Islam

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Synthèse religieuse et historique

En 622 ap JC, Mahomet s'expatria à Médine. Cette date correspond à l'an 1 de l'hégire et du calendrier musulman.

La production artistique islamique débute historiquement à partir de cette date et se définit géographiquement par les régions du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord, d'Inde septentrionale et d'Espagne. La beauté de l'écriture arabe renforça le respect dû au Coran, Son élégance fut à l'origine du développement de la calligraphie, Les inscriptions coraniques décorent mosquées et mobilier, La mosquée est la représentation la plus marquante de l'art musulman. A l'origine, les premières mosquées étaient constituées d'une cour fermée (sahn), de galeries (riwaqs) et d'un bâtiment pour la prière, avec des maisons le long du mur latéral et un portique rudimentaire à l'une des extrémités pour les disciples plus pauvres.

L'art islamique se développa sur la base des styles romain, chrétien et byzantin, mais l'influence de l'architecture et de l'art décoratif sassanide (empire perse et iranien qui régna de 224 à 636, date des premiers envahisseurs arabes) fut primordiale, Par la suite, les styles d'Asie centrale se transmirent lors des incursions turques et mongoles; les arts chinois influencèrent la formation de la peinture, de la poterie et du textile

L'histoire de l'art islamique se décompose en trois périodes :

Des styles distincts sont associés à la période turco-mongole en fonction des dynasties et des régions qui la caractérisent:

Les représentations de l'architecture

On distingue trois types d'édifices importants :

Ces édifices ont en commun de nombreux éléments structurels et décoratifs,

Les mosquées

Mosquée d'Ispahan La qibla est la direction vers laquelle s'oriente la prière. Durant les deux premières années, le prophète se tournait vers Jérusalem. Mais depuis, c'est vers La Mecque que les musulmans prient. La qibla détermine l'organisation et l'orientation de l'espace de toutes les mosquées du monde. Elle y est indiquée par le mihrab. Lorsque les musulmans conquirent la Syrie en 636, ils transformèrent les basiliques chrétiennes en mosquées. Ces basiliques, longs édifices à trois arches, à toits pentus, sont dotés d'un autel à l'extrémité est. Le mihrab étant placé contre le mur sud et l'entrée percée dans le mur nord ; la prière faisait non dans le sens de la nef mais dans celui du transept

La basilique transformée, flanquée d'une cour fermée à arcades, avait la forme de la mosquée de Médine. La première mosquée al-Aqsa (av. 670) de Jérusalem rappelle le plan de la Stoa royale d'Hérode. Toute ressemblance avec les églises, dont le point focal est à l'extrémité la plus courte, disparut. Ces ajouts s'expliquent par la croissance de la population, mais l'agrandissement est lié à une constante de l'art islamique, la répétition sans fin d'un même motif.mosquée ottoman du sultan Ahmed

Le minaret: À Médine, l'appel à la prière était lancé du haut d'un toit. Les juifs utilisaient le shofar (corne de bélier), et les premiers chrétiens une claquette de bois. La tradition syrienne de marquer de quatre tours les angles des édifices pourrait être à son origine. Située à l'angle de la cour, ou isolée comme à Samarra, la tour sert depuis la mort du prophète pour l'appel à la prière. La mosquée des Ommeyades ou Grande Mosquée de Damas (705-715), construite autour d'une ancienne basilique, est l'exemple le mieux préservé d'une mosquée primitive. Un dôme plus récent, à l'intérieur de la salle de prière, indique l'un des quatre mihrabs du mur de la qibla.

Le dôme: Caractéristique de l'architecture islamique, il provient des traditions sassanides et chrétiennes. Le dôme du Rocher (fin 7° s), à Jérusalem, est l'un des plus anciens et des plus grands. Il indique l'endroit d'où Mahomet fit de nuit le voyage céleste. L'influence turque grandit avec l'essor de l'islam, le mausolée du souverain de Boukhara (début du X° siècle), d'un grand intérêt architectural en est un exemple. Édifice carré en brique, sa coupole est posée sur des trompes (petits arcs coupant les angles du carré, d'origine sassanide) et non plus sur des pendentifs (triangles concaves voûtés) byzantins. Ces trompes, plus faciles à réaliser, dynamisèrent la construction. Les mosquées ottomanes reflétaient l'héritage byzantin. Celle de Sélim II (1569-1574), conçue par l'architecte turc Sinan à Edirne, possède une coupole précédée d'une cour à arcades et entourée de dômes. Cette disposition rappelle Sainte-Sophie d'lstambul, bel exemple byzantin transformé en mosquée. Cependant, elle a plus de fenêtres, donc plus de lumière. Cette forme, utilisée pour la mosquée de Soliman le Magnifique, influença la conception des mosquées en Turquie, en Syrie, en Égypte, en Arabie et en Afrique du Nord.

L'eyvan : C'est une galerie ouverte, d'origine sassanide, voûtée, à deux étages, ajoutée à la cour des mosquées et des palais, de chaque côté des arcades.

mirhabL'arc en ogive: Probablement d'origine syrienne, adapté par les omeyades, utilisé dans les mosquées abbassides, puis en Égypte aux IX° et X° siècles, il apparut dans les mosquées mamelouks à partir du XIII° siècle.

La maqsura : Du temps de Mahomet, le minbar servait de trône au chef de la communauté, puis il devint chaire à degrés d’ou le prédicateur faisait le sermon le vendredi. La maqsura, d’abord paravent placé autour du mirhab (Niche pratiquée dans le mur d'une mosquée, orientée vers La Mecque) pour protéger les chefs des attentats éventuels, devint enceinte composée d’un bati, d’un couronnement et de moucharabiés en bois sculpté et tourné, réservée à la prière du souverain pour le séparer des simples croyants.

Les médersas :

Édifice religieux et civil, la médersa, ou école religieuse, apparut en Iran sous les Abbassides. Sa forme sassanide donna lieu à un nouveau type de mosquée: la mosquée-médersa. Toutes deux ont quatre iwans (salle voutée ouverte sur la cour; celui de la qibla est plus vaste) reliés par des arcades à deux étages. Dans la médersa, ces arcades mènent aux dortoirs. Dans la mosquée, ce ne sont que des niches.

Dans des médersas plus récentes, la cour est couverte d'une coupole. À Ispahan, la Mosquée du Vendredi (où se déroulent les plus grandes réunions de fidèles), datant du XI° siècle, en est un exemple précoce. Là, comme dans les tombes de la même époque, apparaît la
décor typique formé d'alvéoles, tombant des voûtes comme des stalactites.

Deux exemples de mosquées-médersas du XVII° siècle, se trouvent à Ispahan: la Masjid-i-Shah (mosquée royale), au dôme élevé, pointu, couvert de tuiles, situé derrière l'iwan principal et dont l'intérieur et les lambrequins sont revêtus de tuiles, et Masjid-i-Shaikh Lutfullah, dont le dôme de tuiles est encore plus beau.

Architecture profane

À l'époque des Omeyades et des premiers Abbassides, les princes firent construire des palais dans le désert de Syrie et d'Irak. Certains étaient entourés de réserves de chasse, comme chez les derniers souverains sassanides, ou dotés de thermes à coupoles, comme chez les Romains. Ils témoignent de la synthèse entre héritages occidental et oriental.

Les palais omeyades étaient décorés de mosaïques, de ftesques murales et de stuc représentant des courtisans, des animaux et le calife lui-même. Cet ornement tirait son origine de la tradition sassanide. À cette période, le monde musulman produisit les plus beaux exemples de civilisation urbaine. Mais, avec l'arrivée des Mongols, les villes furent détruites et réduites à de simples villages, de même que le système d'adduction d'eau dont dépendait leur survie. Les fondements de la grande cité administrative furent posés à Samarra par les Abbassides. Une énorme enceinte de murs de 175 hectares contenant des jardins était une ville à elle seule. Elle comprenait des bureaux, une mosquée, des bains et des quartiers résidentiels. Certaines des demeures étaient décorées de peintures figuratives, mais le travail le plus remarquable consistait en des sculptures sur plâtre de motifs géométriques empruntés à l'Asie centrale.

Les plans de villes comme Samarra ou Fostat sont remarquables par la conception des aqueducs et des égouts; toutes les maisons étaient équipées de bains et de latrines. L'organisation intérieure de Bagdad appelée "la Ville ronde" (762), de source sassanide, se distingue des villes précédentes. Elle était composée de deux cercles concentriques ouverts sur quatre avenues et au milieu desquels se dressaient le palais du calife et la mosquée. Entre les deux cercles se trouvaient les logements des gardes et des fonctionnaires. Le commerce et l'artisanat, tolérés d'abord à l'intérieur du premier cercle, furent repoussés à l'extérieur. Des ensembles de palais comparables à ceux de Samarra furent édifiés au Caire, à Madinat ez Zahra, à Grenade, en Aftique du Nord et à Istanbul (1454 : palais de Topkapi). En Iran, les Safavides, derniers grands bâtisseurs, furent célèbres pour les ponts, les terrains de sport et les palais dotés de kiosques en bois.

Tombeaux et mausolées:

En dépit des dogmes, les mausolées, symboles de puissance, aux décors raffinés de briques et de tuiles, élevés sur des tambours, devinrent aussi importants que les mosquées et les palais, tels les tombeaux des califes au Caire (XV° siècle) construit par les Timurides à Samarkand.

