Les Temps Modernes - Le 17° siècle

Sommaire cours Liste des artistes

L'art des Pays-Bas du Sud

La peinture des Flandres

Pierre Paul RUBENS (1577-1640)

Le duc Lerma (Rubens)Rubens fut à la fois diplomate, peintre dans tous les genres, auteur de grands cycles picturaux, cartonnier de suites célèbres de tapisseries, humaniste par sa culture universelle et réalisateur d'architectures éphémères pour le décor des villes. Il eut une forte influence sur l'émergence de la peinture baroque.

Il fut successivement l'élève de trois peintres flamands travaillant dans la mouvance des maniéristes du 16° siècle italien. Dès son arrivée en Italie à Mantoue en 1600, il fut engagé au service du duc, Vincent de Gonzague, pour lequel il exécuta des portraits (la Sainte Trinité adorée par Vincent de Gonzague et sa famille, 1604-1605), en 1601 il exécute le décor de la Sainte-croix de Jérusalem à Rome, puis il séjourne à Génes comme peintre et architecte. Lors de ce voyage italien, il découvrit les œuvres de Michel-Ange, de Corrége et des grands maîtres vénitiens, Véronèse, Titien, le Tintoret. Marie de Médicis (Rubens)

Revenu à Anvers il réalisa l'Adoration des Mages (1609). De la construction de son atelier date la Descente de Croix (1612-1614) et l'Enlèvement des filles de Leucippe (1618) et la décoration de l'église Saint-Charles-Borromée d'Anvers (incendiée). Devant la demande croissante Rubens ouvre un atelier qui produit de nombreux retables et peinturesLa présentation de Marie de Médicis à Henri 4 (Rubens)

A Paris en 1622, à la demande de la reine Marie de Médicis, il réalise un cycle de 20 tableaux (1620-25) illustrant la vie de la reine , destinés à orner le palais du Luxembourg nouvellement construit. La même année, Louis XIII lui commanda 12 cartons de tapisserie consacrés à l'Histoire de Constantin. Diplomate quelques temps en Espagne, (comme Velasquez) l'artiste multiplia les voyages : à Paris et en Hollande en 1627.

C'est à Madrid également que Rubens rencontra Vélasquez. En Angleterre en 1629 il décora le plafond de la salle des fêtes du Whitehall Palace. Après la mort de sa première épouse il se remarie avec une très jeune fille. Il peint de plus en plus de tableaux de paysage pour son propre compte (Paysage à l'arc-en-ciel : 1635) ainsi que des portraits de sa femme et de ses enfants (Hélène et son Fils François, 1635) ou se portrait de sa belle soeur : Suzanne Forman d'un certain érotisme. Le style exalte la nature, la richesse des couleurs, souligne l'opulence des formes, comme dans le Jugement de Paris (Rubens)Jugement de Pâris (1635-1637) ou dans les Trois Grâces (1636).

Oeuvres présentées

- Les 3 grâces (1638-40). Erotisme des corps "généreux" et épanouis
- Élévation de la Croix (1610) pour la cathédrale d'Anvers : C'est un triptyque en bois qui fait la synthèse de son expérience italienne (Nu héroïsé du Christ d'influence Miche-Ange; composition dynamique, en diagonal, sensation de mouvement dans le fourmillement des spectateurs. Richesse des couleurs
Les 3 graces (Rubens)- Descente de croix. Egalement pour la cathédrale d'Anvers. Très grand triptyque de bois.
De chaque coté de la descente de croix : Visitation de la Vierge et Présentation de l'enfant au temple. Oeuvre d'une puissance évocatrice sans précédent. Remarquer le rôle important des couleurs dans la dynamique.
- Chute des damnés (1615). Proche du Michel-Ange de la sixtine. Spirale de la composition fourmillante de personnages.
- Chasse au tigre et au lion (1617). Très décoratif. Relation fougueuse entre l'homme et la nature.Composition complexe de diagonales et de rectangles. Ce tableau sera copié par Delacroix.
- Enlèvement des filles de Leucythe. Sensualité des corps dans les poses et les couleurs
- Martyr de Saint Ievin (1635). Large tableau aux couleurs dominantes bleu et gris, quelques touches rouges focalise le spectateur vers le centre du tableau
- Kermesse campagnarde qui procède de Brueghel. Nouveauté dans la description du paysage clair et naturaliste; fourmillement de personnages, importance de la lumière
- Paysage à l'oiseleur. Tableau plus intime que le précédent, pratiquement consacré à la nature par l'absence de personnages annexes.

