Les Temps Modernes - Le 17° siècle

Sommaire cours Liste des artistes

Au début du 17° siècle on distingue les Pays-Bas du sud : Belgique, Flandres et Hainaut; des Pays-Bas du Nord : essentiellement Hollande actuelle et provinces indépendantes unies

Un peu d'histoire

En 1566, éclata le soulèvement contre l'Espagne marquant le début d'une guerre qui ébranla le pays jusqu'en 1648, à la signature du traité de Westphalie. Ce conflit trouva ses origines dans la question religieuse : les calvinistes de la Belgique actuelle se soulevèrent en masse et la répression empêcha toute conciliation. Le mécontentement général s'étendit et les villes du nord constituèrent, en 1572, un gouvernement sous la direction de Guillaume Ier d'Orange-Nassau, dit le Taciturne. L'Union d'Arras réunit les régions francophones et catholiques, tandis que les calvinistes s'unissaient par l'Union d'Utrecht, qui proclama son indépendance deux ans plus tard. L'Union d'Utrecht connut des débuts difficiles, puis la reconquête, en 1585, de la quasi-totalité des territoires du sud par les Espagnols.

Le salut vint d'Angleterre, en 1588 les Anglais détruisirent l'Invincible Armada, et cette victoire navale imparable obligea l'Espagne à trouver un compromis. À cette date fut constituée la république des Provinces-Unies, puis la guerre reprit jusqu'à la reconnaissance par l'Espagne, en 1648, de la souveraineté des Provinces-Unies par le traité de Münster. Didier Érasme avait exercé une profonde influence sur la vie intellectuelle.

Au 17° siècle, les Provinces-Unies, constituées par les 7 provinces et dominée par la Hollande, la plus grande et la plus prospère, connurent une période de prospérité sans égale tandis que leurs voisins européens subissaient une stagnation économique. Cette prospérité fut présente à tous les niveaux : artistique, scientifique et culturel. Les grands artistes néerlandais du 17° siècle, Rembrandt, Jan Vermeer, Frans Hals ou Jan Steen apportèrent à la peinture néerlandaise un essor remarquable. Lles Provinces-Unies s'engagèrent dans la guerre de Dévolution (1667-1668) opposant la France de Louis XIV à l'Espagne. En s'alliant à l'Angleterre et à la Suède, les Provinces constituèrent avec ces deux pays la Triple-Alliance. Le traité d'Aix-la-Chapelle mit fin au conflit le 2 mai 1668. La guerre de Hollande (1672-1679) opposa la France et la Hollande car les Néerlandais contestaient la volonté d'expansion de Louis XIV. Les traités de paix furent signés à Nimègue entre 1678 et 1679 et la France dut restituer plusieurs places fortes aux Provinces-Unies. Progressivement, elles se rapprochèrent de l'Angleterre et adhérèrent à la ligue d'Augsbourg. Lorsque Guillaume III mourut sans héritier, un lointain parent, Jean-Guillaume Friso, revendiqua avec succès le titre d'héritier de la maison d'Orange. Le pouvoir économique et politique des Pays-Bas commença à faiblir à l'issue de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714). En 1747, lGuillaume IV, devint gouverneur suprême de l'ensemble des 7 provinces. C'est à cette date que la fonction devint héréditaire.

L'art des Pays-Bas du Nord

La peinture flamande

Frans HALS (1580/81-1666)

De formation maniériste, il débuta dans la peinture de genre (Banquet dans le parc-1610) puis s'essaya au portrait. Les 240 oeuvres qui nous sont parvenus se caractérise de façon homogène par le choix de rendre de façon immédiate et vivante le sujet à travers un traitement pictural de touches rapides et irrégulières.Il se spécialisa surtout dans les portraits individuels (Le Buveur ou La Bohémienne ou encore Le chevalier souriant qui sont traités avec des expressions riantes et des gestes pleins de vie. Hals travaillait généralement directement sur la toile sans dessin préparatoire.

Né à Anvers, il fuit la ville après l'arrivée des espagnols et s'établit toute sa vie durant à Haarlem où sa clientèle était composée de marchands et de bourgeois. Il reçut d'importantes commandes pour des portraits de groupes de gardes et de conseils municipaux de Haarlem..

Dans ces portraits de groupes grand format, Hals fait preuve de son talent de portraitiste où, sans mise en scène, il sait saisir chaque personnage dans ses caractéristiques physiques, tout en préservant la cohérence par des actions individuelles mais liées entre elles et l'unité du tableau grâce à son sens de la lumière qui unifie l'ensemble de l'oeuvre.

Ces premiers tableaux, de couleurs vives tendent vers la fin de sa vie vers une recherche unicolore : Les Régentes de l'hospice des vieillards de 1664, dans des teintes sombres de noir et de gris.

- Compagnie du capitaine Reynier Real (1633-1636)
- Mulâtre à la touche très personnelle, peint à touches larges faisant ressortir l'épaisseur des traits
- Couple assis dans un jardin et se tenant par la main
- Portrait de Willem Kruss (1659) aux touches libres et nerveuses, qui illustre cette recherche de monochromie de la fin de sa vie
- Régentes de l'hospice de Harlem (1664). Tableau extrêmement sévère presque caricaturale dans la description des visages.

Ces 20 dernières années montrent l'intérêt croissant de Hals pour l'intériorité de l'individu, dans un style parfois sévère (Homme aux mains jointes) parfois dramatique (Epoux Gerhardts).

Bartolomeus VAN der HELST (1613-1670)

Portraitiste comme Hals qui exerça une influence sur lui (sans avoir été son professeur) il fut à la mode de la bourgeoisie d'Amsterdam. Certaines effigies du début de la carrière de Van der Helst, comme le Portrait d'homme , reprennent des formules maniéristes (le format ovale) que l'on retrouve chez Hals et chez Rembrandt. De Rembrandt, à Amsterdam à la même époque il empruntera le goût des mises en page monumentales : visages de profil, coude formant un angle en avant comme dans le Portrait d'une dame, ou le Portrait d'homme à sa table de travail.

L'artiste a exécuté, comme tous les portraitistes de l'époque, des effigies officielles : La Compagnie du capitaine Bicker (1639), et le Banquet de la garde civique (1648).Autour de 1650, les mises en page deviennent de plus en plus animées et fastueuses (fonds d'architecture de palais, colonnes, drapés en cascade et parcs) avec des costumes de plus en plus somptueux faits d'étoffes soyeuses qui contrastent avec la vulgarité des visages. La facture, devient plus large, le coloris plus nuancé: blancs, roses, mauves, jaunes... C'est vers cette époque, et grâce à ce style décoratif, que Van der Helst gagne la faveur des bourgeois d'Amsterdam nouvellement enrichis, qui le préfèrent à Rembrandt.