A Sultaniya (Azerbadjian) apparut un type de sépulture royale d’origine mongole (1309). Sa coupole, formée de deux calottes emboitées reposant sur une base octoganle avec, à l’origine, des tours à chaque angle, préfigure le Taj Mahal indien, construit au XVII° siècle à Agra, par deux architectes iraniens.


Le caravansérail (han en turc) apport seldjoukide, est un abri composé d’uen grande salle flanquée d’ailes et d’une cour pour les animaux ; installé en campagne et parfois en ville, il servait au repos des caravanes et des marchands. Des bains publics, bazars, jardins, ribats (murailees) et postes frontiéres il ne reste que quelques exemples en Tunisie.

Décoration architecturale

Le stuc, les briques et les tuiles avaient une fonction décorative. Les Seldjoukides introduisirent les briques et les tuiles vernissées, irisées comme leur poterie et dont Kâshân, en Iran, est le centre de production. Des revêtements entiers de mihrabs composés de bandes verticales d'inscriptions coraniques furent moulés dans ce type de faïence.

Les couleurs vives des tuiles des revêtements timurides sont cuites séparément pour obtenir une intensité maximale. Au XV° siècle, des potiers iraniens établirent des ateliers de production en Turquie, à Yznik. Dans l'Iran safavide, ces tuiles décoraient les édifices neufs et anciens. C'est à cette époque que l'or et le vert apparurent. Désormais, les couleurs différentes étaient appliquées et cuites ensemble, ce qui en diminuait l'éclat.

Autre type de décor, la sculpture et les incrustés d'ivoire ornaient les maqsura, les minbars, les fenêtres, les
paravents et les portes, ainsi que divers éléments muraux. Certains édifices d'Espagne, de Turquie et d'Égypte mamelouke sont recouverts de reliefs de pierre incrustés de marbre. Parmi le mobilier de mosquée, les lampes et les tapis raffinés et colorés peuvent être considérés comme décoratifs. Grâce à la lumière et à la couleur qu'ils introduisaient, ils embellissaient l'intérieur.

Arts décoratifs

L'interdiction par l'islam de l'image - suspecte de mener à l'adoration des idoles - rappelle l'iconoclasme byzantin. Elle fut observée dans des contextes religieux, comme les mosquées, leur mobilier, les illustrations du Coran et leurs étuis. Mais elle ne toucha pas les domaines plus profanes. La force de l'interdiction dépendait aussi du degré d'orthodoxie du pouvoir en place. Dans le palais du désert de Mshatta (début du VIII° siècle) aux murs décorés de reliefs de pierre, il y a une distinction entre le décor des bâtiments religieux et l'ornement profane. Les motifs sont abstraits pour les premiers et figuratifs pour les seconds. Mais à cause de cette prohibition, ils sont stylisés, et, à la différence de la peinture européenne, ils sont dénués de tout souci d'anatomie ou de perspective.

Loin de brider la liberté de création, cela permit une ornementation fondée sur des formes géométriques, végétales et épigraphiques, dont les riches combinaisons généreront l'arabesque, mode de représentation spécifique à l'art islamique. Le Hadith condamna l'utilisation des matériaux luxueux ou précieux dans les arts décoratifs. Les arts appliqués islamiques se limitent à la céramique, aux vases de bronze, à l'ivoire et aux sculptures sur bois. Il y a une autre raison à cette modestie, c'est l'émergence d'une classe moyenne urbaine qui, bien que s'intéressant aux arts, souhaitait satisfaire avant tout des besoins pratiques.

Poterie

La poterie est l’une des traditions les plus raffinées de l’Islam. Elle bénéficia d’un sens de l’innovation et d’une créativité comparables à celles qui, dans d’autres cultures, sont réservées aux beaux-arts. Il semble que la classe moyenne aisée collectionnait la poterie avec une avidité semblable à celle des Hollandais pour la peinture de portraits et de genre au XVII° siècle.

La première période est fondée sur les découvertes des fouilles de Samarra. La poterie Tang, au décor vert et jaune, fut imitée avec succès, mais pour obtenir un effet de porcelaine, les potiers abbassides inventèrent un vernis à reflets métalliques qui donnait un éclat lustré et crémeux à la matière. Certaines de ces pièces étaient décorées de simples motifs bleus, bordures ou inscriptions. Elles auraient inspiré la porcelaine "bleu et blanc", elle-même imitée ensuite par les potiers musulmans.

La technique de la peinture lustrée se développa à Samarra où les potiers appliquaient un mélange à reflets métalliques sur les pièces déjà cuites. Une deuxième cuisson, à une température plus basse, permettait d'obtenir un motif métallique brillant brun, vert ou rouge qui semblait transformer la pièce en or. Ce procédé se répandit en Europe, en Afrique du Nord et en Asie. De la fin du VIII° au XI° siècle, des poteries décorées à l'engobe furent produites à Nishapour et à Samarkand. Une fine couche d'argile liquide sert de fond au décor. Les pièces décorées de silhouettes de cavaliers et d'un champ chargé d'ornements et de calligraphies sont d'origine sassanide. Sur d'autres, il y avait de grandes inscriptions coufiques

La poterie gabri d'Iran, à décor gravé sous couverte avec un effet de bas-relief, est proche du décor à graffito. Tous deux imitent des procédés appliqués aux métaux et se substituent aux matériaux coûteux.

En Égypte fatimide, Fustat produisait des poteries lustrées. En Iran seldjoukide, les vases fins et ajourés à couverte vernissée rappelaient la porcelaine de Chine. Les poteries imitant celle-ci avaient un décor en haut-relief. Les poteries et les carreaux lustrées de Rayy et de Kâshân étaient peintes. Certaines des pièces émaillées dites aux" 7 couleurs" ou min'ai. illustrent des poèmes et des scènes héroïques proches de celles des miniatures persanes. Les vases avaient parfois d'élégantes formes animales; une aiguière pouvait avoir en guise de bec la tête d'un jeune coq. En Irak, avant la conquête mongole, Rakka produisait des poteries peintes sous couverte. La Turquie ottomane réalisa jusqu'au XVIII° siècle des céramiques à Yznik et Kütahya. Beaucoup étaient influencées par le style bleu et blanc chinois, mais d'autres avaient des motifs floraux typiques aux tons turquoises, verts, violets, bruns et noirs.

Les potiers safavides d'Iran, influencés par la Chine, produisaient des céramiques en bleu et blanc qu'ils exportaient vers l'Occident. Là aussi, la production de poteries polychromes et lustrées se poursuivit jusqu'au XVIII° siècle.

Verrerie

La production fatimide - verre taillé, verre peint lustré ou décoré au poinçon - atteignit une qualité exceptionnelle. De cette période datent quelques vases en cristal de roche sculpté, de qualité comparable au verre taillé. La verrerie émaillée de la Syrie du 12° siècle, gobelets et lampes, n'a jamais été surpassée; son décor épigraphique est comparable à celle des bronzes de la même époque. Les Syriens conservèrent longtemps la maîtrise de cet artisanat et sont réputés pour leurs lampes de mosquée, pointues et émaillées.

Sculpture

Elle se pratiquait sur bois et sur ivoire. Le décor en bois était également utilisé dans des contextes profanes. Il en subsiste de beaux exemples, tels les panneaux ajourés représentant des scénes de cour qui décoraient les palais fatimides. Ils rappellent le style copte. On sculptait également les paravents et les meubles. La cour fatimide appréciait les boites en ivoire et les défenses d’éléphant sculptées, dont la délicate tradition se perpétua en Sicile arabe. Le décor représentait des courtisans, des animaux et des motifs floraux

Travail du bronze

En raison de l'interdit qui frappait les métaux précieux, le bronze était très recherché. Certaines pièces ont subsisté dans les trésors des églises européennes. Les formes furent d'abord d'inspiration sassanide, mais c'est dans la période fatimide que les vases animaliers, les plats et les chandeliers les plus réussis furent produits. L'Iran oriental produisit des bronzes imposants, gravés et incrustés de cuivre et d'argent, mais les plus beaux sortirent des ateliers d'AI-Mawsil, cinquante ans avant la conquête mongole. Les aiguières, les vasques et les chandeliers incrustés d'or et d'argent étaient ornés de bandeaux à motifs géométriques, humains et épigraphiques. Les bronzes incrustés d'AI-Mawsil du 14°siècle, évoluèrent vers un style décoratif, tandis que les ateliers syriens poursuivirent dans un style plus anecdotique.


Manuscrits

Sous le règne des califes abbasides, de 750 à 1258, la culture islamique est florissante et l'enluminure, aux décors abstraits, connaît un formidable développement. La miniature narrative ci-contre, provient d'un manuscrit persan du 13°siècle. L'écriture coufique angulaire convenant à la sculpture sur pierre apparût dans les premiers manuscrits coraniques.

Les signes placés au-dessus des lettres y sont peints en rouge, et les ornements dorés qui séparent les surates (chapitres) s'opposent à la lourde écriture noire. Durant la période seldjoukide se développa le Naskhi, cursif et fluide. Ces deux styles furent associés pour créer un contraste visuel, tant en architecture que dans les décors.

Maroquinerie

Les reliures en cuir à motifs géométriques sont importantes dans l'art islamique. Les premières étaient en cuir repoussé, puis elles furent gravées en creux, dorées et émaillées au 16° siècle. La sellerie et les accessoires de fauconnerie atteignirent un niveau jamais égalé.

Peinture

La description d'une scène de la vie quotidienne empreinte d'un grand réalisme permet à l'artiste Behzad de créer une savante mise en page et d'y déployer toute la richesse de sa palette. La miniature relate un épisode de la jeunesse des deux héros de la Khamsé, histoire d'amour tragique écrite par Amir Kusrau au début du XIV° siècle. Behzad, Leïla et Mejnoûn à l'école, 1494.