 

Jacob JORDAENS (1593-1778)

Dés ses premières oeuvres (Crucifixion - 1617) il élabora une matière picturale dense, aux couleurs vives, soutenue par un dessin énergique et par des contrastes de lumière. Style expressif, sanguin et sensuel. Ses oeuvres les plus connues : Le paysan et le satyre, Le roi boit, le sacrifice de Pomone,. Recherche plus approfondie à partir de 1625 : La sainte famille, le martyre de sainte Appolinie. Proche du Rubens de la dernière période dans Vénus (1640) et Hercule et Dejanire (1649).

Antonin VAN DYCK (1599-1641)Charles 1° d'Angleterre (Van Dyck)

L'un des portraitistes les plus importants et les plus féconds du 17°, il fut élève dans l'atelier de Rubens dont il devint l'un des plus brillants. De cette époque : Jupiter et Antiope (1620) Têtes d'apôtres (1616), Saint Martin et le Pauvre, (1621). Après un court séjour en Angleterre, Van Dyck partit pour l'Italie où il y vécut jusqu'en 1626, séjournant principalement à Gênes, mais aussi à Florence, à Venise et à Rome.

Admirateur assidu des maîtres de la Renaissance il abandonna peu à peu sa rudesse flamande pour une manière plus noble et plus élégante ; sa palette gagna en finesse et en nuances. L'influence de Véronèse, de Raphaël, du Tintoret et surtout de Titien y est particulièrement visible (Marquise Brignole Sale 1621-1625; le Cardinal Bentivoglio, 1623). De retour à Anvers, Van Dyck composa de nombreux portraits de notables d'une facture plus flamande, dans des tonalités plus froides et des couleurs plus claires (le Comte de Bergh,. 1630).

Ses œuvres mythologiques (Renaud et Armide, 1630-1631, ) et religieuses (Extase de saint Augustin, 1628; le Christ au tombeau, 1627-1632) se caractérisent alors par leurs inflexions chatoyantes et leur légèreté. Installé à Londres en 1632, il devint le peintre principal de la cour de Charles Ier et exécuta essentiellement des portraits de l'aristocratie (Portrait de Philip, lord Wharton, 1632; Thomas Killigrew et lord William Crofts, 1638; la Comtesse de Bedford, v. 1640).

Son chef-d'œuvre, Charles Ier à la chasse, conservé au musée du Louvre, fut composé en 1635. À la mort de Rubens en 1640, Van Dyck partit pour la France en 1641, espérant y obtenir quelque prestigieuse commande. Malade, il dut rentrer précipitamment en Angleterre; il mourut à Londres en 1641. L'influence de Van Dyck fut considérable sur la peinture européenne et sur l'école anglaise en particulier.

Famille POURBUS

Famille de peintres flamands.

Pieter Jansz ou Pierre Pourbus (V. 1523-1584) Peintre italianisant de sujets religieux, surtout connu pour ses portraits. Il a été également cartographe à Bruges.

Frans 1 Pourbus dit l'ainé(1545-1581) Fils de Pieter Jansz. Il devient maître à Bruges en 1659. Bien qu'il soit le moins connu des Pourbus, c'est le peintre le plus raffiné de la famille. Il a réalisé de nombreux retables et a excellé dans les portraits.

Frans 2 Pourbus (1569-1622) Fils de Frans I. Il entre au service des archiducs à Bruxelles peu avant 1600, travaille à Mantoue où il est l'ami de Rubens (1600 à 1609), avant de devenir peintre de la cour de Marie de Médicis et de Louis XIII à Paris. Il est surtout célèbre pour ses portraits de cour (Portrait de Marie de Médicis).

Cornelis de VOS (1584-1651) cf renaissance ???)

Peintre, ses activités de portraitiste lui apportèrent un énorme succès et une aisance matérielle considérable. On fit également appel à lui pour des œuvres décoratives : la célébration de l'entrée de l'archiduc Ferdinand d'Autriche dans la ville d'Anvers (1635), le pavillon de chasse de Philippe IV (1636) et pour de nombreux portraits au réalisme implacable, dont s'engoue la bourgeoisie anversoise.

Ce sont surtout ses portraits d'enfants qui lui ont assuré la notoriété. Le Portrait de l'artiste avec sa famille (1621) illustre parfaitement la capacité technique du peintre à rendre la carnation du visage ou la naissance de la chevelure. En revanche, les peintures religieuses et mythologiques, perfectionnée par un voyage en Hollande, n'ont pas la richesse inventive des tableaux de ses principaux inspirateurs, Rubens ou Van Dyck. Son frère, Paul De Vos (1595-1678), doit sa renommée à une large production de peintures animalières réalisées en Espagne et en Flandres.

