïque.

Dans le tableau de 1824 : Mer de glaces il s'attache à composer un paysage, ici le phénoméne de gigantesques plaques de glace qui s'entremélent, en mettant en avant les aspects dramatiques ou fantastiques.

Friedrich expose l'Abbaye dans un bois (1809-1810, musées de Berlin) à Berlin avec Le Moine au bord de la mer (1808-1810, musées de Berlin). Les deux tableaux sont achetés par Frédéric-Guillaume IV de Prusse. Friedrich est élu la même année (1810) à l'académie de Berlin. Représentant majeur du romantisme allemand, il aime les compositions à la fois élaborées et tourmentées, qui expriment sa vision d'un univers où les forces en présence restent indomptées. Peu prisé après sa mort, son génie est aujourd'hui très largement reconnu, et son œuvre - un peu plus de deux cents tableaux - est particulièrement bien représentée dans les musées allemands.

Francisco GOYA (1746-1828)

Les débuts de Goya à Saragosse sont difficiles. À Madrid, il échoue au concours de l'académie de San Fernando en 1763 et en 1766. Sacrifiant à l'usage de l'époque, il part pour Rome et participe à un concours organisé par l'académie de Parme en 1771. De retour à Saragosse, la même année, il peint à fresque dans le goût baroque l'Adoration du nom de Dieu à la voûte de la basilique du Pilar et plusieurs œuvres pour la chartreuse d'Aula Dei.

En 1773, Goya épouse la sœur de Francisco Bayeu, peintre de chambre du roi, et s'installe à Madrid. Pour la Manufacture royale de tapisseries il exécute de nombreux cartons destinés aux palais royaux et poursuivra cette activité pendant près de vingt ans. Le musée du Prado à Madrid conserve maints de ces cartons d'une grande fraîcheur où sont peintes les distractions de la jeunesse madrilène (L'Ombrelle, 1778 ; Colin-maillard, 1791). Le succès qu'il obtient lui vaut d'être introduit dans la noblesse espagnole dont il sera le portraitiste.

En 1780, il est reçu à l'académie de San Fernando avec un Christ en croix (Prado). Dès lors, il marche vers la consécration : en 1786, il devient peintre du roi Charles III puis de Charles IV et de Ferdinand VII. Dans ses portraits, une magistrale connaissance chromatique se déploie, s'enrichissant de recherches expressives. Un souci de vérité apparaît : les physionomies se font ambiguës, la somptuosité des atours ne masque pas la superficialité des êtres et la mesquinerie de leurs travers. De cette contradiction apparente naît une nouvelle palette : les gris nacrés ou argentés illuminent d'une rare délicatesse ses portraits (La Famille du duc d'Osuna, v. 1788, ).

Mais l'Espagne en crise, la mise à l'écart de l'élite éclairée, sa surdité définitive à partir de 1793 le rendent plus critique à l'égard d'un monde en décadence. Annonciatrice de sa " période noire ", la fresque de la coupole de l'ermitage San Antonio de la Florida (1798), consacrée au miracle de la résurrection d'un mort par saint Antoine de Padoue, rassemble par lourdes taches ou minces filets les mille expressions du peuple madrilène, auquel Goya rend de plus en plus hommage. Les satires mordantes que sont les Caprices, 80 planches exécutées à l'eau-forte, lui permettent de tirer judicieusement parti du violent contraste du noir et du blanc.

Le monde angoissé de Goya se révèle à travers la dénonciation des tares sociales ou individuelles. Sa manière évolue : les plans s'opposent plus brutalement, les touches se divisent, se juxtaposent. La Famille de Charles IV (1800-1801, Prado) témoigne d'une grande rigueur d'observation, tempérée dans des portraits plus tendres, comme les deux Majas, dont l'une, La Maja nue (Prado), peinte avant 1800, est l'un des rares nus de la peinture espagnole.

Après la chute de la monarchie espagnole, en 1808, et durant le règne de Joseph Bonaparte, Goya entreprend de peindre ce que souffre le peuple. Le Colosse préfigure les tonalités sombres. Les Désastres de la guerre de 1810 gravés à l'eau-forte sont la dénonciation d'un citoyen révolté contre les crimes de l'occupant. La rupture définitive avec les règles classiques s'accomplit lorsqu'il fait entrer l'actualité et la foule anonyme comme sujet principal dans Le 2 mai 1808 et Le 3 mai 1808 qui représente pour le premier la bataille franco-espagnol avec des plans trés rapporchés et aux horribles détails et pour le second l'éxecution des opposants à l'invasion française (après 1814, Prado). Ces deux toiles vont incarner la résistance espagnole face à l'envahisseur français.