La peinture islamique, qui servait des objectifs spécifiques, consistait en l'art d'illustrer les livres. La notion occidentale de peinture de chevalet était
inexistante. Les plus anciennes peintures parvenues jusqu'à nous sont les miniatures de manuscrits scientifiques grecs traduits en arabe, les Fables de Bidpay (v. 300 apr. J.C.) et les Makamat, d'Al Hariri (1054-1122) relatant les aventures du voyageur Zayd. Les illustrations scientifiques sont des dessins classiques.

Les peintures profanes, aux couleurs vives et d'une charmante naïveté, représentent deux ou trois personnages et un paysage décoratif. L'influence chinoise dans les détails des paysages, l'expression de l'émotion et la complexité de la composition caractérisent cette nouvelle école. De nombreux poèmes épiques persans furent illustrés dans ce style, le meilleur exemple étant le Livre des rois (14° siècle), grande épopée nationale de Firdoussi.

L’art de la miniature continua de se développer au 15° siècle sous l’égide des Timurides. Behzad est l’un des miniaturistes les plus remarquables de cette dynastie. Les artistes safavides produisirent des œuvres classiques du genre mais, sous ingfluence européenne, ils y introduisirent des éléments de l’art du portrait. Le style moghol, influencé par l’art indien ancien, se développa dans l’Inde musulmane du 16° au 19° siècle.

Textiles

Appréciés comme objets de luxe,, les plus beaux étaient réalisés dans des ateliers, ou même manufactures appelés tiraz, système comparable à celui des Byzantins, des coptes et des Sassanides, et qui prit fin à la conquête mongole. Un présent tiraz était considéré comme un bien précieux. Les tiraz - nom que l'on donnait également au tissu lui-même- étaient souvent signés du nom de l'atelier, avec la date et le nom du souverain. En Égypte, beaucoup de tiraz étaient en lin.

Sous les Fatimides, de superbes bandes de tapisserie à fils d'or y étaient ajoutées en cours de tissage. Des tissus de soie étaient produits dans des tiraz officiels, comme ceux des IXe et Xe siècles à Boukhara, ceux du X° et XI° siècle en Iran, à Bagdad, en Égypte et en Espagne. Leur influence toucha les tisserands et les brodeurs de Byzance, de Sicile et d'Italie. Le terme désignant les textiles comme damassé nous vient de Damas. Le manteau du couronnement des empereurs du Saint Empire romain fut brodé en Sicile par des artistes musulmans, et les soieries siciliennes conservèrent leur influence jusqu'au XIVe siècle, longtemps après l'établissement des ateliers de soieries européens. L'influence des soieries chinoises après la conquête mongole se remarque dans les détails décoratifs des premiers brocarts d'or.

Les turcs ottomans produisirent de nouvelles sortes de soieries avec des motifs d'œillets, de tulipes, de palmettes et de bandeaux de nuages chinois. Les velours de soie et les brocarts à motifs safavides comptent parmi les plus rares.

Tapis

Réalisé au cours du règne du Shah Tahmasp, le tapis est fonné de nœuds persans (nœuds senneh). Le tapis d' Iran en laine et soie représenté ci-dessous fut réalisé en velours de laine à partir d'une chaîne et d'une trame de soie. Deux lampes sont représentées de part et d'autre du dessin central, qui se détache sur un fond de motifs floraux en forme d'entrelacs typiques de la production persane.

 

Les plus anciens tapis noués furent réalisés à Konya en Turquie au XIVe siècle. Bleus, verts et rouges, ils ont un motif de base végétal et une bordure réservée aux inscriptions. Des tapis d'époque mamelouk comportent des motifs géométriques et des tons bleu pâle, rouge et jaune. Des tapis turcs et égyptiens du XVIe siècle appelés "Ushak", "Holbein" et "cairotes", ont été peints dans le styke des tableaux européens de l'époque.

La fabrication des tapis atteignit son apogée avec les Safavides. Ils traitaient de scènes de chasse et de jardins. Un exemplaire à motifs floraux, signé et daté 1539-1540, mesurant 12 m de long, tissé pour la mosquée Ardabîl, se trouve à Londres au Victoria and Albert Museum.

Les carpettes safavides de soie, aux tons pastels et à plages d'or et d'argent, furent tissées spécialement pour le marché européen; très belles, elles contiennent néanmoins les indices du déclin de la tradition.

Chronologie (Extrait du site : http://pythacli.chez.tiscali.fr/arabes.htm)

Mahomet : Les représentations de Mahomet sont assez rares car elles sont en principe interdites aux musulmans.

570 La Mecque, naissance de Mahomet ou Mohammed (en ar. Muhammad, «le Loué»), dit le Prophète de la tribu des Qoreïch,prophète de l'islam. Orphelin dès sa naissance, Mahomet fut élevé par un oncle et assez tôt chargé de la garde des troupeaux. Plus tard, il entra au service d'une riche veuve, Khadidjah. Il accompagna ses caravanes en Syrie, et elle l'associa à ses affaires puis l'épousa. Ils eurent sept enfants: trois fils, qui ne vécurent pas, et quatre filles; la plus jeune, Fatima, épousera Ali, cousin de Mahomet, et assurera la descendance du Prophète. La Mecque, cité caravanière, était le lieu d'un pèlerinage polythéiste; cependant, l'existence d'un courant monothéiste y est attestée.

595 Le Prophète Mouhammad épouse Khadija

610 La Mecque: révélation de la mission: apparition de l'archange Gabriel dans la grotte de Hira, près de La Mecque.Mahomet avait pris l'habitude de méditations solitaires dans une grotte du mont Hira; c'est là, par des songes d'abord, par des visions ensuite, qu'il eut, par l'intermédiaire de l'archange Gabriel, la révélation de la mission dont Dieu l'investissait (V. Coran). Son entourage reçut son message et l'encouragea; les riches commerçants de La Mecque repoussèrent une doctrine qui ruinait leurs intérêts, tandis que les humbles formèrent un groupe d'adeptes.

612 début de la prédication de Mouhammad à la Mecque, où les tribus arabes venaient adorer 360 idoles dans la Ka’ba et des divinités païennes : Alat, Houbal, Azat, Manat…

619, ayant perdu deux fidèles alliés, Khadidjah et son oncle Abu Talib, Mahomet dut chercher refuge hors de La Mecque, où il s'opposait désormais à son oncle paternel Abu Lahab. Ascension et Voyage Nocturne du Prophète de La Mecque à la Mosquée éloignée de Jérusalem.

622 Exil de Mohamed à Médine

LES PREMIERES DYNASTIES

622-632 Cité Etat de Médine Une partie de la Peninsule Arabique

622 L' Hégire Des contacts furent pris avec des tribus de la ville de Yathrib, palmeraie au N.-O. de La Mecque, qui cherchaient un médiateur. Mahomet y émigra avec ses partisans en 622. Cette émigration (hidjra, «hégire») est le point de départ de l'ère musulmane, et Yathrib prit le nom de Al-Madinat an-Nabi (la «ville du Prophète»: Médine). Le Prophète organisa à Médine la communauté musulmane (umma), formée de deux catégories égales d'adeptes: les Muhadjirun, émigrés mecquois, et les Ansar, disciples de Médine. Ranimant la foi monothéiste d'Abraham (Ibrahim), Mahomet donna des racines purement arabes à l'organisation culturelle et liturgique (qu'il précisa au fil des années). Victoires et défaites militaires alternèrent contre les Mecquois

628 pacte entre les mecquois et Mahomet permettant le pèlerinage et stipulant une trêve de dix ans.

630, les Mecquois ayant rompu la trêve, le Prophète s'empara de leur ville, détruisit les idoles, décréta une amnistie générale, puis retourna à Médine. Les derniers adversaires se rallièrent;

632, toute l'Arabie était pratiquement islamisée. Mahomet fit le pèlerinage (dit «de l'Adieu») à La Mecque et en codifia les rites ; au retour, il tomba malade et mourut le 8 juin 632 à Medine. Abou Bakr, est élu Calife ( Khalifa ), selon la concertation

632-661 Les 4 Califes orthodoxes Temps des conquêtes: Syrie, Iran, Maghreb

Conquête arabe

634 Conquête de la Jordanie par les arabes, suite à la bataille de Yarmouk

en 647, les Arabes, porteurs d’une nouvelle religion, l’islam, se lancèrent à la conquête de l’Afrique du Nord. À l’est, dans les Aurès, ils durent s’opposer à la résistance de deux chefs berbères, Kusayla et la Kahina, une prophétesse. Mais, dès le début du VIIIe siècle, les Berbères se soumirent et se convertirent massivement à l’islam. Des chefs de guerre, tel Musa ibn Nusayr, s’illustrèrent même dans les troupes qui combattaient pour l’expansion de l’islam. Dès le début du VIIIe siècle, l’Algérie, comme l’ensemble du Maghreb, était devenue une province placée sous l’autorité des Omeyades. Les Arabes y constituaient une élite urbaine.

647, Les Arabes pénétrent pour la première fois dans le Maghreb, ils trouvent une province affaiblie par son isolement.