Adriaen BROUWER (1605-1638)

Célèbre pour ses scènes de tavernes et ses peintures de genre. Adriaen Brouwer (ou Brauwer) fut l'élève de Frans Hals. Sans doute fut-il également influencé par Bruegel le Jeune. Brouwer exerça son métier dans les villes hollandaises et à Anvers. Il fut l'un des meilleurs représentants de la peinture de genre flamande, célèbre pour ses scènes de la vie paysanne, notamment des scènes de tavernes tapageuses comme le Fumeur (v. 1626) et Joueurs de cartes dans une taverne.

Vers la fin de sa vie, installé à Anvers, Brouwer peignit de nombreux paysages à l'atmosphère tragique où dominent les tons terreux et les effets de clair-obscur (Paysage au crépuscule). Il est considéré, avec Adriaen van Ostade et Jan Steen, comme l'un des «petits maîtres» de l'école hollandaise.

David TENIERS (1610-1690)

Né à Anvers, David Teniers, dit Teniers le Jeune, se forma auprès de son père. Ses premières œuvres, des sujets religieux et des scènes de genre paysannes, montrent l'influence de Jan Bruegel, son beau-père, et d'Adriaen Brouwer. Ses tableaux privilégient les sujets populaires (kermesses, auberges), mais d'un goût éclectique, il exécute également des thèmes d'inspiration mythologique ou religieuse. Il fonda l' académie des beaux arts de Bruxelles en 1663, ville dans laquelle il dirigea un atelier prospère. On note également dans son œuvre la réalisation de paysages à la coloration argentée.

Teniers le Jeune fut un peintre prolifique et ses scènes de genre furent très demandées par l'aristocratie néerlandaise. Parmi ses principales réalisations on peut citer : Fête villageoise (1652) et Fumeur (v. 1650). Il fut également peintre à la cour de l'archiduc Léopold Guillaume d'Autriche (Archiduc Léopold dans sa pinacothèque de Bruxelles) et conservateur de la collection de tableaux de l'Archiduc.

 

Jan 1° BRUEGHELS de velours (1568-1625)Nature mort de Jan1° Brueghels (dit de velours)

Fils cadet de Pieter Bruegel l'Ancien, connu également sous le nom de Bruegel de Velours. Jan Bruegel (ou Brueghel, ou Breughel) naquit à Bruxelles. Après la mort prématurée de leur père, Jan et son frère, Pieter, grandirent auprès de leur grand-mère , Maria Bessemers, peintre de renom qui fut leur premier maître. Parti pour l'Italie en 1590, Jan Bruegel fit à Rome la connaissance du cardinal Federico Borromeo, qui devint son principal commanditaire.

En 1595, il suivit Borromeo, devenu archevêque, jusqu'à Milan où il commença à travailler pour d'autres mécènes. L'année suivante, il revint à Anvers. Peintre très raffiné et inventif, Bruegel se fit connaître par ses paysages superbement composés et détaillés, peuplés de personnages bibliques et mythologiques. Dans sa période de maturité, il fut également très apprécié pour ses habiles peintures de fleurs et de natures mortes , qui lui valurent le surnom de «Bruegel de Velours». Il peignit ainsi des paysages et des arrière-plans d'animaux et de fleurs pour le peintre flamand Peter Paul Rubens (Madone à la guirlande) avec lequel il fut ami; il fournit aussi des personnages destinés aux paysages de Joost de Mompet.

Une grande partie de sa production se trouve aujourd'hui partagée entre les principaux musées des Pays-Bas, le musée du Prado, à Madrid, l'Alte Pinacothek de Munich et le musée du Louvre, à Paris : la Bataille d'Arbela (1610, musée du Louvre, Paris) et la Coupe aux bijoux (1618) sont par ailleurs considérées comme deux de ses plus belles œuvres.

Paul BRILL (1554-1626)

En 1574 un long voyage le conduisit jusqu'à Rome à travers la France. D'un grand intérêt sont ses tableaux et ses dessins de paysages "construits" à partir de rapprochements d'éléments imaginaires et de détails étudiés d'après la réalité. Il fut à l'origine du renouveau du paysage comme dans ce tableau des pécheurs dans un paysage large et profond

Ses oeuvres tardives (Paysage pastoral) sont des paysages classiques baignés dans une atmosphère de sérénité.

Roelant SAVERY (1576-1639)

Se consacra au genre de la peinture de paysage. En 1604 il travailla à Prague puis séjourna au Tyrol ou il se consacra à l'étude de paysages de montagne réalisant de nombreux dessins qu'il utilisa ensuite dans ses tableaux. En 1618 il est de nouveau en Hollande. Il enrichit souvent ses tableaux de paysages de détails de fleurs, d'insectes et de petits animaux décrits avec une précision presque scientifique.