Parmi les plus remarquables portraits, dans cette seconde manière brillante et habile, il faut citer les deux Autoportrait , de 1662, le Portrait d'un jeune couple , 1654, le Portrait de la famille Reepmaker de 1669 (musée du Louvre) et les effigies de peintres contemporains (Paulus Potter, 1654) .

Hendrick Ter BRUGGHEN

Il fut influencé comme de nombreux peintres par le caravagisme. Ce fut un peintre outré et excessif

- Pâtre jouant de la flûte : Peinture de plaisir, de l'éphémère et de l'insaisissable moment ou se ressent cette influence de Caravage

Gerrit HONTHORST (1590-1656) dit "Gérard de la nuit"

Peintre "caravagiste" par ses scènes nocturnes dans un style proche de celui du Caravage. A Rome il se spécialisa dans le rendu du clair-obscur;sur des sujets bibliques (l'Adoration des bergers (1621). De retour à Utrecht en 1622, il se concentra sur la peinture de genre et les portraits de cour, travaillant successivement pour Charles Ier d'Angleterre, Christian IV du Danemark et le prince de Brandebourg. Le Christ devant le Grand Prêtre (v. 1617) et le Concert (1624, musée du Louvre) figurent parmi ses tableaux les plus célèbres. Son œuvre exerça une influence notamment sur Frans Hals.

- Adoration de l'enfant, tableau typiquement caravagesque (clair-obscur) qui rappelle aussi de La Tour
- Arracheur de dents aussi caravagesque ; la lumière juste apportée par une bougie camouflée par une main n'éclaire que l'action

REMBRANDT (1606-1669)

Célèbre pour ses effets de clair-obscur, il fut également dessinateur et graveur néerlandais et réalisa de nombreux autoportraits. Etablit à Leyde. Il développa alors un style antiacadémique (Balaam, 1626; David et Goliath, 1626) qui lui valut grand succès. Lecon d'anatomie du docteur TulpÀ la polychromie agressive des premières œuvres succéda bientôt un goût pour les harmonies brunes et les effets de clair-obscur mystérieux (la Fuite en Égypte, 1627; Samson et Dalila, 1628) qui aboutirent à un style, tout à la fois fantastique et poétique, intense, et mystérieux.

Rembrandt partit pour Amsterdam où des mécènes aisés lui commandèrent de nombreux portraits (la Leçon d'anatomie du docteur Nicolaes Tulp , remarquable par ses qualités d'observation et sa finesse picturale : Le cadavre, dont les muscles du bras gauche ont été mis à nu, est d'une tonalité grise caravagesque). Les autres portraits des années 1630 frappent par leur grande force plastique, par la simplification des harmonies, peints le plus souvent sur un fond gris, qui confèrent à l'ensemble grandeur et monumentalité.

Tendance baroque dans les très nombreux autoportraits et les effigies qu'il fit de son épouse ainsi que dans les sujets religieux et les scènes mythologiques, comme en témoigne la suite des 5 tableaux de la Vie du Christ, (1633 à 1639).

Contrairement à sa carrière publique prospère, la vie privée de Rembrandt fut frappée par le malheur (mort de son épouse et de 3 de ses enfants) Parmi les chefs-d'œuvre de cette période figure la célèbre Ronde de nuit (1642), énorme tableau qui témoigne de l'activité agitée de la garde civile hollandaise rassemblée derrière ses chefs plus grands que nature, se préparant à un défilé ou à une riposte.Ronde de nuit (ou Compagnie du capitaine Cocq Effet dramatique puissant, alternance de l'ombre et de la lumière, de l'avant et de l'arrière, des mouvements de gauche à droite et inversement, des diagonales formées par les bras, les mousquets, les drapeaux et les piques, permirent à Rembrandt de rendre ce qui lui fut si cher : «le mouvement le plus naturel».

De nombreux tableaux de Rembrandt des années 1640 montrèrent néanmoins l'influence du classicisme dans son style et son esprit (Autoportrait de 1640 ). D'autres œuvres de Rembrandt dépeignent des dialogues, et parviennent à saisir un instant précis. Dans le tableau presque monochrome mais en mouvement des Pèlerins d'Emmaüs (1648, musée du Louvre), l'utilisation de la lumière traduit immédiatement la signification de la scène, alors que dans Bethsabée au bain qu'il peint après la mort de sa première épouse et ou il apporte une approche révolutionnaire du nu dans son réalisme lourd (1654) ou Jacob bénissant les fils de Joseph (1656), la lumière diffuse adoucit l'atmosphère.

Les nombreux paysages de Rembrandt de cette période sont des vues imaginaires, élaborées sur le souvenir d'endroits spécifiques. L'introduction de ruines et de collines, qui ne font pas partie de la campagne néerlandaise, comme dans Ruine, suggère une influence classique venant de l'Italie. Malgré le succès financier de Rembrandt en tant qu'artiste, professeur et négociant en art, son penchant pour un mode de vie ostentatoire le conduisit à la faillite en 1656. Un inventaire de sa collection d'œuvres d'art et d'antiquités, saisies avant une vente aux enchères tenue afin de régler ses dettes, montre l'étendue de l'intérêt de Rembrandt pour la sculpture ancienne, les tableaux flamands, la Renaissance italienne, l'art oriental, les œuvres néerlandaises contemporaines, les armes et les armures.

Ces problèmes personnels n'eurent apparemment pas de répercussions sur son travail puisque ses tableaux les plus importants datent des deux dernières décennies de sa vie. Ses autoportraits, ses portraits de personnages seuls ou ses scènes de groupes, ainsi que ses œuvres religieuses et historiques révèlent une préoccupation de l'expression des qualités spirituelles. Sa palette s'enrichit considérablement, son coup de pinceau devint de plus en plus épais, au point de sembler flotter miraculeusement sur la toile. Certains grands tableaux de cette époque témoignent de l'apogée de sa maturité comme les Syndics des drapiers (1661).

autoportrait Autoportrait avec SaskiaCe fut sans aucun doute dans les autoportraits (environ soixante) que Rembrandt se livra le plus, se soumettant à une autoanalyse pénétrante. Dans Autoportrait au chevalet (v. 1669), les traits de Rembrandt trahissent un esprit légèrement sarcastique.