En 638, Omar, deuxième calife après la mort de Mahomet, prend Jérusalem. Voici d'après Tabari, écrivain du IX-Xe siècles (traduction de Goeje, "Mémoire sur la Syrie") le traité de capitulation offert aux habitants par Omar. "Au nom de Dieu, Clément, Miséricordieux. Voici la garantie que le serviteur de Dieu, Omar, émir des croyants, accorde aux habitants de Jérusalem. A tous sans distinction, qu'ils soient bien ou mal disposés, il garantit la sécurité pour eux-mêmes, leurs possessions, leurs églises, leurs croix et tout ce qui concerne leur culte. Leurs églises ne seront pas transformées en habitations, ni ne seront détruites, et l'on n'enlèvera rien aux églises elles-mêmes, ni à leurs territoires, ni aux croix ou possessions des habitants. Ils ne seront point contraints en matière de religion et personne d'entre eux n'aura la moindre vexation à craindre. Les juifs n'habiteront pas Jérusalem conjointement avec les chrétiens (...).
On n'aura rien à payer jusqu'à ce que la première moisson soit mûre. Pour leur garantir tout ce que renferme ce traité, il prend Dieu pour témoin et leur promet la protection de l'envoyé de Dieu et celle de ses successeurs et des fidèles. Il ne leur sera fait aucun mal, à condition qu'ils paient la capitation [impôt] ."

660 Les Omeyyades transfèrent le centre du pouvoir à Damas

661-750 Califes Omeyyades Moyen Orient, Afrique du Nord et l'Espagne

La dynastie des Omeyyades d'Orient est une dynastie califale qui gouverna le monde musulman de 660 à 750 après J.C. C’est à cette époque que sont atteintes les limites de l’expansion arabo-musulmane et surtout que sont organisées les conquêtes réalisées. L'Espagne, à la pointe de la partie occidental du bassin méditerranéen sera conquise sous leur règne. Mais c'est sous les Omeyyades, qu'apparaissent les premiers schismes dans l'Islam. Ce sont d'abord de simples mouvements politiques dirigées contre les Omeyyades qui évoluent en mouvement de réforme politico-religieux. C'est un de ces mouvements qui aboutira à leur chute en Orient. Mais en Espagne, un de ses membres rescapés, Abd Al Rahman dit l'Emigré, recréa une dynastie nouvelle qui subsistera près de trois siècles : c'est l'Emirat puis le Califat Omeyyade d'Espagne. L’avènement de la dynastie califale des Omeyyades (ou Omayyades, ou encore Umayyades) est lié à quelques-uns des évènements les plus mémorables de l’histoire musulmane

Les Omeyyades Sofianides

Mouawya, fondateur de cette dynastie, était le fils d’Abu Sofyan, l’un des notables de la tribu de Quraysh, d'une branche issue d'Omaya. Abu Sofyan s’était longtemps opposé au Prophète et avait conduit le siège de la Cité-Etat de Médine. Il bénéficia lui et sa famille d'une amnistie au moment de la prise de la Mecque par l'armée du Prophète, Et son fils Mouawya deviendra un des secrétaires du Prophète. Après la mort du Prophète, Mouawya se vera investi par la calife Abou Bakr du gouvernorat de la Syrie. Quraysh était la tribu dominante à La Mecque bien avant la période de prédication du Prophète de l’islam qui lui en était issu par la branche de Hachem (d'où l'appellation d'"Hachémite" pour les dynasties se réclamant de la généalogie du Prophète).
Si Mouawya était au service du Prophète Muhammad, il devait sa fortune surtout à sa parenté avec le troisième calife, ‘Uthman, parent d’Abu Sofyan, et lui-même issu de la branche omeyyade de la tribu de Quraysh. Le calife Uthman était un des compagnons de la première heure du Prophète qui le tenait en grande estime. Uthman incarnait un compromis idéal entre les deux tendances Hachémite et Omeyyade. C'est l'un des raisons pour laquelles il fut élu au Califat au détriment de Ali ibn Abou Talib, cousin, gendre et héros de l'Islam. Sa politique déplut à divers opposants qui assassinèrent ‘Uthman après un siège de sa demeure au sein même de la Mecque. Le califat échut au cousin et gendre du Prophète Muhammad, ‘Ali. Il devient ainsi le quatrième calife orthodoxe ou "rachidoun" (arabe : bien guidé).

Bien qu'Ali n’avait pas trempé dans le meurtre, tous ceux qui de façon ou d’autre étaient liés à ‘Uthman crièrent vengeance. Mouawya qui était gouverneur de Syrie disposait donc d’une force d’action hors de l’atteinte du calife Ali, regroupa autour de lui les contestataires. à la suite de la bataille indécise de Siffin, où pour la première fois des musulmans affrontèrent d'autres musulmans, un arbitrage fut décidé afin de mettre fin à cette guerre civile fratricide. L'arbitrage se termina par l’affirmation de la non-culpabilité d'Ali , mais aboutit indirectement au désaveu de l’élévation de ‘Ali au califat grâce à l'habilité politique d'Amr ibn Alç, bras droit de Mouawya.

à la suite de quoi la faction syrienne gagné à la cause omeyyade proclamèrent comme calife Mouawya. ‘Ali, en désaccord avec une partie de ses partisans primitifs eux-mêmes, les Kharidjites, qui lui reprochaient d’avoir accepté cette procédure, dut les combattre, et mourut assassiné en vengeance du massacre qu’il avait perpétré contre eux (661 après J.C ). A la mort du calife Ali, ce fut son fils aîné, Hassan, qui fut élu à la magistrature suprême, sans opposition notable. Mais cet homme pieux et dédaigneux des biens de ce monde, se laissa facilement circonvenir par l'astucieux Mouawlya qui le fit abdiquer en sa faveur, malgré l'opposition farouche de son frère Hossein. Mouawya put dès lors sans peine, réunir sous son commandement l’ensemble des territoires récemment conquis par les Arabes musulmans. Il conserva comme capitale la vieille ville de Damas.

A l’opposé des trois premiers califes, élus parmi les compagnons du Prophète sans parenté directe entre eux, à l’opposé de Ali qui était, lui, l’un des deux plus proches parents vivants de Muhammad, mais qui, à supposer qu’il l’eût conçu, n’eut pas le temps de fonder de dynastie, Mouawya qui appartenait à la tribu du Prophète (Quraysh) mais non à sa famille, put installer au pouvoir sa propre famille en associant son fils au pouvoir de son vivant. Cette technique politique a utilisé par les Capétiens pour transformer une monarchie élective en monarchie héréditaire.

Elle devait y demeurer quelque quatre-vingt-dix ans, plus semblable en cela aux Byzantins et aux Perses sassanides qu’aux Arabes d’Arabie. Deux branches successives occupèrent le pouvoir, les Sofianides et les Marwanides . Les Sofianides sont issue droite ligne d'Abu Sofyan et s'éteignent avec Yazid II. Le quatrième calife: Marwan, sera le fondateur de la dynastie Omeyyade-Marwanide. Cette dernière qui s'éteindra en Orient (750), renaîtra en Andalousie, pour ne disparaître que vers 1031. L’histoire de la dynastie omeyyade peut être organisée autour de quelques grands thèmes: les conquêtes extérieures, l’administration intérieure, les luttes de partis, l’évolution culturelle.

Au moment où Mouawya prend le pouvoir, les Arabes avaient déjà soumis tous les pays sémitiques du Proche-Orient, ainsi que l’Egypte et la majeure partie de l’Iran propre. L’accroissement des distances, les limites des effectifs, l’essoufflement des vainqueurs vieillis expliquent suffisamment, même sans faire intervenir les conflits intérieurs, le ralentissement des conquêtes. Les Omeyyades, en dehors des moments de crises intérieures, ont néanmoins cherché à les compléter. Le but essentiel était naturellement, pour des gens établis sur un sol si longtemps "romain", la prise de Constantinople. Malgré les attaques combinées par terre et par mer en 674-678 et 717-718, ces efforts échouèrent, ou du moins ne permirent qu’un certain report de frontière sur une ligne allant du Taurus occidental à l’Arménie et de périodiques incursions, plus ou moins fructueuses, au-delà de cette ligne. Les progrès décisifs furent réalisés dans d’autres directions, aux deux ailes extêmes: d’une part en Asie centrale au détriment des petits états sogdiens, turcs, hephtalites, d’autre part au Maghreb (jusqu'à l’Atlantique) puis, à partir de là, en Espagne et un instant en France (bataille de Poitiers, 732). A ces distances, la part directe prise par les souverains aux expéditions est nulle, mais ils s’occupent de la préparation de certaines campagnes, de l’envoi de renforts éventuels et de l’administration des gouverneurs des nouveaux pays conquis.