Frans SNYDERS (1579-1657)

Peintre baroque, Frans Snyders se forma auprès de Bruegel le Jeune. Il voyagea quelque temps en Italie avant de se fixer définitivement à Anvers en 1609.

Il commença à être connu comme peintre de natures mortes et de scènes de marchés, réalisant des œuvres de grande dimension dans lesquelles il décrivit des profusions de gibiers et de fruits; Snyders devint un maître de la peinture animalière et acquit également une renommée par ses toiles représentant des scènes de chasse et des combats d'animaux.

Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent la Chasse à l'ours, la Chasse au renard et la Chasse au cerf. Snyders collabora avec Rubens (qui peignit les personnages de certains de ses tableaux), Van Dyck et Jordaens . Il eut une influence forte sur les peintres naturalistes français

La sculpture en Flandres

A compléter

L'art baroque espagnol (1590-1690)

Le baroque espagnol du XVIIe siècle s'inspirer de l'art italien et opérer une synthèse entre le mysticisme du Greco et la technicité d'un Caravage. Après une période de forte influence italienne (1590-1620), des artistes espagnols vont progressivement s'attacher à un art figuratif exprimant l'identité espagnole par un certain goût pour la mise en scène monumentale, les scènes populaires, et les effets de masse. On appellera ce mouvement «l'école sévillienne».

Peinture baroque espagnole

À l'époque de la Contre-Réforme, Vincente Carducho (1578-1638), artiste d'origine florentine, importe en Espagne un style qui rompt avec le maniérisme traditionnel. Juan Sánchez Cotán Fray (v. 1561-1627) peintre de natures mortes, mêle l'influence hollandaise et le caravagisme. À Valence, le «luminisme» du Caravage caractérisera encore l'œuvre de Francisco Ribalta (1565-1628). Séville et Madrid deviennent les deux plus grands centres du baroque espagnol, grâce à Juan de Roelas, Francisco Pacheco, et Francisco Herrera le Vieux.

Installé à Séville dès 1629, Francisco de Zubarán subit l'influence du caravagisme et de la technique de la sculpture polychrome. Il travaille presque exclusivement pour les couvents et les monastères. Les œuvres du Caravage circulent à Séville à partir de 1603 et suscitent beaucoup d'intérêt, notamment chez Vélasquez. En 1623, celui-ci s'installe à Madrid et devient le portraitiste de Philippe IV. Il travaille pour la cour, commence à représenter des thèmes mythologiques, et réalise de nombreux portraits royaux tels que les Ménines.

Contemporains de Vélasquez, Cano également sculpteur et architecte, réalise l'un des rares nus du baroque espagnol, le Christ aux Limbes (1645-1650) qui le rendra célèbre pour ses rendus délicats de peau. Murillo est, avant tout, un peintre religieux. Il apporte au baroque espagnol une majesté et une poésie manifeste dans l'Immaculée Conception (1678) . Un des meilleurs représentants de «l'école sévilienne» est encore Juan de Valdés Leal (1622-1690), dont la peinture mouvementée, qui décrit la passion parfois jusqu'à la violence, est souvent considérée comme l'apogée du baroque espagnol. À Madrid, la dernière génération de peintres baroques compte Francisco Rizi (1614-1685), Juan Carreño de Miranda (1614-1685) et Claudio Coello (1642-1693), artistes qui cultivent un style inspiré du baroque italien.

Architecture et sculpture baroque espagnole

L'art italien influence peu la sculpture baroque espagnole, qui demeure, pour l'essentiel, une poursuite de la tradition médiévale de la sculpture sur bois. Le réalisme et l'extrême souci du détail la caractérisent. On distingue principalement une tradition provenant du centre de l'Espagne, et une tradition méridionale, appelée «Ecole méridionale». Les sculptures sur bois sont généralement polychromes et les visages sculptés sont parfois dotés d'yeux de verres, de vrais cheveux ou de vêtements. Parmi ces plus belles pièces figurent de nombreux retables en bois polychromes, souvent de grandes dimensions et richement décorés. Citons, parmi les artistes qui les ont réalisés, Gregorio Fernández (1576-1635), certainement le plus grand sculpteur du centre de l'Espagne, installé la majeure partie du temps à Valladolid, tandis que «l'école méridionale» est représentée par Juan Martinez Montañes (1568-1649) et Juan de Mesa (1538-1627) pour Séville, Pedro de Mena (1628-1688) et Alonso Cano (1601-1667) pour Grenade.