Les sujets bibliques, quant à eux, occupèrent environ un tiers de la production totale de Rembrandt. Les premières œuvres bibliques et dramatiques de Rembrandt furent mises en valeur par la présence d'un goût baroque, cependant que ses dernières, telles Joseph accusé par la femme de Putiphar (1655) et le Retour du fils prodigue (v. 1669) se concentrent sur l'expression abstraite, mystique et surnaturelle d'une situation humaine, dépouillée des détails inhérents à leurs contextes historiques.

Pour Rembrandt, le dessin et la gravure à l'eau-forte furent aussi importants que la peinture (env 1400 dessins). Une grande partie de ces dessins sont considérés plutôt comme des œuvres à part entière que comme des études préparatoires de peintures ou de gravures. Son moyen d'expression favori fut le crayon et l'encre sur papier blanc, souvent utilisés en combinaison. Dans certains dessins, comme la Découverte de Moïse (v. 1635), quelques lignes chargées focalisent la scène sur les trois personnages. D'autres dessins, au contraire, comme la Porte du Rhin à Rhenen vers Oostpoort (1648), accentuent des détails d'architecture et de perspective.

Les gravures à l'eau-forte de Rembrandt ont été très prisées de son vivant. Il utilisa ce procédé pour son potentiel extraordinaire à produire des lignes enchevêtrées, permettant d'obtenir une grande expressivité. En combinaison avec l'eau-forte, il obtint des effets uniques. Les gravures à l'eau-forte les plus impressionnantes de Rembrandt datent de sa période de maturité. Parmi elles, il convient de citer le portrait grandeur nature de Jan Six (1647), la célèbre Prédication de Jésus (1642-v. 1645), les Trois Arbres (1643) et le Christ prêchant.

dAutres oeuvres présentées :

- Anna accusée par Tobie du vol d'un chevreau. Oeuvre de jeunesse à la peinture "grumeleuse"; sens de la lumière unifiée et homogène
- Philosophe en méditation (1630). Très petit tableau ou il expérimente le clair obscur : l'éclairage étant simplement fournit par une fenêtre latérale qui apporte une pénombre dorée. Superposition des couches de glacis qui laissent très subtilement deviner les objets disséminés dans cette forte pénombre
- Présentation au temple, presque monochrome la lumière y joue un rôle presque religieux en évoquant la présence divine

Adriaen Van OSTADE (1610-1685)

Peintre et graveur hollandais Adriaen Van Ostade se forma auprès de Frans Hals. Son œuvre témoigna d'abord de l'influence de Bruegel l'Ancien. Par la suite, il se montra sensible à l'art de Rembrandt, dont il s'inspira pour le traitement de la lumière et des couleurs, privilégiant dès lors l'emploi de tonalités brunes.

Van Ostade peignit des scènes de genre évoquant l'ambiance des tavernes (le Cabaret, 1631) et des fêtes villageoises; il représenta, dans ses très nombreuses toiles, des personnages pittoresques, souvent paillards et bagarreurs, ainsi que des musiciens (Concert rustique, 1638) ou des paysans occupés à fumer et à boire. Il réalisa également 50 eaux-fortes dépeignant la vie paysanne et fut le professeur de Jan Steen. Après 1650, ses œuvres évoquèrent des scènes d'inspiration moins triviale et d'une facture plus raffinée (le Ménétrier du village, 1673).

Gerard TERBORCH (1617-1681)

Peintre hollandais qui réalisa la célèbre Paix de Münster, l'une des œuvres les plus importantes de l'art hollandais, il étudie à Amsterdam puis à Harlem avec P. Molijn . Gerard Terborch (ou Ter Borch) subit l'influence de Rembrandt et de Hals etla tradition caravagesque. Il se rendit à Londres en 1635, en Italie (1640) et à Münster (1646) où il peignit l'Arrivée du négociateur Adriaen Pauw à Münster (1646) et la Paix de Münster (1648), qui compte 60 portraits. Excellent portraitiste Terborch se rendit également en Espagne où il exécuta un portrait de Philippe IV, puis se fixa définitivement aux Pays-Bas où il fut le peintre de la société bourgeoise néerlandaise.

Il représenta de nombreuses scènes d'intérieur bourgeois, s'inscrivant dans la lignée des œuvres de Frans Hals (Admonition du père) et de Jan Vermeer, et accorda une grande attention au traitement du clair-obscur et au rendu des étoffes. Il réalisa des portraits et représenta les membres des grandes familles d'Amsterdam (Helena Van der Schalke enfant, vers 1640), et des scènes de genre intimistes, de dimensions réduites, comme la Leçon de musique (v. 1675i). Il excella dans l'évocation des nuances de gris et restitua des scènes aimables et paisibles : Le Duo (1660), le Galant militaire (1662) et la Leçon de lecture sont conservés au musée du Louvre.

- Intérieur d'un estaminet. Grand réalisme des personnages
- La lettre (1660). Peinture sans émotion célébrant l'ambiance de la vie bourgeoise

Ecole hollandaise de Leyde

Gérard DOU (1613-1675)

Dou apprit la peinture sur verre au contact de son père graveur puis se forma auprès de Rembrandt à partir de 1628. Après avoir réalisé quelques portraits au début de sa carrière, il se spécialisa dans la réalisation de petits tableaux évoquant des scènes de genre prenant place dans des intérieurs. Ses œuvres, qui sont caractérisées par la minutie du rendu de leurs détails, furent souvent peintes à l'aide d'une loupe. C'est lui qui donna naissance dans sa ville natale à la longue tradition de l'école de Leyde sous l'influence de la première manière de Rembrandt caractérisée par des tableaux de petites dimensions réalisés avec une précision minutieuse et une technique raffinée du détail.

Dou fut également connu pour sa maîtrise du traitement de la lumière et en particulier pour ses effets de clair-obscur; il peignit à plusieurs reprises des tableaux représentant des personnages éclairés par la lueur d'une bougie. Parmi ses créations figurent la Boutique du marchand de volailles et Lumière du soir ). L'œuvre de Dou fut très populaire; elle occupe une place importante au sein de la peinture hollandaise du 17° siècle.