Les Omeyyades Marwanides

De portée beaucoup plus directe sur l’histoire du régime omeyyade sont les conflits intérieurs. Les partisans de ‘Ali, qu’on commençait à appeler les shi‘ites, reportaient sur sa descendance le respect dont ils l’avaient entouré lui-même. Mouawya avait acheté le désintéressement du fils aîné de ‘Ali, Hasan, mais, celui-ci mort, les notables de la ville shi‘ite de Kufa, en Mésopotamie, appelèrent le second fils de ‘Ali, Husayn, qui se fit écraser et tuer à Karbala’ par une armée omeyyade (680). Plus graves furent les troubles qui marquèrent la succession de Yazid et l’avènement des Marwanides. Un notable qurayshite, ‘Abd Allah b. al-Zubayr, petit fils du calife Abou Bakr , souleva en Arabie les deux villes saintes de l’islam et étendit son pouvoir jusqu’à Basra, la rivale de Kufa en Irak. Pendant ce temps, à Kufa, éclatait la terrible révolte organisée par Mukhtar au nom d’un fils survivant de ‘Ali, Muhammad b. al-Hanafiyya. Enfin divers groupes kharidjites suscitaient des désordres en Arabie méridionale, en Iran central, en haute Mésopotamie. Heureusement pour les Omeyyades, aucune entente n’existait entre ces divers ennemis. Le calife Abdel Malik ibn Marwan , cinquième calife omeyyade et deuxième calife marwanide, réprima la révolte des Alides et d'Abdallah ibn Al Zubayr . Les Kharidjites renonçaient à s’étendre là où ils n’étaient pas majoritaires, c’est-à-dire hors des déserts. Le frère de ‘Abd Allah qui gouvernait Basra écrasa Mukhtar. Le nouveau calife, ‘Abd al-Malik, put alors triompher des révoltés d’Arabie et de Basra. Parallèlement au rétablissement de l’unité de l’empire, il émit toute une série de mesures de réorganisation intérieure.
Le régime, à l’exception du régned' Umar ibn Abd al-‘Aziz, était taxé d’impiété par ses adversaires. Impie, il l’était parce qu’il avait usurpé la place et versé le sang de la famille du Prophète (Massacre de Husayn ibn Ali, petit fils du Prophéte à Kerbala). En fait, ce régime,était né à une époque où les Arabes n’avaient aucune tradition administrative et avait par la force des choses dû laisser les diffèrents services administratives aux mains des indigènes non musulmans, appliquant des règles et usages indépendants de l’islam, sauf en ce qui concernait les musulmans eux-mêmes. Au début, le régime omeyyade n’est qu’une armée arabe de garnison superposée aux populations indigènes qui vivaient selon leurs us et coutumes.

Le calife de Damas, dont l’entourage est encore imprégné du simple mode de vie arabe, assure l’unité de la communauté. Il dirige l’expansion de l’islam, la répartition des profits. Sous son autorité, les gouverneurs de vastes provinces ont une grande autonomie de fait. Assez vite pourtant, les transformations se dessinent notament avec l'expansion du terrtitoire formant l'empire musulman.

Ainsi, le début d’islamisation des indigènes posa un grave problème. Ceux d’entre eux qui étaient propriétaires devaient payer des impôts où se combinaient variablement un droit sur leur terre et une capitation; les Arabes, eux, payaient sur leurs biens de tous genres une dîme moins lourde. La conversion pouvait paraître tentante, mais, en raison de la responsabilité solidaire des communautés villageoises devant le fisc, elle n’était possible qu’à condition de fuir en ville et d’y adopter un nouveau mode de vie. Si le mouvement s’intensifiait, il compromettait la mise en valeur et par conséquent le rendement de l’impôt.

Sous ‘Abd al-Malik, le gouverneur d’Irak, Halladj, interdit la désertion des campagnes aussi bien que la conversion à l’islam: conclusion paradoxale assurément. Les successeurs de ‘Abd al-Malik s’orientèrent vers une solution plus souple: pour les convertis, la capitation ferait place à l’aumône légale du croyant, à peu près équivalente, et sur la terre elle-même, non convertie, l’impôt foncier serait maintenu. Par ailleurs, les Omeyyades s’appliquèrent d’abord à entretenir, restaurer ou développer les exploitations agricoles, et en premier lieu les travaux d’irrigation. Les souverains et les notables se firent volontiers édifier en bordure du désert des résidences dont certaines ruines subsistent.

Les ateliers d’état ainsi que la monnaie posèrent un problème particulier. L’état nouveau avait hérité de ses prédécesseurs le monopole des fabrications de tissus de luxe (tiraz ) et, en égypte, celui du papyrus. Tissus et papyrus se vendaient dans les pays étrangers, tout particulièrement le second, qui n’était produit que par l’égypte. On brodait sur les tissus, on imprimait en filigrane sur les papyrus des inscriptions que d’abord le régime musulman conserva, mais qui ne pouvaient à la longue lui convenir: elles furent arabisées et islamisées malgré les protestations des usagers extérieurs. Plus importante est la réforme de la monnaie. L’islam avait hérité de la monnaie d’or byzantine et de la monnaie d’argent iranienne, et il en fabriquait anarchiquement d’analogues: à la longue, l’usure aidant, il n’y eut plus aucune monnaie fixe; en outre, les images et inscriptions des anciens régimes ne pouvaient convenir à des musulmans. ‘Abd al-Malik fit frapper une excellente monnaie d’or (dinars) et d’argent (dirhams) dont les poids étaient alignés sur les unités en usage dans les villes saintes, et les légendes, exclusives de toute figure, islamisées. Ce devait être le "dollar du Moyen âge".

L’organisation de la vie religieuse impliquait la construction d’édifices réservés au culte nouveau. à Damas, la capitale omeyyade, on avait d’abord partagé les églises chrétiennes. Mais il fallait une mosquée digne de la dynastie: celle que fit construire, en partie selon les traditions et avec des artisans byzantins, le calife Walid; auparavant, dans la ville prestigieuse de Jérusalem, ‘Abd al-Malik avait fait élever la "coupole du Rocher" et la mosquée dite d’Omar. Les palais omeyyades ne sont pas moins remarquables, tel, pour n’en citer qu’un, celui de Mshatta.

Les Omeyyades se sont en général intéressés à la littérature, voire à des amorces de la réflexion théologique. Mais en littérature, la situation est inverse de celle qui domine dans l’art. Celui-ci recueille les traditions "romaines" et iraniennes tandis que celle-là reste de pure tradition arabe, sans mélange indigène, sauf tardivement en ce qui concerne la prose administrative qui commence à s’ajouter à la poésie. Dès l’époque omeyyade, en tout cas, il est devenu évident que l’arabe est ou peut être une langue de culture.

La chute des Omeyyades de Syrie

Quels qu’aient été les mérites des Omeyyades, il est clair que l’évolution des conditions sociales, matérielles et spirituelles exigeait une transformation du régime. Les mécontents, plutôt qu’un programme, avaient le plus souvent en commun, encore que vaguement, l’idée que les problèmes seraient résolus si la direction de la communauté revenait à un détenteur légitime, appartenant à la famille du Prophète. Celui-ci n’avait pas eu de fils, mais il avait deux oncles, de parenté égale avec lui, et le fils de l’un d’eux( Abou Talib), ‘Ali, avait épousé sa fille Fatima. ‘Ali puis ses fils, on l’a vu, avaient cependant été évincés. Après une période de calme ou de travail secret, de nouveaux prétendants se déclarèrent: Zayd, arrière-petit-fils de ‘Ali, qui se révolta à Kufa en 740 et fut mis à mort, Abd Allah ibn Mouawya, descendant d’un frère du Calife Ali, qui se maintint en Iran méridional de 743 à 749.
Les discordes qui éclatèrent au sein de la famille omeyyade après la mort de Hisham hâtèrent la chute. Parmi les tribus arabes, il existait deux partis qu’opposait une haine héréditaire: les Omeyyades ne surent plus maintenir entre eux l’équilibre. En 749 une révolte, préparée de longue date dans le Khurasan (Iran du Nord-Est) au bénéfice de descendants de Abbas, oncle paternelle du Prophète Muhammad, aboutissait, sous la conduite d’Abu Muslim, à l’écrasement des Omeyyades. Ceux ci furent pourchassés et massacrés à l’avènement de la dynastie abbasside .

Bien que personne ne se fût levé pour sauver les Omeyyades, leur souvenir subsista. Pendant un siècle, des rebelles se réclamèrent d’eux, en Syrie et en égypte. La secte kurde des Yazidis évoquait le souvenir de Yazid, le fils de Mouawya. L’idée qu’un Sofyanide reviendrait un jour ou l’autre se maintint dans certains milieux. Plus largement, la plupart des musulmans, même soumis aux ‘Abbassides, se refusaient à admettre qu’on maudît les Omeyyades, qu’on désavouât donc implicitement leur œuvre, et le droit ultérieur devait reconnaître une légitimité égale aux deux dynasties.

750-1258 Califes Abbassides Irak.Capitale : Bagdad-Sammara

750 Les Abassides prennent le pouvoir à Baghdad jusqu’en 1258. Après le massacre des Omeyyades, l’un d’eux en réchappe et fonde la dynastie Omeyyade d’Espagne

Omeyyades d'Espagne 756-1031 Andalousie.Capitale:Cordoue

ABASSIDES

La dynastie de califes abbassides sont les descendants d'Abd Allah ibn Al-Abbas, cousin germain du Prophète Muhammad. Les Abbassides régnèrent de 750 à 1258 à Bagdad. Le centre du pouvoir de l'empire musulman s'était deplacé de Damas vers Bagdad après leur prise du pouvoir. A l’origine, leur pouvoir s'étendait sur la quasi-totalité du monde musulman. Puis des régions de plus en plus nombreuses leur échappèrent,notament l'Espagne puis le Maghreb. Ces provinces leurs reconnaissaient dans beaucoup de cas une autorité purement théorique. A l’intérieur même des territoires qu’il continuait à contrôler directement, le calife voyait son pouvoir réel diminuer de plus en plus au profit des chefs de l'armée.