L'architecture espagnole du «plein-baroque» reprend les motifs austères du palais et du monastère de l'Escurial (1563-1582), près de Madrid, lors de la construction du palais du Buen Retiro (commencé en 1631, aujourd'hui détruit) à Madrid. La façade réalisée par Alonso Cano pour la cathédrale de Grenade (conçue en 1667) réutilise des éléments traditionnels, mais sa décoration extérieure laisse entrevoir un fort style baroque. Les édifices baroques les plus décorés se trouvent en Andalousie. L'hôpital des Vénérables de Séville (1687-1697), construit par Leonardo de Figueroa, en constitue l'un des exemples les plus représentatifs.

Alonso CANO (1601-1667) Saint Jean evangeliste de Cano

Un des plus grands maîtres de l'art baroque espagnol. Formé à l'architecture par son père, à la sculpture par Juan Martinez Montanes (1568-1649), et à la peinture dans l'atelier de Francisco Pacheco (1564-1644), Alonso Cano reçut une formation artistique complète.

Il travailla d'abord à Séville, comme sculpteur de retablos (grand retable polychrome gravé de Lebrija, 1629-1631). Il fut appelé, en 1638, à la cour de Madrid où, nommé peintre du roi, il eut une production artistique très active jusqu'en 1644, date à laquelle il dut s'enfuir pour Valence, accusé du meurtre de sa seconde femme.

De retour à la cour de Philippe IV, en 1649, il se rendit à Grenade comme architecte et sculpteur à la cathédrale de Grenade dont il dessina la façade qui apparaît comme l'une des créations les plus imaginatives et les plus riches de l'architecture baroque. Les 7 tableaux illustrant les Mystères de la Vierge, qu'il réalisa en 1654 pour la cathédrale, annoncent la peinture de Murillo, et comptent parmi les compositions les plus intéressantes de son œuvre, toujours remarquable pour l'éloquence expressive qu'elle dégage.

Christ en croix de MontanezJuan Martinez MONTANEZ (1568-1649)

Travailla à Grenade et Séville; il exécuta des sculptures de dévotion en bois polychrome d'un réalisme sobre et concentré qui devinrent un modèle pour tous les sculpteurs et peintres andalous : Christ de la clémence et Immaculée conception. Style rond et adouci

Gregorio HERNANDEZ ou Fernandez (v1576-1636)

Sculpteur castillan né à Sarria (Galicie), il subit l'influence du grand Juan de Juni et celle de Pompeo Leoni. Les groupes processionnels (pasos), tout comme les figures et autres reliefs de retables en bois dont l'architectonique et la polychromie sont effectués par d'autres ateliers, sont la spécialité du sculpteur qui exécute le groupe du Tengo sed («J'ai soif») de 1612, et le Camino del Calvario («Chemin du Calvaire») en 1614.

Le réalisme maniériste des protagonistes de la Descente de Croix de 1623, ou les reliefs du retable de San Miguel de Vitoria terminé en 1630, s'inscrivent dans le sillage de la renaissance de la sculpture sur bois qui a vu le jour au siècle précédent. Les œuvres concilient le réalisme populaire local et le baroque italien introduit en Espagne par Charles Quint.

La célèbre Vierge du Carmen, ou encore le Baptême du Christ, conjuguent ainsi le souci du détail réaliste (mains) et l'outrance des expressions (visages aux yeux souvent incrustés). Dans le groupe de la Passion composée de 70 figures, le sens aigu du drame est révélé, au-delà des attitudes théâtrales, par des plis cassés opposant brutalement l'ombre et la lumière, et par la symbolique des émotions sur les visages des protagonistes : les yeux mi-clos du Christ à l'agonie entre le bon et le mauvais larron aux yeux respectivement ouverts et fermés.

Hernández est également un créateur de types iconographiques, comme l'attestent les nombreuses imitations du Christ à la colonne de l'église de Vera Cruz, de l'Ecce Homo de l'église San Nicolás, du Christ gisant visible au couvent de San Pablo, ou encore de la Sainte Thérèse du musée de sculpture de Valladolid, exécuté avant 1625, où l'émotion artistique du sculpteur rejoint dans un même élan l'extase mystique de la sainte.

Pedro de MENA (1628-1688)

Elève de Cano, il travailla à partir de 1658 au choeur de la cathédrale de Malaga. Abondante production de sculptures religieuses polychromes sur diverses variantes de l' Ecce homo et de la Mater Dolorosa, souvent d'un pathétisme poignant. Recherche d'expression et de présence dans ce bois polychrome de Sainte Madeleine. Beauté et réalisme des gestes. Sens du mouvement

La peinture espagnole

GRECO (cf renaissance)

Francisco RIBALTA (1565-1628)Saint François malade, reconforté par un ange(Ribalta)

Représentant du naturalisme ténébriste du baroque ibérique, Ribalta se forme dans le milieu artistique développé autour du palais de l'Escurial, proche du maniérisme tardif. En 1599, il s'installe à Valence et ou il réalise sa première oeuvre d'envergure : le retable de l'église San Jaime d'Algemesi.