Gabriel METSU (1629-1667)

Célèbre pour ses scènes de la vie quotidienne hollandaise au 17° siècle (Femme du pécheur). Probablement élève de Gérard Dou, Gabriel Metsu contribua à la fondation de la guilde des peintres de Leyde, en 1648, avant de s'installer à Amsterdam en 1657 ou il affine ses qualités artistiques sous l'influence de Rembrandt tout en étudiant aussi Vermeer dans des scénes de genre ou religieuses; mais il est surtout connu pour ses scènes galantes (Militaire et jeune fille) ses scènes de marché (Marché aux poissons) et ses représentations de malades (La petite fille malade de 1660)

Ses œuvres se caractérisent par des couleurs raffinées. Parmi ses tableaux les plus célèbres figurent notamment l'Enfant malade (vers 1660,), les Amateurs de musique et la Visite (1661).

Jan STEEN (1626-1679)

Célèbre pour ses scènes de genre. Il étudia la peinture à Utrecht avec Knupfer, puis à Haarlem avec Van Ostade et à La Haye avec Jan Van Goyen, dont il épousa la fille. Steen vécut à La Haye jusqu'en 1654 puis partit pour Delft où il reprit l'activité de son père brasseur. A Leyde il ouvrit une taverne en 1672. Steen fut un peintre extrêmement prolifique qui ne connut la peinture italienne et plus spécialement vénitienne que par des tableaux ou des estampes car il n'alla jamais en Italie. On lui attribue près de 700 tableaux. Parfois moralisateur, souvent ironique, il composa essentiellement des scènes de la vie populaire, mais peignit également des paysages, des portraits et des œuvres religieuses. Parmi ses tableaux les plus célèbres figurent notamment l'Arracheur de dents (1651, La Haye), La Toilette du matin (1663), la Fête à l'auberge (1674) la Surprise (1675), le Monde à l'envers et la courtisane endormie.

Ecoles hollandaises de DELFT

La caractéristique principale des peintures de l'école de Delft est la scène de genre souvent représentée sans sujet particulier

Carel FABRITIUS (1622-1654)

Élève de son père puis de Rembrandt à Amsterdam, Carel Fabritius eut sa carrière brutalement interrompue par l'explosion d'une usine de poudre en 1654; il y perdit la vie et la majorité de ses toiles furent détruites. L'une de ses premières œuvres, la Résurrection de Lazare (v. 1643), évoque fortement l'art de Rembrandt; les tableaux suivants (dont très peu ont survécu) paraissent libérés de cette influence (Chambre à coucher qui donne une description précise d'un intérieur hollandais) et se caractérisent par leur dépouillement et leur intensité lumineuse (Petite vue de Delft de 1652). Le Chardonneret (1654), avec sa composition soignée et ses couleurs subtiles, préfigure la technique de Vermeer.

Jan VERMEER (1632-1675)

Néerlandais, qui excellait dans l'art de peindre des scènes d'intérieurs confortables, composées avec une précision mathématique et baignées d'une lumière argentée, douce. Vermeer, également nommé Jan van der Meer van Delft, naquit à Delft. Seules 35 des toiles de Vermeer ont survécu et aucune ne semble avoir été vendue.Jeune fille au turban

On a pu rapprocher de la premiére oeuvre connue, datée de 1656 :La Fermière, plusieurs autres comme le Christ chez Marthe et Marie ou Diane et les nymphes, qui témoignent de l'influence des caravagistes. Leur petit nombre s'explique par des habitudes d'un travail délibérément méthodique de la part de Vermeer, ainsi que par son décès relativement précoce et de la disparition de nombreuses toiles pendant la période d'obscurantisme suivant sa mort à Delft en 1675.

À quelques exceptions près, dont certains paysages, scènes de rues et portraits, la production de Vermeer consista en des intérieurs domestiques ensoleillés, dans chacun desquels on voit un ou deux personnages en train de lire, écrire, jouer d'un instrument de musique ou occupés à une tâche domestique. Ces peintures de genre de la vie néerlandaise du 17° siècle, exécutées avec précision et observées objectivement, sont caractérisées par un sens géométrique de l'ordre. Vermeer était un maître de la composition et de la représentation dans l'espace. La Jeune Fille endormie (v. 1656) illustre son maniement des valeurs tonales et la perspective au premier plan, au second plan, et plus loin, à distance.

Dans la Laitière (scène de genre de 1660 où le vrai sujet est ... la diffusion de la lumière et ses reflets sur les objets et ou l'on a l'impression que le temps est suspendu), la Jeune Femme à l'aiguière (1663), Vue de Delft (v. 1660-1661), et d'autres œuvres, il perça les effets de la lumière avec une délicatesse subtile, des effets de transparence, de pénombre ou de contre jour et une pureté de la couleur qui sont quasiment uniques.

Parmi ses autres tableaux figurent l'Officier et la jeune fille souriant (1657), la jeune fille à la flûte et la Jeune Fille au chapeau rouge (1667) ou la Jeune fille au turban. Vermeer a été oublié après sa mort et n'a pas été redécouvert avant la fin du XIXe siècle. Sa réputation a constamment augmenté par la suite. Il est considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands peintres hollandais.

Autres oeuvres présentées :

-Ruelle de Delft (1658) : Technique particulière par le flou du premier plan qui rend encore plus précis l'alignement des maisons du second plan et crée une sensation de volume
- Vue générale de Delft (1660). Révolutionnaire par un sens nouveau de l'espace, et un extraordinaire réalisme qui se traduit dans la consistance de l'air qui semble humide
- Atelier du peintre (1665) ou il se représente de dos peignant une jeune fille qui nous fait face
- Dentellière : impression de suspension magique du temps
- Lettre d'amour de 1667 correspond a une évolution vers une peinture plus théâtrale, à plans spécifiques.

Jan Van GOYEN (1596-1656)

Peintre et dessinateur hollandais catholique dont l'œuvre influença de façon durable l'art du paysage en Hollande. Après plusieurs voyages en France, dans les Flandres et en Angleterre, il s'installa à La Haye en 1631, où il dirigea la guilde des Peintres en 1640. Si ses premières œuvres, descriptives et minutieuses, sont encore empreintes d'un certain maniérisme, il simplifia à partir de cette époque la composition de ses tableaux, jouant sur la perspective et réduisant considérablement l'étendue de sa palette. Les tons bruns, vert sombre, jaunes et bistres qui prédominent baignent ses paysages d'une atmosphère de profonde mélancolie.

