Les Temps Modernes - Le 17° siècle

Sommaire cours Liste des artistes

Concile de Trente

En réponse à l'avancée des idées protestantes véhiculées par la Réforme, l'Église catholique romaine entreprend une réorganisation de ses institutions et un réexamen des questions de dogme, pratiques religieuses et vie ecclésiastique, par le biais d'une Contre-Réforme. Lors de la troisième session du concile œcuménique de Trente, qui se déroule de 1562 à 1563, de nouvelles règles, plus strictes, sont définies pour les représentations picturales des thèmes religieux. L'Église redéfinit alors le rôle de l'image, support de dévotion mais également outil d'enseignement. Sévère sur certains points comme la nudité ou l'introduction de dieux païens, la Contre-Réforme encourage néanmoins la création par une revalorisation du statut des images et la sollicitation des artistes à déployer leur imagination. L'art baroque se saisira sans retenue de ces nouveaux préceptes.

Le baroque italien : Architecture

Théâtralité et mise en scène des édifices dues à l'influence de la contre réforme catholique

Jacopo Barozzi dit Le VIGNOLE (1507-1573)

Voir Renaissance

Carlo MADERNO (1556-1629)

sainte suzanne à RomeA l'origine tailleur de pierres, sa premiére oeuvre importante est la façade de sainte Suzanne (1603) à Rome. Premier baroque comme le Gesu mais les formes architecturales prennent du volume. Elles sont creusées, animées par des sculptures plus abondantes, avec des accolades de façade étirées

- Vers 1612 Maderno participe aux grands travaux d'agrandissement de la basilique St Pierre (commencée par Jules 2 sur un projet de Bramante à l'emplacement de l'ancienne basilique de Constantin (333)) devenue trop petite : prolongement de la nef et façade blanche avec une polychromie discrète, cantonnée de 2 clochetons (détruits au 18°); ouvertures multiples avec linteaux horizontaux ou cintrés; développement autour du chiffre 5; ordre colossal animé d'attiques et répertoire sculpté à la balustrade. Il eut le mérite de respecter autant que faire se pouvait le caractére organique de l'oeuvre de Michel-Ange, et d'avoir respecter les proportions entre la monumentalité de l'édifice et l'espace restant devant la façade

Cette façade est très équilibrée malgré son gigantisme (4 à 5 fois plus importantes que les autres églises romaines). L'iconographie sculptée est centrée sur le Christ et les apôtres comme au Moyen-Age, alors que ce thème avait disparu à la Renaissance

Gian Lorenzo BERNINI dit Le BERNIN (1598-1680)

Sculpteur, architecte et peintre. Il jouera le rôle de modèle sur les arts de son époque. Il succéda à Maderno comme architecte de saint Pierre.

La fontaine aux 4 fleuves

Formé dans l'atelier de son père, il vient à Paris en 1665 à l'invitation de Louis XIV.

- Baldaquin de St Pierre (1624-33) à l'aplomb au dessus du tombeau. Pilastres avec 2 niches superposées, colonnes torses. Les 2 niches inférieures reçoivent des statues colossales faites également par Mochi, et Duquesnoy . Le baldaquin est en forme de ciborium, forme issue du Moyen-Age, et dont le sommet est fabriqué en divers matériaux (pierre, bois, stuc..); la réalisation est marquée par la pompe des manifestations religieuses de l'époque, il a la même hauteur que celui du palais Farnése. C'est une oeuvre fondatrice mais pas forcément bien accueillie à l'époque "Ce que n'ont pas faits les barbares, les Barberini l'ont faits"

- Eglise St André du Quirinal (1558-60). C'est un noviciat de Jésuites. Plan elliptique avec des chapelles rondes, elliptiques, carrées ou rectangulaires. La façade est un simple rectangle animé de pilastres, péristyle avec un fronton tourmenté.

- Chaire de St Pierre (1666). Monument qui est de fait un reliquaire pour le culte revivifié des saints : Au premier plan 2 docteurs de l'église romaine Ambroise et Augustin; a l'arrière plan 2 docteurs de l'église grecque Anasthase et Chrisosthome puis ascension pyramidale amenant au St Pierre tenant les clés de la papauté. A l'arrière plan une gloire sculptée ouvrant sur la lumière extérieure

- Colonnade extérieure de la basilique, sur plan elliptique, qui symbolise les bras ouverts de l'église vers les fidéles. Les colonnes sont surmontées de sculpture
- Scala Reggia. Escalier royal avec un arc de triomphe à sa base avec des ouvertures latérales qui coupent l'escalier et donnent une impression d'espace
- Collégiale d'Arriccia. (1662-65) insérée dans un important décor urbanistique.