Le retour de Ferdinand VII en 1814 ne met pas fin à la crise. Goya est frappé d'une nouvelle maladie qui manque de l'emporter. Les obsessions mystiques qui torturaient déjà le Greco se retrouvent dans les productions religieuses de Goya (La Dernière Communion de san José de Calasanz, 1819 ; Le Christ au jardin des oliviers). C'est de cette époque que datent les " peintures noires " réalisées dans sa maison de la Quinta del Sordo. Scènes de folie collective, libération de l'irrationnel éclatent en rouges et jaunes intenses, noirs épais, blancs glacés, jetés en coups de pinceaux furieux : Duel au bâton. En 1824, Goya obtient l'autorisation de se réfugier à Bordeaux. Il y retrouve la sérénité, y apprend la lithographie (série des Taureaux), fait renaître les couleurs fraîches et la légèreté de ses premiers cartons avec La Laitière de Bordeaux, son ultime chef-d'œuvre (1827, Prado). Sa mort, en 1828, passe inaperçue. Mais c'est pourtant avec Goya, grâce à son impressionnante fécondité (500 peintures, 380 eaux-fortes et lithographies, près d'un millier de dessins) et à sa prodigieuse vitalité, que s'ouvre l'ère de la peinture moderne.

Romantisme français

Dés le milieu du 18° siècle se dessine un climat nouveau de sensibilité qui s'exprime d'abord dans la littérature (Lamartine, Sainte-Beuve, Chénier...) et que l'on appelera au début du 20° siècle le pré-romantisme. C'est entre 1820 et 1843 que le romantisme proprement dit triomphe, en France surtout dans la littérature. Mais il ne faut pas oublier que déjà celui-ci s'était imposé en Angleterre et dans les grands pays d'Europe de l'ouest , cependant le romantisme français a été de tous le plus vaste sinon le plus profond, et le plus durable sinon le plus fou ou le plus violent. Il a touché le roman, l’histoire, la critique, le théâtre, la pensée politique et sociale, infiniment plus que dans les autres pays et aussi la peinture et la gravure, et n’a guère laissé en dehors de son domaine que l’architecture

Théodore GERICAULT (1791-1824)

Géricault se passionne très jeune pour le dessin. Il copie les maîtres au Louvre et présente au Salon de 1812 l'Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant, œuvre fougueuse de grandes dimensions, qui le fait connaître. En 1816, il séjourne à Florence et à Rome, où il s'enthousiasme pour l'œuvre de Michel-Ange.

Il dessine des scènes érotiques et peint des études de chevaux (Cheval arrêté par des esclaves), d'une très grande vivacité plastique. À son retour, il s'adonne à la lithographie (Les Bouchers de Rome) et s'intéresse à l'actualité politique, comme en témoigne la série de dessins pour l'affaire Fualdès.

Cette recherche d'un sujet moderne trouve son accomplissement dans Le Radeau de la " Méduse " (1819, Louvre), exposé sans grand succès au Salon de 1819 sous le titre Scène de naufrage. L'œuvre s'inspire d'un fait divers horrible : après le naufrage au large du Sénégal de la frégate La Méduse, qui transportait 150 hommes, les naufragés s'entre-tuent sur un radeau, et il ne reste qu'une quinzaine de survivants. Si l'allégorie politique (la faiblesse de la Restauration) est un thème d'une modernité indiscutable, les procédés picturaux employés restent, eux, traditionnels.

Géricault est déjà romantique, sans cesser d'être réaliste et classique (composition pyramidale, clair-obscur) et de s'inspirer à la fois de Michel-Ange et du Caravage. Il accompagne l'œuvre dans une exposition itinérante de deux années en Angleterre et à Dublin, rapportant de son séjour outre-Manche le remarquable Derby de 1821 à Epsom (Paris, Louvre). Il semble que le cheval, omniprésent dans l'œuvre de Géricault, serve le mythe napoléonien naissant. À ce titre, Le Cuirassier blessé (Salon de 1814) symbolise la fin tragique de l'épopée napoléonienne.

Géricault a peint des portraits de malades mentaux, réalisés à la demande d'un jeune médecin aliéniste de la Salpêtrière; cette série de 5 toiles culmine avec une œuvre saisissante, la Monomane de l'envie, dite aussi L'Hyène de la Salpêtrière.

Géricault est aussi l'auteur d'œuvres religieuses et de quelques rares sculptures (Nymphe et Satyre, musée de Rouen). Seule sa disparition prématurée a empêché ce jeune maître au grand talent d'appartenir de fait à la génération des romantiques, à laquelle pourtant il se rattache tant par la manière que par l'inspiration.