Van Goyen fut l'un des précurseurs d'une peinture de paysages naturaliste en Hollande. Peintre de la «tonalité», il concentra ses efforts sur un rendu très subtil des nuances du ciel et des variations atmosphériques, jouant sur des effets originaux de contre-jour. Van Goyen fut un peintre extrêmement prolifique; parmi ses œuvres maîtresses figurent notamment les Moulins (dont la fonction était d'assécher les polders) et la Vue de Dordrecht (1650) et Vue de La Haye (1651), exécutée sur commande des autorités de La Haye.

Salomon RUYSDAEL (1600-env 1670)

Oncle de Jacob van Ruisdael et père de Jacob Salomonsz van Ruisdael, Salomon van Ruysdael est un des premiers grands peintres de paysages et de marines hollandais. Ruysdael a laissé une production abondante de tableaux presque toujours signés et souvent datés, et quelques dessins. Il fut en partie influencé par les oeuvres de Van de Velde et de Van Goyen

Parmi ses premières œuvres datées (1627), des paysages de rives de fleuves boisés, des vues hivernales et des marines (Paysage de dune avec femme, le Bac, Scène fluviale) avec des éléments anecdotiques - joueurs de hockey, personnages en traîneau, etc.. Un peu plus tard, avec notamment La Ferme et les pourceaux, Ruysdael se rapproche des paysages de dunes , un des thèmes de prédilection de cette première époque du paysage hollandais avec les panoramas et les vues de cours d'eau.

Coup de soleil

Dès 1631 il affirme la maîtrise de son style; ses paysages présentent alors toutes les caractéristiques que l'on retrouve à la même époque chez les peintres de natures mortes et de scènes de genre de l'école de Haarlem: goût pour le format allongé, sobriété de la composition simplement formée de deux horizontales, celles de l'eau et du ciel, qui occupe désormais les trois quarts du tableau, et enfin souci d'expression des valeurs plutôt que de la couleur, dissoute littéralement dans la lumière, ce qui donne une monochromie d'ensemble gris-vert.

Après 1640, ses couleurs se font plus vives : roses et bleus délicats des ciels, taches rouges et brunes des personnages qui deviennent plus nombreux, tout en étant intégrés au paysage. Ruysdael est un peintre de ciels de premier ordre avec leurs effets délicats de transparence. Ce tempérament paisible s'exprime à merveille dans les marines et les vues de cours d'eau (Bac sur un fleuve)où aucun souffle ne vient troubler l'élément liquide.

L'architecture joue un rôle plus important dans ses paysages des années soixante. Dans ses dernières années Ruysdael s'est essayé à un genre nouveau en peignant des natures mortes avec poissons et gibiers : Nature morte à la dinde, ou quelques tableaux représentant des oiseaux morts qui font le lien entre la peinture monochrome et réaliste de l'école de Haarlem et la nouvelle veine, baroque et décorative.

Jacob Van RUYSDAEL (1628-1682)

Egalement graveur, il fut comme son oncle Salomon dont il fut l'élève, l'un des plus grands paysagistes du 17° siècle. Ses premières œuvres reflètent l'influence du peintre paysagiste Hendrik Cornelis Vroom . De 1650 à 1652, Ruysdael voyagea dans l'est des Pays-Bas et en Allemagne.

Vers 1655, il s'installa à Amsterdam, où il forma de nombreux élèves, parmi lesquels Meindert Hobbema. Ses premières œuvres, calmes et mélancoliques, sont encore dans la tradition réaliste hollandaise (Chaumières sous les arbres, 1646). Grand admirateur de Rembrandt, il évolua vers une composition plus personnelle, dans des peintures de paysages, plages, vues de ville, ports ou fleuves, où prédominent ses propres émotions face à la nature. Ses compositions, complexes et puissamment suggestives, relèvent d'une grande richesse de contrastes de lumière, que contrebalance une réelle rigueur dans l'emploi de la perspective. Le Moulin de Wijk (v. 1665) est particulièrement significatif de la manière ample de Ruysdael, où domine une tension extrême.

Les paysages de collines boisées furent pour lui l'occasion de compositions grandioses dominées par des masses de végétation très denses (le Buisson, v. 1647, musée du Louvre). Cependant, la plupart de ses œuvres n'évoquent pas à proprement parler la Hollande, mais des régions lointaines aux ciels de tempête (la Tempête, 1670) ou aux cascades écumantes, qu'il puisait dans son imagination. Effets de lumière, perçant à travers un ciel d'orage, ruines suggestives, comme celles du Cimetière juif, conservé au musée de Dresde, interprétations d'une nature soumise aux lois du temps, arbres morts et brisés sont autant de caractéristiques des œuvres de Ruysdael, qui auront une forte influence sur les artistes romantiques.

Meindert HOBBEMA (1638-1709)

Peintre néerlandais, né et mort à Amsterdam, ami et assistant de Jacob Van Ruisdael, également grand paysagiste hollandais. L'essentiel de son œuvre a été achevé avant 1668. La campagne constitua le motif principal de ses tableaux qui montrent le plus souvent des sites recomposés, des villages, des bois sillonnés de sentiers, des ruisseaux ombragés et, en particulier, des moulins à eau (les Moulins à eau de Deventer).

Les grandes compositions lumineuses d'Hobbema montrent une très grande maîtrise de l'art du dessin et un soin méticuleux apporté au détail. L'œuvre d'Hobbema n'a été pleinement reconnue qu'après sa mort. L'Allée de Middleharnis (1689) ou le Moulin à eau (Louvre), furent alors appréciés comme les derniers chefs-d'œuvre de la tradition hollandaise de la peinture paysagiste.

On trouve dans les tableaux peints vers la fin de sa vie des oeuvres charmantes et d'une finesse prodigieuse d'exécution : Allée de Miffelharnis

Pieter SAENREDAM (1597-1665)

Il débuta par la peinture de paysages et de portraits mais se tourna plus tard vers la représentation d'architectures en peignant des intérieurs ou des extérieurs d'églises, sévères et dépouillés avec une perspective rigoureuse et une découpe nette des plans

Ses peintures sont, en réalité, des dessins transcrits sur panneaux, et ensuite, rehaussés de teintes légères; qui traduisent bien l'atmosphère sereine, à l'époque, l'intérieur des églises gothiques dont il se faisait le spécialiste. Saenredam se spécialisa également dans les paysages de ville

- Vénus et l'amour : gravure
- Nef et orgue de saint Bavon de Harlem

Job BERCKHEYDE (1630-1693)

Élève de J de Wit il représenta surtout des intérieurs d'édifices publics et d'églises avec une fidèle topographie. Son style influença son frère Gerrit.