En sculpture (cf ci-après)

Francesco CASTELLI dit BORROMINI (1599-1667 suicide)

Egalement grand architecte, plus mystique et discret que Le Bernin, ayant une grande culture de l'antique. Son goût pour les volumes le poussa a mêler les courbes concaves et convexes.

- St Charles aux 4 fontaines (1638-41). Jeu musical" de la façade ondulante, sophistiquée mais réalisée à partir d'un vocabulaire classique. Plan ovale qui alterne les lignes incurvées dans un espace chantourné. Coupole elliptique à lanternon avec décor de croix et polygones géométriques.

- St Yves de la Sapience (1662). Collège universitaire a 2 étages. Plan centré, chapelles semi-arrondies. La courbe de la façade contredit la courbe intérieure (les contradictions sont spécifiques de l'art baroque). La flèche hélicoïdale, chargée d'une symbolique de l'élévation vers Dieu, témoigne du goût de l'architecte pour l'abstraction

- Ste Agnés. Eglise martyrium à la façade large dont les 2 clochetons évoquent ceux de St Pierre (détruits). L'intérieur est surchargé de décorations. La façade est animé par un jeu de courbes rentrantes qui mettent en valeur le groupe central

 

Pietro BERRETTINI dit Pietro da CORTONA dit Pierre de CORTONE (1596-1669)

Un des principaux protagonistes de l'art baroque italien. Ses expériences vécues dans le milieu artistique romain furent déterminantes pour sa formation : la peinture de Raphael et des vénitiens du 16° siécle, la connaisance de l'oeuvre de Carrache, celle du Bernin. Ces oeuvres les plus importantes sont des fresques en trompe l'oeil. Il balança entre les tendances classique et baroque. Parmi les oeuvres qu'il réalisa avant 1624 il faut citer les fresques au palais Mattei en 1623 : Sacrifice de Polyxéne et Triomphe de Bacchus . Dans le palais Barberini il peignit la voute du salon d'un Triomphe de la divine providence. Au palais Pitti, à Florence, entre 1637 et 1647, il décora les salles de Vénus, de Jupiter et de Mars. Rentré à Rome il y résida définitivement.

- St Luc : Groupe compact de belle invention
- Santa Maria della pace sur le même principe que sainte Marie du Quirinal du Bernin; la partie supérieure est plus "sage" que la partie inférieure
- Enlévement des Sabines (1627-29) pour la famille Saccheti dont il décora également la villa
- Histoire d'Enée. Oeuvre de maturité qu'il effectua pour un palais romain
En matière d'architecture civile et de réalisations urbaines
En architecture il eut également un rôle de premier plan en s'orientant vers un nouveau classicisme (La façade et la décoration de Santa Maria della Pace est son chef d'oeuvre architectural)

- Palazzo Barberini avec une équipe d'architectes. La façade est du Bernin, peu animée, régulière; le toit plat possède des statues
- Colonnade St Pierre en participation avec le Bernin; les colonnes doriques sont surmontées de sculptures
- Fontaine aux tritons devant le palais Barberini


Le baroque en Italie : Sculpture

La production fut énorme pour l'époque.

Stéfano MADERNO (1576-1636)

D'abord restaurateur de staues antiques, il fut avant tout un artiste d'inspiration classique. Ne pas confondre avec son homonyme Carlo.

- Ste Cécile de Trasteverre (1600). Recherche d'expression des passions dans une approche religieuse qui fait appel aux sentiments. Thème qui appelle l'exaltation des martyrs.
- Hercule et Antée. Bronze
- Sainte Cécile : Son oeuvre la plus significative, pour l'église du même nom à Rome, où il reproduit la sainte dans les dimensions et la pose à l'abandon naturaliste qu'elle avait lorsqu'on découvrit sa sépulture

Francesco MOCHI (1580-1654)

Formé à Rome et Florence. Il excuta pour la famille Farnese deux statues équestres de Ranunccio et Alessandro Farnese qui sont des chefs d'oeuvre par l'emphase soutenue et la nouveauté de la forme, ouverte et dynamique

- Annonciation de la cathédrale d'Orvieto. Sens de la composition dynamique projetée dans l'espace.
- Sainte Véronique pour la basilique saint Pierre

Le BERNIN (cf architecture ci-dessus)