La Révolution Abbasside

La dynastie abbasside accéda au pouvoir à l’issue d’une véritable révolution contre les Omeyyades. Ceux-ci, représentants de la vieille aristocratie mecquoise qui avait longtemps combattu Muhammad, étaient depuis 660 environ, en tant que califes, successeurs et lieutenants du Prophète, à la tête d’un empire arabe dont la capitale était Damas. Les Arabes dominaient et exploitaient un immense empire qui s’étendait de l’Inde et des confins de la Chine au sud de la France. Cet empire était habité en grande partie de peuples autres qu’arabes ou musulmans.
C’était le début du processus d’islamisation et, pour certains peuples, d’arabisation – la dynastie Omeyyade mettant davantage l’accent sur le pouvoir arabe que sur la foi musulmane. Au Khorassan, les mécontentements diffus se cristallisèrent autour d’un chef militaire, Abu Muslim. Celui-ci forma un groupe révolutionnaire au nom d’Ibrahim ibn Muhammad, descendant de l’oncle du Prophète, Al-abbas.

Ce groupe avait pour programme le remplacement de la dynastie des Omeyyades par un calife issu de la famille du Prophète c'est à dire issu de Hachem, sans plus de précisions sur la personne dont il pouvait s’agir. La propagande était faite au nom de la famillle de Hachem. Cela pouvait concernait aussi bien les Alides que les Abbassides, familles issu en droite ligne de Hachem et apparenté au Prophète. Cet avènement devait signifier un retour à la pureté supposée de l’islam originel, un état plus profondément musulman où les Iraniens islamisés auraient une place égale à celle des Arabes. Abu Muslim réunit autour de lui, en plus des Arabes opposés aux Omeyyades, des indigènes iraniens, de petites gens et des esclaves enfuis, qui donnèrent, semble-t-il, au mouvement un certain caractère social. Abu Muslim déclencha l’opération en 747 et la victoire fut acquise à la bataille du Grand Zab en 750. Ibrahim étant mort entre-temps, Abu Muslim proclama calife son frère Abu l-abbas, dit as-Saffah ( le sanguinaire ), en 749 à Kufa.

751 les tribus arabes d'Oman se rallièrent au kharijisme, mouvement dissident à l'origine de l'assassinat d'Ali, 4è. calife et gendre du Prophète, et élirent leur premier imam
777 Création du royaume des Rostémides à Tahert


L’Empire Abbasside

Le pouvoir central abbasside se déplaça de Syrie en Irak et y prit pour capitale Bagdad, ville neuve, fondée en 762. Les Abbassides prétendirent appliquer la doctrine de l’islam idéal, interprétée comme préconisant une société sans classes, une fraternité de croyants sous l’autorité d’un chef politico-religieux, issu de la famille du Prophète, faisant régner la justice et l’ordre selon les préceptes du Coran et de la tradition. Les juges (qadi ), nommés désormais par le calife, devaient appliquer la Charia (loi religieuse) considérée théoriquement comme la seule norme valable. Cependant, un vizir (de l'arabe Ouasir : ministre ), au titre à résonance religieuse, était bientôt chargé de réorganiser une administration qui avait tendance à proliférer. Celle-ci comprenait des secrétaires (kuttab ) répartis en deux clans: les chrétiens nestoriens liés au sunnisme et défenseurs de l’autorité du calife, et les musulmans shi‘ites tablant au contraire sur la faiblesse du souverain.
L’armée, composée de Khorassaniens fidèles au souverain et d’Arabes, était un autre pilier de l’état. Ceux de ces derniers qui combattaient aux frontières étaient de plus en plus organisés selon un mode autonome et coupés de l’armée régulière proprement dite. Les autres, stationnés à l’intérieur du pays, étaient un élément de désordre et perdirent bientôt leur droit à pensions. C’était la fin du privilège ethnique arabe, résultat le plus sûr de la révolution.

Les luttes extérieures furent limitées, les frontières de l’Islam étaient stabilisées après les grandes conquêtes omeyyades. Face à Byzance et aux Khazars les fronts bougèrent peu. La période abbasside fut marquée par un immense essor économique. Des échanges commerciaux intenses entre les différentes régions de l’empire et avec l’extérieur permettaient une division du travail poussée et des spécialisations locales ou régionales. Des richesses énormes s’accumulaient entre les mains des commerçants et des propriétaires fonciers. Les villes se développaient. L’état omeyyade où dominaient la caste militaire arabe et la propriété rurale se transforma en un empire urbain, cosmopolite, bureaucratique avec un secteur développé de capitalisme financier et commercial. Bagdad étant située dans l’ancien domaine sassanide, la tradition iranienne donna le ton à une vie sociale et culturelle où s’étalait le luxe le plus éblouissant. La littérature et l’art étaient alors à leur apogée.

Les premiers califes Abbassides, Abu l-abbas as-Saffah (749-754), Abu Ga‘far al-Mansour (754-775), al-Mahdi (775-785) et Harun ar-Rašid (786-809) durent lutter pour défendre leur pouvoir contre les soulèvements révolutionnaires qui canalisaient les déceptions provoquées par l'aboutissement de la révolution et les "idéologisaient" en doctrines politico-religieuses au sein de multiples sectes. L’exécution d'Abu Muslim par Al Mansour marqua la rupture avec l’extrémisme. Les Kharidjites et, en Syrie, les partisans des Omeyyades fomentaient des troubles. Dans le milieu shi‘ite déçu par la révolution mené au nom des Hachémites et accaparée par les abbassides, un courant qui s’affirmait peu à peu reportait ses espoirs sur les descendants directs du Prophète par Fatima ( Alides) , déniant tout droit aux descendants de Abbas.

En Iran, de nombreux mouvements apparaissaient qui mêlaient les revendications sociales, religieuses et d’égalité ethnique. L’empire perdit l’Occident. Dès 756, l’Espagne vit renaitre un émirat indépendant où régner un prince omeyyade. Au Maghreb, des états kharidjites et autres se constituaient malgré les répressions. En 800, le califat passa un accord avec les Aghlabides qui régnaient en Tunisie et à Tripoli. Ils reconnaissaient l’autorité de Bagdad, mais gardaient cependant une certaine autonomie pour ne pas dire une total indépendance.

En 803, Harun ar-Rašid se débarrassa des vizirs de la famille de Barmak (les "Barmécides") qui gouvernaient depuis dix-sept ans. Il s’agissait, avant tout, sans doute, d’écarter des personnages devenus trop puissants. Mais le problème du shi‘isme alide, que les Barmécides avaient essayé de régler par la douceur, passa au premier plan sous le règne de Ma’mun (814-833), fils de Harun. Après avoir vaincu son frère Amin (809-814), Ma’mun donna la prépondérance aux influences orientales sur l’élément irakien. Il proclama un Alide héritier du trône et adopta comme doctrine officielle le mo‘tazilisme, qui créait un terrain d’entente avec le shi‘isme modéré. Il persécuta les opposants doctrinaux et notamment Ahmad ibn Hanbal dont se réclamera par la suite un mouvement sunnite extrémiste à base largement populaire.

Le désordre financier, aggravé par le luxe de la cour et dû sans doute à des causes plus profondes, faisait sentir de plus en plus ses effets corrosifs. Vers le second tiers du IXe siècle, les militaires turcs eurent une influence grandissante et bénéficièrent de l’affermage des revenus d’état, pratique de plus en plus courante. Ils dominèrent finalement le calife. Les Abbassides quittèrent Bagdad, où le peuple leur était hostile, et s’installèrent dans la nouvelle ville de Samarra de 833 à 892. Mutawakkil (847-861) se rapprocha des bases populaires en renonçant au mo‘tazilisme et en réagissant contre les shi‘ites, les chrétiens et les juifs. Mais l’évolution centrifuge s’accentua. Les dynasties tahiride (820-872), çaffaride (867-903) et samanide (874-999), en Iran, et les Toulounides (868-905), en égypte et en Syrie, se rendirent pratiquement indépendants. L’Irak ne fut pas épargné: les Zang, esclaves noirs des plantations irakiennes, se révoltèrent (869-883). Mowaffaq qui détenait le pouvoir réel sous le règne de son frère Mu‘tamid (870-892) rétablit l’ordre en Irak; il mit fin à l’anarchie créée par les prétoriens turcs, mata les Zang et limita les empiétements des dynastes iraniens. Grâce à leur énergie, les califes Mu‘tadid (892-902) et Muktafi (902-908) réussirent des prouesses semblables.

Mais les problèmes demeuraient entiers et se compliquèrent d’éléments nouveaux. Le shi‘isme extrémiste canalise, sous la forme révolutionnaire de l’ismaélisme, de multiples mécontentements diffus. à partir de 890, les qarmates ismaéliens secouent tout le Proche-Orient. En 909, un calife ismaélien prit le pouvoir au Maghreb. La dynastie bédouine hamdanide (929-1003) s’installa au nord de l’Irak. Les bouyides, shi‘ites iraniens des montagnes du Daylam (932-1055), fondèrent une dynastie en Iran. Le prince bouïde Mu‘izz al-Dawla prit Bagdad, en 945, et se fit nommer par le calife émir suprême (amir al-umara’ : titre créé en 936). Cette nomination lui conférait pratiquement la totalité du pouvoir.