Aux alentours de 1620, son style connaît un changement radical dû à la forte impression qu'il ressentit devant les oeuvres du Caravage (il effectue une copie de la Crucifixion de saint Pierre) lors d'un séjour en Italie (1613-1615). Le naturalisme des figures, l'éclairage ténébriste et l'intérêt pour la réalité immédiate caractérisent la production de ses dernières années, comme les œuvres commandées en 1620 par le couvent des Capucins : Saint François aux pieds du Christ en croix (musée des Beaux-Arts, Valence), Saint François malade réconforté par un ange et le Christ embrassant saint Bernard (musée du Prado).

Certaines de ses compositions, dont le Saint Bruno du musée des Beaux-Arts de Valence, annoncent déjà l'art monumental et austère de Francisco de Zurbarán.

Son fils Juan (1596/97-1628) intervient sur de nombreuses toiles de son pére mais parvint aussi à développer un style propre, au réalisme encore plus marqué.

Jusepe de RIBERA (1591-1652)

Egalement graveur, il travailla essentiellement à Naples (sous domination espagnole) après avoir passé quelques années en Lombardie et à Rome; c'est pendant son séjour romain qu'il réalisa la série des 5 sens emprunte du luminisme et du naturalisme caravagesque. A Naples il peignit le dramatique Calvaire et le Martyr de saint Barthélémy. Il exécuta surtout des thèmes religieux tout en étant le premier peintre espagnol à traiter des sujets mythologiques. Pied bot (Ribera)Ses premières œuvres sont marquées par le chiaroscuro (contraste d'ombre et de lumière) inspiré du Caravage, et une facture à la fois expressive et souple, héritée de Titien.

Il se tourna par la suite vers un registre plus sombre, tragique, peignant notamment des martyres et des scènes de tortures, comme dans Saint Sébastien (v. 1635, musée du Prado), empreints d'une saisissante intensité émotionnelle.

Ses œuvres plus tardives se caractérisent par une plus grande liberté dans la composition et une nuance chromatique plus subtile, adoucissant l'atmosphère et révélant la flamme intérieure des personnages. Cette capacité à traduire le caractère intime de ses personnages, particulièrement évidente dans le Pied-Bot (1642), marque une rupture avec l'idéalisation du style maniériste et constitue le principal apport de Ribera à l'art espagnol plus tardif. Pour les arcs du mur d'entrée de la Chartreuse de Naples, les 12 figures des Prophètes (1638-43)

Oeuvres présentées

- Martyr de Saint Barthélémy (1630)
- Pied Bot . Portrait en pied au réalisme extraordinaire qui fait subtilement appelle à la compassion et à la générosité mais pas à la pitié
- Communion des apôtres. Oeuvre tardive
- Immaculée conception et
- Pieta pour une église de Salamanque
- Songe de Jacob et Libération de saint Pierre

 

Fray Ruan Sanchez COTAN (1561-1627)Nature morte (Cotan)

Formé à Tolède il réalisa de très nombreuses «bodegones» dont il fut le plus grand représentant espagnol (style de nature morte en vogue en Espagne durant le règne de Philippe III) représentant exclusivement des légumes et des fruits suspendus dans un espace presque métaphysique, à l'intérieur de cadres en perspective, dans un agencement rigoureux des différents éléments.

En 1603 il se retire dans une chartreuse où il peignit un cycle de peintures murales représentant des Scènes de la vie de Saint Bruno et d'autres saints (1615-17). Dans la recherche de pureté qu'il développe dans ses oeuvres, il leur donne une singulière intensité que l'on retrouvera chez Zubaran.

 

Francisco de ZURBARAN (1598-1664)

Ses œuvres font fusionner deux tendances dominantes de l'art espagnol, le réalisme et le mysticisme. D'origine basque, Francisco de Zurbarán étudia la peinture à Séville. Trois ans plus tard, il ouvrit son propre atelier. Il y réalisa, entre autres, une série de toiles destinées au couvent sévillan de SaHercule et l'hydre de Lerne (Zubaran)n Pablo, parmi lesquelles un Christ en croix (1627,).

En 1629, il s'installa à Séville, où il travailla dès lors régulièrement pour les principaux ordres monastiques de la ville. Il se fit ainsi le peintre d'une spiritualité austère et dramatique, qu'il servit par un sens puissant du volume et de violents effets de lumière.