Extase de sainte Thérése

- David préparant sa fronde (1620) sculptée pour le cardinal Borghése. Saisissant de mouvement, recherche nouvelle d'expression du visage
- Neptune. Expression imposante presque terrifiante
- Apollon et Daphné (1620). Traitement de très grande qualité du marbre, virtuosité dans cette sculpture très "végétale"
- Buste de Constance Bonarolli la maîtresse du Bernin
- Buste de Louis XIV. Animation de l'effigie par la fougue baroque de la draperie et la dentelle du col. La statue équestre du roi ne fut pas appréciée par celui-ci
- Tombeau d'Urbain 8 Barberini (1647) Polychromie. Allégorie de la justice et de la charité encadrant le cartel avec le nom du pape sur la sculpture qui le représente
- Extase de Ste Thérése (1641-51). Très scénographiée. Dans la chapelle sont sculptés les membres de la famille Cornaro , les commanditaires, qui regardent la scène.

Alessandro Algardi dit L'ALGARDE (1595-1654)

Formé par Carrache puis lors de son séjour à Mantoue et par la pratique des nombreuses restaurations de marbre antique qu'il effectua à ses débuts. Il réalisa pour la basilique saint Pierre un remarquable retable en marbre. Il eut un grand succés dans la production de ses bustes recherchés pour leur expression calme et méditative. Algarde, sans rester insensible à l'art du Bernin ou à Pietro da Cortone sinspira principalement des idéaux de facture classique qu'il trouvait dans les oeuvres du Dominiquin ou de Reni avec une finesse dans les détails aussi manifeste dans ses décorations de stuc que dans l'éxecution de ses bustes. Il eut de nombreux éléves et imitateurs qui assurérent la renommée du retable en marbre, genre qu'il inaugura.

- Portrait de Dona Olimpia Pamphili. Ampleur et vie, avec projection de la sculpture dans l'espace. Rupture marquée et voulue avec le buste antique avec cette coupe au-dessous des épaules
- Tombeau de Léon XI (1634-52) Bas relief représentant la rencontre entre St Léon et Attila
- Saint Jean l'Evangéliste et la Madeleine : Statues en stuc

Les nombreux bas reliefs, sujet favori de l'Algarde auront une grande influence sur Puget

Le baroque en Italie : Peinture

En complément des peintres comme le Carrache, le Dominiquin, Reni et le Guerchin dont les oeuvres ont été décrites au chapitre précédent, on doit également citer :

Carlo MARATTA ou MARATTI (1625-1713)

Il a étudié la peinture bolonaise. Sa production est eclectique et contient beaucoup de grandes toiles de sujets religieux (Immaculée conception de 1665 ou cette Mort de saint François Xavier). Il a formé la première génération des peintres du 17°

- Clément IX. Type de portrait d'apparat déjà rencontré avec Velazquez (Innocent X) puis F Voët. Approche psychologique du modèle
- Saint Augustin (1655). L'oeuvre lui valut la faveur du pape Alexandre VII qui lui commanda divers tableaux à Rome (Visitation de 1656) et à Sienne (Visitation et Fuite en Egypte)

Giovanni LANFRANCO (1582-1647)

Né à Parme en 1582, il se forma auprès d'Augustin Carrache à Rome. Placé sous la protection du pape Paul V, il travailla à la décoration du palais Farnèse (1604) puis deux ans plus tard, il œuvra notamment aux fresques de la coupole de San Andrea della Valle (1621-1625), commencée par le Dominiquin. Installé à Naples, il participa en 1634 à la décoration de l'église du Gesù Nuovo et à celle de la chapelle de San Martino. Bien que ses œuvres de jeunesse reflètent le classicisme de Carrache, Lanfranco fut également très influencé par le style du Corrège. Il réalisa aussi les fresques de plusieurs églises (coupole de San Andrea della Valle entre 1621 et 1627). Ses habiles perspectives, ses trompe-l'œil et ses raccourcis audacieux en font l'une des figures majeures du baroque romain. Il exerça une grande influence sur les artistes napolitains Mattia Preti, Francesco Solimena et Luca Giordano.

Lanfranco peignait ses personnages dans des teintes allant progressivement du bleu au jaune mordoré (symbolisant l'ascension vers la lumière divine !). On, assiste ave Lanfranco a une tendance nouvelle et fondatrice : l'interconnexion peinture/architecture (Le Val de grâce de Mignard procède de ce modèle cf 3).

Pierre de CORTONE (1596-1669)

Voir ci-dessus Architecture.

- Palazzo Pitti (1637-47). Décor dans le prolongement de Carrache au palais Farnése; très frais, décoratif, avec une recherche de la vie, un mouvement, un goût pour la nature par réaction contre l'urbanisation grandissante.