Tahirides 819-1005 Capitales:Kairouan-Raqqada.
Saffarides 867-911 Transoxiane et Khorasan
Samanides 875-1005 Capitales:Nishapur-Samarkand
Tulunides 868-905
Ikhshidides 905-969 Egypte

909-1171 Fatimides Egypte

911 Destruction du royaume des Rostémides par la dynastie des Fatimides, soutenue par les Kabyles

La civilisation musulmane atteint son apogée avec les Fatimides qui rayonnèrent pendant trois siècles (du Xe au XIIe siècles). De cette époque date la Kalaa des Beni-Hammad. Erigée sur une pente que circonscrivent des ravins, elle est dominée par des hauteurs rocheuses qui lui servent d'observatoire et l'alimente en eau. Aujourd'hui, le minaret de la mosquée se dresse au milieu de ruines où les fouilles ont dénombré trois palais. L'architecture de ces demeures s'inspire de l'Orient, de l'Irak et de la Perse. L'art Hammadite est une branche de l'art fatimide. Moins raffiné que celui des ZAirides, il atteste cependant d'un goût du luxe favorisé par l'abondance de ressources. La chute du Royaume de Kairouan canalise vers la Kal'a des Beni-Hammad, le courant commercial et culturel qui aidera à l'épanouisement des Hammadites.

La Dynastie des Fatimides


Les Fatimides, dynastie de califes shi‘ites descendant de Fatima, fille du prophète Mahomet, règnent en Afrique du Nord (de 910 à 969), puis en égypte (de 969 à 1171). C’est une curieuse histoire que celle de ces monarques qui, portés au pouvoir par la propagande révolutionnaire des Karmates isma‘iliens, consolident leur puissance par la plus intransigeante des dictatures, califienne ou vizirielle. Partis de la Tunisie, ils font reconnaître leur autorité dans le Maghreb entier et la Sicile, s’installent définitivement sur le territoire égyptien, conquièrent la Syrie, reçoivent l’hommage de La Mecque et de Médine, et vont jusqu’à Bagdad.

Cent cinquante ans après, le dernier Fatimide était à peine obéi dans son propre palais. Durant ce temps, la Syrie devient un champ clos où les divers partis se livrent des luttes acharnées, surveillés par les Byzantins, qui parviennent un instant jusqu’à Baalbek et Tripoli, plus tard par les croisés, et enfin par les Saldjukides qui gouvernent Damas. Sur le plan artistique, le règne des Fatimides fut une période brillante. L’originalité de leurs œuvres tient essentiellement à l’emploi de représentations figurées.

Etablissement de la dynastie

Le centre de la propagande des Fatimides se trouva d’abord en Syrie du Nord, à Salamiyya, d’où des missionnaires éloquents et persuasifs parcoururent presque toutes les régions de l’Islam. L’un d’eux, particulièrement actif, Abu ‘Abd Allah al-Shi‘i, prêcha en Afrique du Nord, en s’appuyant sur une tribu berbère, les Kutama. Mais cette contrée était loin d’être pacifiée, et l’on trouvait toujours un groupe tribal prêt à organiser l’opposition contre le pouvoir établi. Ce fut le rôle des Zenata, soulevés par un agitateur surnommé l’"homme à l’âne". La révolte s’étendit de telle façon que le calife fatimide fut réduit à la possession du port de Mahdiyya.
Il fallait donc émigrer pour réaliser une ambition de domination universelle. à la suite de quelques tentatives d’invasion infructueuses, les Fatimides s’emparèrent de l’égypte en 969. En fait, leur autorité directe ne s’exerça guère au-delà du territoire égyptien; les régions comprises entre Le Caire et Bagdad furent partagées en deux zones d’influence, dont les frontières variaient sans cesse. Bagdad était alors soumise aux pressions les plus diverses, et les Fatimides ne possédèrent jamais une armée assez puissante pour faire prévaloir leur politique. L’histoire de la Syrie est d’une extrême complexité: dans les villes, les troupes maghrébines des Fatimides se heurtent à la résistance des populations, et dans les campagnes, doivent se déplacer constamment de Damas à Alep, de Tyr à la Palestine. L’épidémie de rébellions est générale, mais anarchique et dépourvue de coordination. à la fin du XIe siècle, c’est l’irruption des croisés, à l’égard desquels les maîtres shi‘ites de l’égypte eurent une attitude ambiguë.

L’occupation de l’égypte marquait une rupture absolue avec les anciennes traditions, et les nouveaux gouvernants pouvaient redouter les réactions d’une population dont l’attachement au sunnisme était bafoué, les liens avec le pontife de Bagdad brusquement rompus. Aussi les Fatimides édifièrent-ils, pour leur cour et leurs services administratifs et militaires, une nouvelle ville, Le Caire (969), située au nord et à une certaine distance des faubourgs de celle de leurs prédécesseurs, préfets envoyés de Mésopotamie. Cette cité fut entourée, cent ans plus tard, d’une solide muraille en pierre, dans laquelle s’ouvraient des portes monumentales: trois d’entre elles s’offrent encore à notre admiration. Les monuments fatimides les plus importants ont également subsisté, telles les mosquées al-Azhar et al-Akmar, celle de Salih Tala’i‘. La mosquée du calife al-Hakim est aujourd’hui bien délabrée.

L’étude des objets d’art de cette période laisse supposer qu’ils sont pour la plupart l’œuvre des Coptes, les tissus certainement, les bois sculptés très probablement, et cette constatation est conforme aux données historiques. Tous les écrivains arabes, chrétiens comme musulmans, s’accordent à mettre en relief la faveur dont les chrétiens bénéficièrent sous le régime des Fatimides; une grande ère de prospérité s’ouvrit alors pour les églises et les couvents coptes.

Une vie politique troublée

Une éclipse de cette tolérance envers la communauté chrétienne coïncide avec le règne du calife al-Hakim (996-1021); fanatique, celui-ci fit démolir l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Il se déclara dieu, et les auteurs musulmans rapportent que "tous les rêves que lui suggérait sa folie n’étaient susceptibles d’aucune interprétation raisonnable". Les Druzes reconnaissent encore aujourd’hui sa divinité.
Ainsi, le calife al-Hakim avait gravement compromis d’heureuses perspectives. Une crise économique sans précédent s’abattit sur le pays pendant le règne d’al-Mustansir (1036-1094), le plus long de l’histoire du monde musulman. En outre, des luttes sanglantes entre les corps de la milice ébranlèrent le régime. La défense du pays avait été assurée par des mercenaires, successivement des Berbères, des Noirs, des Turcs, des Arméniens. à la cour, des rivalités mettaient aux prises les califes et leurs Premiers ministres, le pouvoir étant exercé tantôt par les uns, tantôt par les autres. Un tout-puissant vizir, Badr al-Djamali, inaugurant la période arménienne des Fatimides, remit de l’ordre dans l’empire; on lui doit, outre les remparts de la capitale, une refonte des divisions administratives du pays. Pourtant le régime, miné par les complots des militaires et les jalousies des ministres, ne parvint pas à se redresser.

Les auteurs arabes ne se lassent pas de décrire le trésor des califes fatimides: pierreries d’une valeur inestimable, bijoux d’or et d’argent, innombrables récipients en cristal de roche, boîtes en bois précieux, armes, pièces de céramique, tissus somptueux en lin et en soie, beaucoup d’entre eux brochés d’or, tapis, enfin la plus belle bibliothèque qui existât à cette époque dans le monde musulman.

Les rares objets en cristal de roche parvenus jusqu’à nous, les étoffes, quelques animaux en bronze nous permettent d’imaginer l’opulence de ces fastueux souverains. On admire à juste titre les frises de bois provenant du palais royal du Caire, sur lesquelles sont sculptées des figures d’animaux, de personnages, isolés ou groupés en des scènes de musique, de danse, de beuverie ou de chasse. Les Fatimides ont été les inspirateurs d’un art qui, tout en suivant les vieilles traditions, créa des formes originales de décoration.

Le dernier acte politique se déroula dans le calme. Le prince zenguide d’Alep, Nur al-Din, fut amené à intervenir en égypte et à y envoyer un contingent. Un jeune officier, Salah al-Din (Saladin), se risqua, un vendredi, à faire prononcer la harangue religieuse au nom du calife de Bagdad. Les écrivains arabes citent à cette occasion un vieux proverbe arabe: "Ce n’est pas pour cela que deux chèvres se battirent à coups de cornes." Tel est l’acte de naissance de la dynastie ayyubide.

Karakhanides 922-1211 Egypte (969-1171)


932-1056 Bouyides Mesopotamie

La plus puissante des dynasties qui aient gouverné l’Iran islamisé avant la conquête des Turcs saldjuqides au XIe siècle. Elle tient son nom de Buwayh (ou Buyeh), le père des trois frères fondateurs, ‘Ali, al-Hasan et Ahmad. Ces chefs de guerre, d’origine modeste, sont des montagnards du Daylam (au sud-ouest de la mer Caspienne), qui s’engagent alors massivement dans les armées musulmanes. Ils font leurs premières armes dans les rangs du Daylamite Mardawidj b. Ziyar, lui-même fondateur de la lignée des Ziyarides. Au moment de l’assassinat de Mardawidj (935), ‘Ali tient Isfahan et s’empare bientôt du Fars. Hasan tient l’Iran central (Djibal), et Ahmad le Kirman et le Khuzistan.

Profitant des rivalités de factions autour du califat abbaside moribond, Ahmad entre à Baghdad en 945 et les Abbasides doivent accepter pendant cent dix ans la tutelle des princes buyides. Ahmad fait déposer et aveugler le calife régnant, qui vient de lui décerner le titre de Mu‘izz al-dawla, et fait introniser un de ses rivaux. Bien qu’ils aient maintenu pour des raisons politiques le califat ‘abbaside, les Buyides gouvernent, en fait, comme de véritables "maires du palais" et confient l’administration à leurs propres vizirs et dignitaires dont certains sont de remarquables lettrés et patronnent les arts et les lettres.