Encore plus que Saenredam, Berckheyde fit un "métier à part" de la peinture de paysages de villes.Place du marché prés de l'église de saint Bavon

Emmanuel De WITTE (1617-1692)

De Witte se consacre tout d'abord à l'exécution de portraits et de scènes mythologiques et religieuses (Danae) puis il s'orienta vers des sujets architecturaux des vues de port, de marchés et plus tard des intérieurs d'églises les principes de la perspective diagonale chère aux français. De façon originale il assemblait entre elles des parties d'églises gothiques et les combinait avec une certaine fantaisie par grands à plat. Des personnages habillés à la mode du temps mettent quelques couleurs dans ces grands intérieurs presque blancs.Marché aux poissons à Amsterdam

Il subit également l'influence par Saenredam

Van de WELDE

Famille de peintres hollandais du XVIIe siècle célèbres pour leurs marines réalistes et détaillées.

Willem Van de VELDE, dit Willem le vieux(1611-1693), frère d'Esaias et père de Willem le Jeune. Il se spécialisa dans les marines et les scènes de batailles navales. Ses dessins au lavis, minutieux et précis, furent d'un grand intérêt pour la marine hollandaise.

Esaias Van de VELDE (1591-1630), frère de Willem le Vieux, il travailla à Haarlem à partir de 1610, puis devint portraitiste de cour à La Haye. Son sens de la couleur et son art de la composition (Dunes 1629), exercèrent une grande influence sur le développement de la peinture paysagiste hollandaise. Son élève le plus célèbre fut Jan Van Goyen.

Willem Van de VELDE, dit Willem le jeune(1633-1707), fils de Willem Van de Velde le Vieux et frère d'Adriaen Van de Velde. Il devint l'un des plus grands peintres de marine hollandais. Son sens du détail quasi documentaire mais aussi son rendu des mers calmes ou déchaînées (le Coup de canon, 1660) en firent l'un des peintres attitrés de la cour du roi Charles II d'Angleterre.

Adriaen Van de VELDE (1636-1672), frère de Willem Van de Velde le Jeune, séjourna en Italie et composa essentiellement des paysages de plages et de marines; il collabora également aux œuvres de certains de ses confrères, peignant pour eux petits personnages et animaux dans des couleurs brillantes et sensibles.

Chevaux (Wouwerman)Philips WOUWERMAN (1619-1668)

Élève de Hals il laisse prés de 70 tableaux. Il peignit des bambochades et des scènes de genre (Bohémiens en voyage, Devant la taverne) mais il fut surtout célèbre pour ses tableaux de chevaux ou ses scènes de chasse ou de batailles.

Il eut des activités de pasticheur malgré son talent propre . Départ des cavaliers

- La grande bataille
- Cheval blanc
- Combat de cavaliers

 

 

AVERCAMP (1585-1634)

Paysagiste de l'école néerlandaise, Hendrick Avercamp fait la transition entre une conception décorative d'origine flamande et encore archaïque et les nouvelles ambitions réalistes et objectives développées en Hollande. Avercamp se spécialise d'emblée dans les scènes de patinage et les paysages d'hiver. Horizon relevé, notes de couleur locale vives et chatoyantes, effets graphiques et décoratifs des branchages des arbres silhouettés sur la neige ou contre le ciel, prédilection pour les formats circulaires, concentrant la mise en page, sont des traits qui caractérisent le style d''Avercamp, qui se ressent de sa pratique de l'aquarelle où il excella.

Ses petits personnages se détachent très nettement en sombre sur la surface claire du tableau et, par leur animation, attestent une inclination caractéristique de la peinture néerlandaise vers le genre anecdotique et quotidien. Dans la maîtrise du paysage cependant, Avercamp ne resta pas statiquement attaché à la formule flamande et fera preuve d'indépendance. Le format circulaire est peu à peu remplacé par le format rectangulaire très allongé, affectionné par les peintres des années 1620-1630.

Avercamp est pour ainsi dire absent des musées français, car les amateurs et les érudits s'intéressent à lui depuis relativement peu de temps, mais il est fort bien exposé dans les musées néerlandais et anglais. Dans l'orbite d'Avercamp se rangent Arent Arentsz, dit Cabel, aux bonshommes pleins de verdeur; Adam van Breen, très proche d'Avercamp au point d'être souvent confondu avec lui; Christoffel van Berghe, alias le mystérieux C. V. B., actif à Middelburgh .

Albert CUYP (1620-1691)

Paysage aux bergers (Cuyp)Peintre hollandais, fils et élève du portraitiste Jacob Gerritszoon Cuyp. Né dans une famille d'artistes, Albert Cuyp fut l'élève de Jan Van Goyen.

Auteur de natures mortes, de portraits et d'intérieurs, il se distingua par ses compositions influencées par la peinture paysagiste italienne. Il se dégage de ses œuvres, empreintes de couleurs chaudes et baignées d'une subtile harmonie d'ombre et de lumière, une profonde sérénité. Il est trés recherché en Angleterre ou il influencera Turner

Parmi ses œuvres les plus remarquables figurent notamment Cavaliers avec enfant et berger , paysage avec des bergers et Paysage avec un troupeau (Louvre).

Pieter CLAESZ (1597/98-1661)

Claesz a laissé une abondante production de peintures, de natures mortes exclusivement, presque toujours signées et souvent datées. Bientôt Claesz cherchera à donner une plus étroite cohésion à la composition dont les divers éléments vont se chevaucher en perspective, par l'utilisation de diagonales entrecroisées, système dont le Repas servi (1622), est un premier exemple, et qui sera mis au point au cours des années suivantes. Dépouillement dans le choix des objets représentés : citrons sur un plat d'étain, verre de bière, olives ou harengs fumés et l'arsenal du fumeur: brasero, pipes, blagues à tabac en cuivre (Nature morte, signée et datée de 1624,), déposés selon un ordre apparemment fortuit.