Eugéne DELACROIX (1798-1863)

Contemporain de Ingres qui incarne le classicisme et l'académisme; alors que Delacroix, bien que de formation classique, incarne le romantisme un peu à ses dépens. Nés à Paris de parents cultivés, descendant par sa mére du célébre ébeniste Oeben, il fut orphelin trés jeune. C'est un esprit cultivé et considéré comme d'une grande intelligence et d'une hauteur de vues. Sa santé fragile et sa volonté de travail l'obligera a peu fréquenter le monde. Il s faisait une idée trés haute de la peinture... et de son oeuvre.

Il apprend l’aquarelle, fait ses premiers essais de gravure et de lithographie, tout en se liant à un milieu artistique jeune et ouvert, où se détachent deux personnalités : Géricault, son ancien dans l’atelier de Guérin, qu’il considère très vite comme un modèle, et Bonington, qu’il rencontre au Louvre, et avec lequel il travaille, séjourne à Londres et en Grande-Bretagne en 1825, renforçant sa connaissance de l’art et de la littérature d’outre-Manche, qui lui fournira tant de sujets.

Trois tableaux, exécutés en vue du Salon, vont rapidement imposer le nom de Delacroix au public et à la critique. La Barque de Dante (1822), Scènes des massacres de Scio (1824) qui frappe par son coté dramatique et morbide, La Mort de Sardanapale (1827-1828) sujet violent d'une exécution libre dans la composition et par l'usage des couleurs et qui fit scandale par ses outrances. Ces trois oeuvres, par leur sujet, par leur format, par l’ambition artistique qu’ils manifestent, par les polémiques qu’ils déclenchent font de lui, en moins de six ans, un des artistes français les plus en vue, mais pas des moins controversés.

Le peintre reçut une admonestation de l’administration des Beaux-Arts pour Sardanapale sans pourtant être exclu des commandes officielles ou prestigieuses : La Bataille de Poitiers (1829) pour la duchesse de Berry, Le Cardinal de Richelieu disant sa messe (1828) pour la galerie du Palais-Royal et La Mort de Charles le Téméraire (1828) pour le musée de Nancy, sujets révélateurs du goût ambiant pour le Moyen Âge et le XVIIe siècle.

Cette fin de la Restauration est sa véritable période romantique, celle où il va le plus loin dans la rupture avec les principes classiques, et où il se rapproche le plus de certains de ses contemporains, tant par les thèmes qu’il traite que par la facture de ses tableaux.

Ce qui peut apparaître comme un retour à l’ordre se concrétisa dans le voyage que Delacroix fit au Maroc en passant par l'Algérie au cours des six premiers mois de 1832 et qui devait lui procurer, jusqu’à la fin de sa vie, une source inépuisable de sujets Arabes en voyage ou il fait une nette description des costumes, ou Femmes d'Alger dans leur intérieur décrit de façon précise et aux coloris assourdies. Aux compositions religieuses, mythologiques, historiques ou littéraires s’ajoutent désormais, développant et parachevant sa veine «grecque», les tableaux orientalistes, appuyée sur une réalité vécue et non, comme avant 1832, sur un Orient mythique, imaginé ou rêvé. Le Maroc fut pour Delacroix une révélation, celle du «sublime vivant qui court ici dans les rues et qui vous assassine de sa réalité»

Après son retour du Maroc, il reçut une prestigieuse commande officielle, dans le cadre des travaux de rénovation et d’embellissement du Palais-Bourbon. Il y fut chargé de la décoration du salon du Roi , où le souverain devait se tenir lors de ses venues à la Chambre des députés. Au-dessus de pilastres en grisaille représentant les fleuves et les mers de France, il fit courir une frise aux thèmes conventionnels (la Guerre, l’Agriculture, la Justice et l’Industrie), repris dans les caissons du plafond, mais avec une très grande invention dans les figures et une extraordinaire vigueur de coloris.