Parmi ses œuvres, citons les Funérailles de saint Bonaventure, réalisé pour le collège franciscain, sa Vision de la Jérusalem céleste (musée du Prado), les scènes de la vie de saint Pierre Nolasque; ou encore l'Apothéose de saint Thomas d'Aquin (1631), sa célèbre Nature morte avec citrons et oranges (1633,) - où la force de la lumière n'a d'égale que la mise en relief des volumes -, et ses représentations de Saint François en extase ou méditant.

Zurbarán mena l'essentiel de sa carrière à Séville, à l'exception d'un court séjour à Madrid : grâce à l'appui de Vélasquez, il reçut de la cour une commande de dix toiles, représentant les Travaux d'Hercule, pour le palais du Buen Retiro (1634-1635, actuellement au musée du Prado, Madrid).

Il ne fut toutefois que peu influencé par Vélazquez et l'art de la cour. Il mourut, six ans plus tard, dans la misère.

Bartolomé Esteban MURILLO (1618-1682)Jeune paysan (Murillo)

Spécialisé dans les sujets religieux et les scènes de genre. Né à Séville, Bartolomé Murillo commença par étudier la peinture dans l'atelier de Juan del Castillo. Dans les collections privées de Seville, Murillo eut la possibilité de s'inspirer des œuvres des grands maîtres de la Renaissance et des baroques italien et hollandais ainsi que de celles de ses prédécesseurs espagnols, comme Francisco Ribalta et Jusepe de Ribera.

Il obtint son premier succès lorsqu'il réalisa, de 1645 à 1646, une série de onze toiles pour le cloître du couvent des Franciscains de Séville. Ces scènes, tirées de la vie de différents saints, lui valurent une grande réputation. Outre ses tableaux de scènes religieuses ou bibliques, il excella dans la peinture de genre, représentant notamment des enfants de la rue dans un style réaliste très émouvant, comme le Jeune paysan , le Jeune Mendiant (1645-1655, musée du Louvre) ou Enfants jouant aux dés (Vienne).

Il fonda en 1660 à Séville une Académie des beaux-arts. Parmi les cycles qu'il réalisa (essentiellement pour les églises de sa ville), nombreux sont ceux qui furent dispersés aux 18° et 19° siècles et que l'on trouve aujourd'hui dans les musées de Saint-Pétersbourg, de Madrid (Adoration des bergers, musée du Prado), de Londres (Trinité, National Gallery) ou de Paris (lNaissance de la Vierge, musée du Louvre).

Murillo ne quitta guère sa ville natale, excepté un séjour à Cadix dans les années 1680-1681. Il mourut un an plus tard, laissant une œuvre qui anticipait le réalisme de l'art religieux du 18° siècle espagnol. Au 19° siècle, ses peintures de genre furent également redécouvertes et influencèrent de nombreux peintres.

 

Diego VELASQUEZ (1599-1660)

Figure majeure du 17° siècle, qui exerça une influence importante, au 19° siècle, sur les impressionnistes et Manet en particulier. Vélasquez, né à Séville, était l'aîné de 6 enfants. Manifestant très tôt des dons pour la peinture, il fréquenta d'abord quelques mois l'atelier de Herrera le Vieux, puis entra, en 1611, dans celui de Francisco Pacheco (1564-1654) où il resta jusqu'en 1617. Vélasquez y apprit les rudiments de la peinture et les règles strictes qui régissaient alors l'iconographie religieuse.

Les premières œuvres de Vélasquez qui ont été conservées, réalisées entre 1617 et 1623, s'inscrivent dans trois catégories : les bodegones (sujets de la vie quotidienne combinés à la nature morte), les portraits et les scènes religieuses. Quelques-uns de ses premiers tableaux, comme le Christ chez Marthe et Marie (v. 1619), montrent une forte tendance naturaliste au détriment de la dimension religieuse de l'œuvre. Dans les bodegones, tel le célèbre Vendeur d'eau de Séville (v. 1619-1620), les effets de clair-obscur, ainsi que l'observation fidèle de la nature appellent une comparaison avec les œuvres produites par le Caravage à la même époque en Italie. Dans la plupart de ses tableaux religieux qui, le plus souvent, sont des images de piété simple, Vélasquez utilisa comme modèle des gens de son entourage ou des badauds.

Dans l'Adoration des Mages (1619), par exemple, on peut reconnaître, parmi les différentes figures, les portraits des membres de sa famille. Grâce à Pacheco, directeur d'une académie humaniste, Vélasquez fréquentait les cercles intellectuels de Séville ce qui lui permit de parfaire sa connaissance de la mythologie. En 1622, Vélasquez effectua son premier voyage à Madrid où ses contacts avec la cour ne furent pas aussi fructueux qu'il l'espérait. Cependant, le peintre eut l'opportunité de découvrir et d'admirer les tableaux des riches collections royales.