La Nature morte au jambon et pichet (1642), sera, par son caractère monumental surprenant dans l'œuvre de Claeszl. Nature morte à la chandelle datée de 1627 exprime au contraire un souci de concentration et souligne l'intérêt de Claesz pour les effets luministes par lesquels il cherche un moyen de réaliser l'unité de la composition. Les œuvres des années 1630 à 1640 marquent la maturité de son style : composition simplifiée, presque toujours décentrée et formée du croisement d'une horizontale et d'une verticale, et des éléments dans des tons dominants de camaïeux de gris, de blanc, de vert froid, relevés de taches d'ocre et de brun-rouge dans la Nature morte aux pipes et au brasero (1636); ou, tirant sur le brun, le jaune, le lilas, dans la Nature morte au hareng et au verre de bière , de la même année. La simplification des motifs et la monochromie sont les caractéristiques de la peinture de l'école de Haarlem

À partir de 1640, tout en continuant à peindre des compositions sobres et monochromes, Pieter Claesz, a tendance à enrichir ses natures mortes de fruits et d'enroulements de pampres qui leur confèrent un aspect plus décoratif.

Pieter Claesz n'a pas peint uniquement des natures mortes de déjeuners servis, mais aussi des vanités, dans des tons monochromes, comme la Vanité datée de 1630..

Willem KALF (1619-1693)

Spécialiste de la nature morte dés 1643 , remarquable par sa facture grasse et luisante, actif à Dordrecht puis à Middelburg et plus proche des splendeurs flamandes que des fines monochromies, il fut élève de Rembrandt. Il représente au début de sa carrière, dans la veine flamandisante tournée vers la représentation du quotidien, des cuisines et des amoncellements pittoresques d'objets agricoles ou de victuailles, plongés dans une chaude pénombre.

Il continue à peindre de tels sujets rustiques et familiers lorsqu'il séjourna à Paris entre 1642 et 1646 dans l'active colonie flamande des artistes de Saint-Germain-des-Prés, et ces pièces d'orfèvrerie de Rouen (1645) et du Mans (1643), peintes avant le retour de Kalf dans les Pays-Bas, montrent l'essentiel de son esthétique de peintre de natures mortes: scintillements dans une pénombre pleine de mystère, ostentation baroquisante exaltant la beauté des objets et la mouvance de la lumière, parties mises en évidence par les coups de lumière, tons saturés et chauds, science de la mise en scène qui traite la nature morte comme une action théâtrale ponctuée d'apparitions.

Fixé à Amsterdam à partir de 1653, Kalf apparaît comme l'un des meilleurs représentants de la grande phase baroque caractéristique de l'art néerlandais à partir de 1650. Parmi ses chefs-d'œuvre, on citera, outre la magnifique toile du Mans, le Vase de Chine d'Amiens, la Nature morte au citron du Puy, les Coquillages du Mauritshuis à La Haye, la Coupe Ming du musée de Rotterdam (l'abondance des porcelaines chinoises dans les œuvres de Kalf est en elle-même très significative).

Paulus POTTER (1625-1654)

Mort précocement à 29 ans, il est à Leyde en 1646 et en 1649 à La Haye; puis il passe à Amsterdam en 1652, et reste dans cette ville jusqu'à sa mort. Potter se spécialisa dans la peinture d'animaux.

Avec Paulus Potter, comme avec Dujardin dont il est proche, triomphe le portrait d'animal, présentation fine et soignée de bestiaux attentivement dessinés et silhouettés dans un cadre de paysage très délicat mais vide de toute présence humaine. Un réalisme élégant et juste, une lumière délicatement précise et froide (Cheval pie du Louvre), un sens étonnant du paysage (Arrière-plan du Taureau du Mauritshuis de 1647) font de lui l'un des noms les plus populaires de la peinture néerlandaise du 17° siècle. Surprenantes, sont ses immenses et presque maladroites toiles de La Haye (Le Taureau ) ou de la collection Six à Amsterdam (Portrait équestre du Dr Tulp 1653). À l'image même de son dessin juste et pur et de sa peinture fine et précise, ses gravures (au nombre d'une vingtaine) restent, elles aussi, des merveilles d'attention et d'exactitude modeste et attachante.

Le ciel de ses tableaux est souvent gris argent, pommelé de nuages, ses animaux se tiennent immobiles et posent harmonieusement sous l'éclairage d'une fine lumière dorée ( le chef-d'œuvre est La Vache qui se mire datée 1648). Si l'inspiration n'est ni très élevée ni très originale, il faut reconnaître que la qualité de l'exécution est incomparable. Aussi bien sa formule rencontra-t-elle un vif succès, et Potter eut de nombreux imitateurs: sans parler de Dujardin (de trois ans son aîné), il faut citer au moins Klomp, Jean Le Ducq, Murant, Adriaen van de Velde.

Sculpture Flamande

Famille DUQUESNOY

Duquesnoy ou Du Quesnoy, famille de sculpteurs baroques flamands, dont les membres principaux sont :

Jérome l'ancien (V. 1570-1641) Cet artiste novateur introduit le style baroque à Bruxelles. Une grande partie de son travail consiste, après les destructions dues aux guerres de religion, à renouveler le mobilier d'église. Il participe ainsi au grand mouvement qui fait naître de nouvelles images religieuses dans tout le pays. Parmi les travaux qui lui sont attribués, on trouve le tabernacle de l'église Saint-Martin d'Alost (1604), la statue Justice et Vérité (1616) de l'hôtel de ville de Halle, le Manneken Pis (1619; copie à Bruxelles).

François (1597-1643), dit il Fiammingo, fils de Jérôme l'Ancien apprend le métier de sculpteur auprès de son père. Il part en Italie en 1618, et s'y installe. Ses premières œuvres importantes datent de 1626, époque à laquelle il rencontre Poussin. Il réalise un charmant bas-relief, la Bacchanale d'enfants ainsi que l'Amour divin terrassant l'amour profane. Par ailleurs, il exécute plusieurs sculptures monumentales qui en feront un des grands sculpteurs du 17° siècle. En 1629, il réalise une statue de Sainte-Suzanne en marbre blanc. Le succès qu'il connaît alors amène le pape Urbain VIII à lui commander une statue de Saint-André (marbre, 1628-1640) pour Saint-Pierre de Rome dont le style s'harmonise aux œuvres du Bernin. Cette sculpture, chef d'œuvre d'équilibre classique et de monumentalité, établit sa réputation à travers l'Europe. Parmi son importante production d'œuvres de petites tailles, on compte notamment le relief Concert d'anges (marbre de1641), trois putti de bronze (Mercure, Hercule et Apollon). Nommé sculpteur du roi par Richelieu, il meurt, en chemin pour la France.