L’activité de Delacroix se structure désormais autour de grands travaux décoratifs, qui ne cessent de se succéder : bibliothèque du Palais-Bourbon (1838-1847), probablement son chef-d’œuvre, où entre deux hémicycles : Orphée vient policer les Grecs encore sauvages et Attila, suivi de ses hordes barbares, se déploient cinq coupoles où à chaque fois quatre pendentifs illustrent, (par des scènes tirées de la Bible, de la mythologie ou de l’Antiquité), les Sciences, l’Histoire et la Philosophie, la Législation et l’Éloquence, la Théologie et la Poésie; bibliothèque de la Chambre des pairs (actuel Sénat), avec une coupole (L’Élysée ou Dante et les esprits des grands hommes), un hémicycle (Alexandre faisant enfermer les œuvres d’Homère dans une cassette d’or) et quatre médaillons allégoriques (1841-1846); galerie d’Apollon au Louvre avec la composition centrale du plafond, Apollon vainqueur du serpent Python (1850-1851); salon de la Paix à l’Hôtel de Ville de Paris (1852-1854, détruit en 1871). Delacroix se consacre également à une activité de décorateur et de peintre religieux pour des églises : chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice et pour SaintPaul-Saint Louis un Christ au jardin des oliviers dans la tradition des peintres vénitiens, La Pieta (1844) pour saint Denis du saint sacrement à la composition singuliére par ce fond de paysage apocalyptique et l'éxagération des mouvements et des poses.

Delacroix continuent parallèlement à envoyer au Salon des toiles dont certaines faisient l'objet de polémiques : Bataille de Taillebourg (1837), Justice de Trajan (1839), Prise de Constantinople par les croisés et Noce juive dans le Maroc (1841), Le Sultan du Maroc (1845), la Chasse aux lions (1855) sont les plus marquants de ces tableaux qui montrent la fécondité du peintre vieillissant autant que sa prodigieuse activité.

Une rétrospective particulière lui fut consacrée, comme à Ingres, Horace Vernet et Alexandre Gabriel Decamps, au sein de la section des Beaux-Arts lors de l’Exposition universelle de 1855.

L’écrivain et le théoricien, malgré un réel effort d’édition et de recherche, restent ignorés de beaucoup, comme est d’ailleurs méconnue une bonne part de son œuvre. Une des raisons principales de cette situation tient sans doute à l’inintelligibilité, pour le grand nombre, des sujets traités par Delacroix, qui empêche de rentrer au plus intime de sa démarche esthétique. Son rôle dans le mouvement moderne en peinture ne doit toutefois pas faire oublier combien il tenait à ce qui l’avait précédé.

Eugéne DEVERIA (1805-1865)

Naissance d'Henri IV peinture anecdotique ou le grand pére du futur roi présente le bébé à la foule

Hippolyte (dit Paul) DELAROCHE (1797-1856)

Participe au salon de 1827 avec une oeuvre intitulée : Mort d'Elisabeth reine d'Angleterre.

Si, par le choix de ses sujets il s'inscrit dansun romantisme engagé, il y apporte une réflexion personnelle par une méditation sur les malheurs et la fragilité des carriéres des grands et la diginité dans l'épreuve : Exécution de Jeanne Gray celle qui fut la rivale d'Elisabeth (1833) ou bien Les Enfants d’Édouard (1831, Louvre), blottis l’un contre l’autre, en entendant les pas de l’exécuteur, Cromwell ouvrant le cercueil et contemplant le cadavre décapité de Charles Ier (1831), la Scène de la Saint-Barthélemy (1826), où un ligueur découvre encore vivant le jeune Caumont La Force sous les corps de sa famille et accepte de le sauver .

Il réalise dans l'hémicycle de l'école des Beaux-Arts des modéles de l'Antiquité et de la Renaissance, cet ensemble reste son chef d'oeuvre et celui de la peinture éclectique.

Grâce à son talent divers, le peintre religieux, comme dans la Mater dolorosa (1853, musée de Liège) et L’Évanouissement de la Vierge (1856, Louvre), pouvait exactement traduire la spiritualité émue.

Sculpture romantique

Comme pour la peinture, la sculpture trouve un renouveau das le romantisme. Se détache trois sculpteurs représentatifs de cette époque : David d'Angers, Louis Barye et Auguste Préault.

Pierre Jean DAVID dit DAVID d'Angers (1788-1856)

Il reçoit une formation classique, est prix de Rome en 1811 avec un bas relief : la mort d'Epaminondas et entre à l'Académie en 1821. Il ensiegne à ses éléves des Beaux-Arts le rôle didactique de la sculpture. Après 1825 il se consacre a des œuvres monumentales, commémoratives et funéraires de portée nationale: Monument de Bonchamps (église de Saint-Florent-le-Vieil), Monument à Fénelon (cathédrale de Cambrai), Monument au général Foy (cimetière du Père-Lachaise, Paris) qui fut exécuté pendant la Restauration.

Individualiste et indépendant il s'enagea trés rapidement dans les prémices de la 1° république et critiqua ouvertement la monarchie constitutionelle de Louis-Philippe. Ses convictions démocratiques se ressentent sans détour dans ses oeuvres.