A Madrid il peint le portrait du roi (1623), fut nommé peintre officiel de Philippe IV et s'installa dans la capitale avec sa famille. Le portrait du roi fut le premier d'une longue série où le souverain, ainsi que les membres de sa famille, sont représentés sans artifices dans un décor d'une extrême sobriété. Outre les portraits auxquels il consacrait la plus grande partie de son temps, Vélasquez exécuta également à cette époque des œuvres de sujet mythologique comme Bacchus (1628, Prado). Le réalisme avec lequel le peintre traitait des figures apparente davantage la composition à une scène de genre, telle qu'on pourrait l'imaginer dans une taverne de Séville, qu'à un tableau d'inspiration mythologique.

En 1628, Rubens vint à la cour de Madrid en mission diplomatique. Il y fit la connaissance de Vélasquez. Bien que le grand maître flamand n'ait pas eu d'influence directe sur le style du jeune peintre, leurs conversations incitèrent probablement Vélasquez à effectuer un voyage en Italie afin d'y découvrir les richesses artistiques tant admirées de Rubens. Vélasquez quitta Barcelone pour Gênes en 1629 et passa la majeure partie des 2 années suivantes à visiter Milan, Venise, Florence et Rome. Au cours de son séjour italien, il manifesta un intérêt tout particulier pour l'art de la Renaissance et pour la peinture contemporaine. Plusieurs œuvres de l'époque, telle Joseph et ses Frères (1630, l'Escurial) montrent en effet l'influence subie par le peintre espagnol, sensible aux formes monumentales de Michel-Ange et aux grands maîtres italiens dont le Guerchin et Giovanni Lanfranco. Dès son retour à Madrid, Vélasquez reprit sa place de portraitiste à la cour.

En 1634, Vélasquez fut chargé de la décoration du salon des royaumes au nouveau palais du Buen Retiro. Ce projet, pour lequel Vélasquez fit appel aux meilleurs peintres contemporains, comportait douze scènes de batailles, et plusieurs portraits équestres royaux. Vélasquez réalisa pour ce cycle de tableaux la célèbre Reddition de Bréda (1634, Prado,)L'œuvre illustre avec beaucoup de sensibilité et de réalisme, la magnanimité d'un général espagnol vainqueur des troupes flamandes assiégées, après la bataille de Bréda, en 1624. Vélasquez exécuta également dans les années 1630, un ensemble de portraits royaux destinés à orner la Torre de la Parada, un pavillon de chasse situé non loin de Madrid. Parmi les œuvres datant de la fin des années 1630 et du début des années 1640 figurent les célèbres tableaux de bouffons, de fous et de nains. Les œuvres d'inspiration religieuse, telles Saint-Antoine et Saint-Paul (1638) et l'Immaculée Conception (v. 1618, Prado) sont de plus en plus rares.

Entre 1649 et 1651, Vélasquez effectua un nouveau voyage en Italie, afin d'acheter des œuvres destinées à la collection du roi. À Rome, il peignit deux portraits fameux : celui du pape Innocent X à l'occasion de son année jubilaire (1649-1650) et celui de son domestique Juan de Pareja. L'élégante Vénus au miroir (National Gallery, Londres) date probablement de cette époque.

Ce fut au cours des dernières années de sa vie que Vélasquez réalisa les deux célèbres chefs-d'œuvre conservés au musée du Prado, les Fileuses, une image au symbolisme complexe et les Ménines (également appelé les demoiselles d'honneur) : Scène de vie quotidienne dans la famille royale, le tableau représente le peintre, à gauche devant son chevalet, attelé au portrait du roi et de la reine d'Espagne, situés en réalité à la place du spectateur et dont l'image se reflète dans le miroir du fond; au même moment, l'infante Marguerite, entourée de ses servantes, d'un nain et de son chien, vient prendre place au premier plan. D'un réalisme puissant, l'œuvre exerce un pouvoir de fascination qui tient tout à la fois au jeu des regards et à la complexité de l'espace, qui décuple les perspectives et les cadrages. De nombreux peintres s'inspirèrent de cette toile, notamment Picasso, qui multiplia les variations sur ce sujet.

Jusqu'à sa mort, le 6 août 1660, Vélasquez consacra une grande partie de son temps aux devoirs que lui imposait sa fonction de maréchal, récemment attribuée par Philippe IV dont l'artiste demeura toujours un ami fidèle.

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