Jérome le jeune (1602-1654) Élève de son père Jérôme l'Ancien. Il voyage à Rome (1622), Madrid et Florence puis de nouveau Rome, auprès de son frère François dont il découvre les chefs-d'œuvre qui l'influenceront. De retour à Bruxelles, Jérôme le Jeune reçoit la commande de quatre statues d'apôtres (Saint Thomas, Saint Matthias, Saint Paul, Saint Barthélemy) pour la nef de la cathédrale Saint-Michel à Bruxelles. Des statues à la calme puissance et à la grande monumentalité font du sculpteur le digne héritier de son frère. Il maintient ce style jusqu'à sa dernière œuvre, le Mausolée d'Antoine Triest (1654, Saint-Bavon, Gand). Pour l'église de Notre-Dame du Sablon à Bruxelles, il réalise une statue de Sainte Ursule (1651). On lui attribue aussi de nombreux crucifix en ivoire et des petits bronzes.

 

Famille QUELLIEN ou QUELLIN ou QUELLYN

Architectes et d'artistes flamands du XVIIe siècle, originaires d'Anvers.

Erasmus 1° Quellien (1584-1640) Il devient en 1606 le maître des «sculptures antiques» de la guilde de Saint-Luc à Anvers. La seule œuvre sauvegardée que l'on peut lui attribuer avec certitude est la chaire de vérité (1635) de l'hôpital Sainte-Élizabeth à Anvers.

Erasmus 2 Quellien (1607-1678) Peintre, fils d'Erasmus Ier. Avec d'autres artistes anversois, il participe à l'exécution de quelques grands programmes d'ornements peints telles que la Joyeuse entrée du cardinal-infant en 1635 ou pour les scènes mythologiques. Après la mort de Rubens, il le remplace comme illustrateur et devient le peintre officiel de la ville d'Anvers. Dans le cadre de cette fonction, il crée de nombreuses pièces d'autels et des compositions profanes pour plusieurs églises et édifices publics d'Anvers, ainsi que pour Gand, Bruges et Amsterdam. Il compose également des tapisseries. Bien que Rubens ait très fortement influencé son œuvre artistique, on trouve chez Erasmus 2 des tendances plus classiques propres à sa génération et l'on décèle dans son travail l'influence du milieu des architectes dont il est issu. Les églises du nord de la France et de la Belgique comptent un grand nombre de ses tableaux : le Repos en Égypte (église du Saint-Sauveur, Gand) et Saint-Roch (église Saint-Jacques, Anvers).

Artus 1° Quellien l'ancien (1609-1668) Architecte, fils d'Erasmus Ier. En 1634, il travaille pour le prince Frédéric-Henri, puis il visite l'Italie où il subit l'influence de François Duquesnoy et du Bernin. En 1639, il revient à Anvers ou il crée un atelier. Avec Jérôme Duquesnoy le Jeune et d'autres, il est de ceux qui introduisent le style baroque romain à Anvers. Artus l'Ancien reste le représentant le plus important du baroque tardif. Il séjourne à Amsterdam où il exécute deux frontons pour l'hôtel de ville du Dam, ainsi que des reliefs pour la grande galerie de la Salle des bourgeois. Durant cette période, il réalise également quelques monuments funéraires, dont celui du comte Englebert van Immerzeel et de son épouse (1651), ainsi que plusieurs bustes comme celui de Jan De Witt (Rijksmuseum, Amsterdam). On lui doit aussi la sculpture très expressive de Saint-Petrus (1658) pour l'église d' Anvers, ainsi que les bustes de Balthazar Moretus Ier et de Jean Moretus II. Parmi ses disciples les plus connus, on compte son fils Artus II et G. Grupello. Son influence se prolonge jusqu'au XVIIIe siècle.

Artus 2 Quellien le jeune (1625-1700) Architecte, fils et élève d'Artus Ier. Il travaille quelques années avec son père à l'hôtel de ville du Dam à Amsterdam puis il effectue un voyage en Italie. Il est le représentant du baroque tardif à Anvers. Son atelier est réputé pour la construction d'églises et de cloîtres. À Bruges il réalise entre autres la sculpture de Dieu le Père (1676-1682) dans le déambulatoire de la cathédrale Saint-Sauveur, et la chaire de vérité (1667-1669) de l'église Sainte-Walburge. Il a également exécuté le monument funéraire de l'abbesse Anne-Catherine de Lanbloy (1668) à Hasselt, le tombeau de l'évêque Capello dans la cathédrale Notre-Dame d'Anvers (1676), et le remarquable travail ajouré des bancs de communion (1678) de la cathédrale Saint-Rombaut de Malines. Ses fils, Artus III (1653-1686) et Thomas (1661-1709), introduisent son style en Angleterre et au Danemark.

Jan Erasmus Quellien (1634-1715) Peintre, fils d'Erasmus II, il voyage en Italie jusqu'en 1660. À partir de 1680, il devient peintre de l'empereur d'Allemagne. On retrouve dans son travail l'influence de son père et celle de Véronèse. Ses tableaux sont souvent de grandes scènes décoratives telles que l'Étang de Betsabé (Anvers), le Couronnement de Charles-Quint (Vienne), et les 15 plafonds du palais de Vienne.

Lucas FAYDERBE (1617-1697)

Sculpteur et architecte flamand, c'est un grand admirateur de Rubens, avec lequel il travaille de 1636 à 1639, et dont il reproduit sur ivoire des dessins et des tableaux. Ses reliefs en terre cuite restent ses œuvres les plus intéressantes. Représentant caractéristique du baroque flamand, il élève l'église Notre-Dame d'Hanswick à Malines. Par ailleurs, il orne de statues monumentales et de hauts-reliefs de nombreux édifices flamands, comme le tombeau en marbre de l'archevêque Cruesen (1660) et le maître-autel (1665) de l'église Saint-Rombouts de Malines.

 

Gabriel GRUPELLO (1644-1730)

Élève d'Arthus 1° Quellien, influencé par le Bernin et par Rubens ainsi que par la sculpture française, il cherche dans ses sculptures à atteindre des effets picturaux. Il réalise à Dusseldorf la statue équestre du prince Guglielmo et à Bruxelles la fontaine de la Casa dei Pescatori (1700) avec les figures de Neptune et de Thétis.

 

 

 

Art classique en France au 17° (Peinture) Art des Pays-Bas du sud (Flandres) et Espagne