Voyant dans la sculpture l’instrument du culte des hommes célèbres, David fit du fronton du Panthéon qu’il exécuta entre 1830 et 1837 un manifeste d’art engagé où il sculpta la galerie des portraits des architectes de la France moderne. Dans la plupart de ses autres œuvres importantes, une vingtaine de statues commémoratives ou funéraires dédiées aux grands hommes et élevées à Paris et en province, son style varia peu.

David a laissé de nombreux écrits, dont une volumineuse correspondance et un étonnant journal intime, Les Carnets de David d’Angers, publiés [...] par A. Bruel (2 vol., Plon).

David, dès qu’il connut le succès, envoya une épreuve de chacune de ses œuvres au musée de sa ville natale d'Angers en reconnaissance de la bourse annuelle que lui versa la ville pendant prés de 10 ans. L'abbatiale Toussaint prés d'Angers, posséde une galerie David qui regroupe ces oeuvres qui ont été enrichie par ses descendants de dessins, de terres-cuites et de platres d'atelier.

On lui connait prés de 700 médailles-portraits représentant des célébrités de l'Europe des années 1825 à 1855. Quelques unes de ses autres oeuvres :

- Médaillons : Bonaparte selon le portrait de Gros et un profil de Stendhal
- Buste en platre de l'auteur dramatique Goethe
- Statues de Jean Bart de 1845, Gutemberg, Cuvier

Antoine Louis BARYE (1795-1875)

Fils d'un orfèvre, Barye suit à l'École des Beaux-arts les cours du sculpteur François Joseph Bosio, puis ceux du baron Antoine Gros, mais se présente sans succès, à deux reprises (1819 et 1820), au prix de Rome de sculpture. Attiré par la zoologie, c'est au Jardin des Plantes, comme Delacroix, qu'il dessinera le plus fréquemment.

Au Salon de 1831, Barye présente un plâtre, Tigre dévorant un gavial, pour lequel il obtient une seconde médaille (bronze, 1832). Son Lion au serpent de 1833 est une des ses œuvres les plus célèbres (bronze, 1835) avec Aigle et Lion de la même année. Mais, trois ans plus tard, le jury refuse son Lion au repos.

Barye parvient à offrir de chacun de ses modèles une image vigoureusement expressive et il montre une éloquence particulière dans les scènes d'affrontement, les épisodes de mise à mort, où chacun des protagonistes lutte pour sa survie : Éléphant écrasant un tigre, Jaguar tenant un caïman, Crocodile dévorant une antilope.

Ses compositions ornementales, ses groupes participeront de ce génie épique. En 1854, seront enfin acceptées ses quatre esquisses pour les façades des pavillons Denon et Richelieu du Louvre : La Force, L'Ordre, La Guerre et La Paix. En 1865, il réalise pour la ville d'Ajaccio le Monument à Napoléon et à ses frères.

Barye a laissé de nombreux dessins, études et gouaches, et une centaine de tableaux, dont l'essentiel est constitué par des paysages de la forêt de Fontainebleau dans lesquels se retrouvent les animaux qu'il a le plus représentés .

Auguste PREAULT (1809-1879)

Sculpteur "maudit" formé dans l'atelier de David d'Angers, réguliérement refusé aux salons, il incarne l’archétype de l’artiste romantique. C'est un des premiers à "revisiter" la sculpture gothique et celle de la Renaissance (bien qu'il ne se rendit jamais en Italie) par le biais du haut relief. Toute sa vie, il traita les matériaux de la sculpture avec une manière délibérément opposée à l’enseignement académique recherchant une sculpture vraiment moderne qui exprimerait la sensibilité de son temps : Tuerie (bronze de 1834) ou Christ expirant .

L’incomplet, l'inachévement, incompatibles avec la reconnaissance académique du XIX siècle, sont au cœur de son travail et il laissa un trés grand nombre de sculptures à l’état d’ébauche, de projet ou même d’idée; faute de clientèle ou de commandes publiques, il détruisit également bien des œuvres qui l’encombraient.

C’est à des sources françaises que Préault alimente la passion qu’il partagea avec tous les romantiques pour la Renaissance (Clémence Isaure, 1848; Vénus et la Sphinge et Jupiter et le Sphinx, 1867-1870 dans le parc du château de Fontainebleau). Dans l'Ophélie de 1874, qui évoque le Hamlet de Shakespeare, l'eau se méle aux drapés du manteau de la jeune femme rejetée par Hamlet.

Pré-romantique Réalisme