- Triomphe de la divine providence (1633-39). Grand plafond au palais Farnése. La "quadrature" est perdue dans une nuée de personnages et une lumière tonitruante. Effet coup de poing, théâtral et volonté de connexion entre peinture et sculpture

- Vénus et Enée

- Rémus et Romulus enfants

 

Padre Andrea POZZO (1642-1709)

Jésuite également architecte et mathématicien. Installé à Vienne en 1703 il y décore l'université et le collége des Jésuites

- Plafond de St Ignace à Rome (1668-89). La voute est totalement peinte depuis la corniche, dans un trompe l'oeil époustouflant, d'une architecture qui se poursuit vers un ciel incandescent. Des personnages assistent à l'allégorie représentant la montée au ciel de Ignace, (comme dans l'Extase de Ste Thérése du Bernin). Rigoureuse construction de la perspective qui encadre la libre fantaisie de composition des anges et des saints "flottant" dans les airs. Dans cette oeuvre Pozzo se fonde sur la perspective pour apporter la plus grande illusion.

Giovanni Battista Gaulli dit Le BACICCIA (1639-1709)

Il résida toute sa vie à Rome et devint l'un des artistes favoris de l'aristocratie laïque et ecclésiatique. Son oeuvre la plus célébre est le Triomphe du nom de Jésus : Fresque de la voûte de l'église Santa Maria del Gesu à Rome, qui mélange stucs et peintures. Conception de la lumière qui noie les formes dans une pluie d'or; fusion picturale avec l'architecture de la voûte. Cette peinture que l'on rapproche de celle de Pozzo est plus impressionniste mais ces 2 oeuvres, bien que très différentes dans le mécanisme intellectuel, ont été commandées pourtant par les Jésuites à la même époque!

- Prédication de St Jean Baptiste . Passage de tons froids aux tons chauds. L'oeuvre évoque 30 ans avant Boucher la peinture rocaille
- Madone pour une chapelle romaine
- Mort de saint François Xavier pour le Quirinal

Monuments marquants du baroque en Italie

Au Piémont

Le dome de la chapelle du saint suaire à Turin, de GuariniGuarino GUARINI (1624-1683)

Architecte et mathématicien italien, l'un des plus grands représentants du baroque en Italie du Nord. A Turin, il y redessina la chapelle du Saint-Suaire (1667-1694), de plan circulaire, avec un dôme conique s'élevant par niveaux composés chacun de huit arcs surbaissés entre lesquels se trouvent de petites fenêtres rondes. Plusieurs de ses palais sont remarquables par l'exubérance de leurs façades ondulantes.

Guarini travailla également à Prague, à Paris, à Lisbonne, à Messine et à Naples. Ses fantaisies architecturales eurent une forte influence sur les productions ultérieures du baroque européen, notamment en Espagne, au Portugal, en Bavière et en Autriche.

- L'église San Lorenzo (1668-1687), souvent considérée comme son chef-d'œuvre, est de plan octogonal; une série de piliers et colonnes s'élève pour soutenir un dôme complexe composé de seize nervures entrelacées entre lesquelles sont placées des fenêtres.
- Chapelle du St Suaire à Turin. Lanternon qui reprend le sommet hélicoïdal d'un dôme compliqué de jeux géométriques
- Façade du palais Carignon à Turin. Jeu des courbes et contre-courbes

A Venise

Baldassara LONGHENA (1598-1682)

Sculpteur et architecte qui travailla presque essentiellement à Venise où il élabora en 1631 son chef d'oeuvre : l'église de la Salute dont l'intérieur octogonal est inspiré de modéles de l'antiquité tardive tandis que l'extérieur à double coupole est animé de grandes volutes qui se raccordent au tambour entouré de statues et d'obélisques est d'un style typiquement baroque. Cette inspiration baroque s'affirme dans la somptueuse église de l'Ospedaletto. Sa fantaisie et son imagination se manifeste librement dans les 2 façades distinctes de la Scuola dei Carmini.

Dans les édifices civiles il innova également (Ca' Rezzonico). Son activité de sculpteur fait aussi preuve de son originalité (monument Pesaro à l'église des Frari). Ce fut un des artistes les plus doués et les plus im ginatifs du baroque vénitien Malgré la peste qui en 1630 ravage la ville, Venise reste une cité phare, dans laquelle se développe très tôt l'opéra. Longhena est issu des chantiers de décors du théâtre

- Santa Maria della Salute (1687). Deux coupoles quasi orientales, parti basse à serlienne empruntée à Palladio; volutes d'amortissement qui tombent du tambour.
- Escalier du monastére de San Giogio Maggiore (1643)

Peinture en Italie Architecture en France