Les Bouyides sont les premiers souverains iraniens à professer le shi‘isme imamite duodécimain, alors même que se poursuit sous leur patronage l’élaboration doctrinale de cette tendance qui doit devenir la religion officielle de l’Iran au début du XVIe siècle. L’introduction des grandes fêtes shi‘ites à Baghdad déchire la communauté musulmane, car les sunnites y sont majoritaires. Toutefois, les Buyides savent se montrer tolérants tant envers les sunnites qu’envers les juifs, les chrétiens ou les mazdéens; en revanche, ils sont le plus souvent hostiles à l’égard de leurs rivaux shi‘ites, Hamdanides ou Fatimides, ces derniers faisant leur apparition en égypte en 969.

La personnalité la plus remarquable de la dynastie est ‘Adud al-dawla, fils de Rukh al-dawla (Hasan). Après avoir dépossédé de l’‘Iraq son neveu, ‘Izz al-dawla Bakhtiyar, il unifie sous son autorité (de 978 à 983) toutes les possessions buyides de l’‘Iraq, de l’Iran méridional et même de l’Oman, laissant à son frère Mu‘ayyid addawla le reste de l’Iran buyide. Avec la disparition de ce prince éclairé, la cohésion de la famille buyide s’effrite. Les Ghaznawides en profitent pour annexer Ray et le Djibal en 1029. Affaiblis, les Buyides deviennent une proie facile pour les tribus oghuz conduites par des chefs saldjuqides. Ceux-ci s’emparent de Baghdad en 1055, et seul l’amir buyide du Fars parvient à se maintenir encore durant sept ans. Au moment de leur expansion, les Buyides se lient avec de petites dynasties du Nord-Ouest iranien d’obédience sunnite et d’origine kurde ou prétendue telle. Le déclin des Buyides profite aussi à la lignée des Daylamites kakuyides (1008-1051) qui dominent pour un temps l’Iran central et occidental et se maintiennent comme vassaux des Saldjuqides jusqu’au début du XIIe siècle.

Dans l’administration, les Buyides furent des réformateurs et des novateurs. Mais le rôle croissant de l’armée dans les affaires publiques n’est pas sans danger, surtout en ce qui concerne les impôts et la tenure des terres (régime de l’iqta ). Les Buyides sont de grands bâtisseurs tant en Iran qu’en ‘Iraq. Ils encouragent l’industrie (surtout textile), le commerce, l’artisanat, et patronnent les arts et les lettres, alors essentiellement d’expression arabe sur le plateau iranien.

Zirides et Hammadites 972-1152 Sicile (jusqu'à 1071)

Ghaznévides 977-1186 Perse et Irak

Reyes de Taïfas 1010 Sud de l'Espagne

Seldjoukides d'Iran 1038-1194 Transoxiane et Turkistan oriental

15 12 1055 Le Turc Toghrul-beg s'empare de Bagdad

1077-1307 Seljoukides de Rum Anatolie turquie Inde du Nord-Ouest.Capitale.:Ghazni l'empire comprit l'Iran L'iraq la syrie l'Arménie et l'Asie Mineure. avalés par les Ottomans

Les croisades

1098 Les croisés s'emparent de la ville d'Antioche (anatolie)
1099 Les croisés s'emparent de la ville de Jérusalem (Palestine)

Artoukides 1102-1408 Andalousie
Zenghides 1127-1181

1130-1269 Almohades Maghreb et Espagne

1169-1250 Ayyoubides Haute Mésopotamie et Egypte

Famille princière dont les membres régnèrent sur l’égypte, la Syrie, la Mésopotamie et le Yémen, les Ayyubides tirent leur dénomination du Kurde Ayyub, père du monarque connu en Europe sous l’appellation de Saladin, calquée sur son surnom arabe Salah al-din. Ce dernier avait installé le nouveau régime en égypte, sans bruit, ordonnant de substituer dans le prône le nom du pontife sunnite de Bagdad à celui du calife fatimide. Celui-ci mourait trois jours plus tard, le 13 septembre 1171, sans avoir peut-être connu sa déchéance. La révolution s’était déroulée dans le calme.

Saladin (1137-1193)

1147 deuxième croisade

Profitant de la décadence des Fatimides, Nour ad-Din réussit en 1169 à leur imposer un vizir de son choix, Salah ad-Din (Saladin) qui, deux ans après, se proclamera sultan et abolit le khalifat. Bientôt, il se rendit maître de l'Arabie, puis de la Syrie, (1171, 1183) où il recueillit l'héritage de Nour ad-Din. Les jours des états francs paraissent comptés ...

Saladin Ier fut bien le fondateur de la dynastie des Ayyoubides, car, peu après avoir pris le pouvoir en 1171, il mit au point la répartition des principautés et en désigna les premiers titulaires. Ce choix créa des frictions, et, pendant près d’un siècle, les principautés furent loin de vivre en bonne entente. Une difficulté est inhérente au point de départ et à la personnalité de Saladin: le monarque, installé au Caire, prétend faire figure de suzerain vis-à-vis des princes syriens qui, eux, s’efforcent d’accentuer leur autonomie.

Saladin s'empare de Damas :Maître de la Syrie (1171), Saladin ne fut quelque temps contenu que grâce à l'héroïsme de Baudouin IV, le Roi Lépreux. Après sa mort, ce fut la catastrophe. A Hattin, presque toute la chevalerie franque fut tuée ou capturée. En quelques semaines, Saladin se rendit maître des états chrétiens à l'exception de quelques places côtières.

Deux de ces principautés émergent quelque peu de l’histoire. le royaume du Yémen et la principauté de Haute-Mésopotamie, avec sa capitale à Hisn Kayfa,

La puissance ayyubide, par l’intermédiaire du prince zenguide d’Alep Nur al-din, se rattache au mouvement de rénovation sunnite implanté en Mésopotamie par les Saldjukides. Son originalité va se manifester d’une double façon : dans le domaine religieux, par la suppression radicale du shi‘isme au moyen des madrasa, collèges d’état, qui vont dès lors pulluler en égypte et dans les grandes villes syriennes; dans le domaine militaire, par la mise en œuvre de toutes les ressources en vue de la lutte contre les croisés.

1187 Saladin prend la tête de la lutte contre les Francs

La disparition de Saladin, en 1193, laissa voir à nu l’ambition jalouse des petits princes qui vont passer leur temps à faire et défaire des alliances, à guetter les faiblesses de leurs émules et adversaires. En Syrie, énumérons: la principauté éphémère de Baalbek; les principautés de Homs (Hims), de Banyas, de Karak qui disparaîtront avec les premiers Mamlouks; celles de Damas et d’Alep, qui finirent par être réunies sur la même tête et tiendront jusqu’en 1260; celle de Hama, que les Mamlouks laisseront vivre jusqu’en 1341.

l’histoire des Ayyubides n’est qu’un récit tourmenté des intrigues des divers membres de la famille, chacun d’eux ayant une ambition territoriale égale à celle du voisin, tous les princes syriens, ou presque tous, ayant convoité la possession de Damas. La capitale de la Syrie, enjeu des luttes qui se dérouleront pendant plus de soixante ans, va devenir le centre de la politique égyptienne, syrienne et mésopotamienne.

Malik Kamil (1180-1238)

Un des souverains ultérieurs de l’égypte, Malik Kamil, reste une belle figure. Il avait assumé le pouvoir pendant que les Francs assiégeaient Damiette, dont ils s’étaient emparés le 5 novembre 1219; sans doute leur situation restait précaire mais aussi les troupes musulmanes en avaient assez. C’est dans cette atmosphère de batailles sanglantes et sans issue que Malik Kamil se prit à préférer la négociation à la guerre.

1228-1229
Croisade de Frédéric II, empereur et Roi de Sicile

Une négociation célèbre lui attira les récriminations justifiées, en apparence tout au moins, de toutes les populations musulmanes. Prince cultivé, il avait entretenu des relations scientifiques avec l’empereur Frédéric II et peut-être était-il imprudemment convenu de lui céder Jérusalem. Après la remise de la ville, Malik Kamil s’excusa dans un manifeste, affirmant que le culte musulman avait été garanti dans la Grande Mosquée de la ville. on est en droit de constater que la cession de Jérusalem procura un état de paix qui ne fut jamais, pendant toute la durée des croisades, ni aussi stable ni aussi long, et c’est bien ce que le sultan avait recherché avant tout. Ce fut, en tout cas, le point de départ d’une conjuration des princes syriens contre le sultan d’égypte, conjuration qui donna ses fruits plus tard, en 1237, lorsque Malik Kamil reçut un véritable ultimatum lui enjoignant de ne pas sortir d’égypte. Le conflit tourna court par suite du décès d’un des protagonistes et de la médiation du calife de Bagdad.

Turanshah

Le dernier épisode est une épouvantable tragédie. Les Francs avaient une seconde fois pris Damiette. Parvenus à Mansourah (Al-Mansura), ils y perdirent une bataille de rues. Après la mort de Malik Salih (1249), sa veuve Shadjar al-durr avait mandé le prince Turanshah, qui régnait à Hisn Kayfa. Ce dernier arriva à Mansourah le 25 février 1250, pendant que l’armée musulmane, reprenant l’offensive, cernait les Francs à Fareskour et faisait prisonnier le roi de France Louis IX.

1248-1254 Septième Croisade (1248-1254) : Croisade de Louis IX

Par arrogance, Turanshah s’aliéna tous les cœurs et, au cours d’un banquet, le futur sultan mamlouk Baïbars lui porta le premier coup de sabre. Turanshah se réfugia dans une tour de bois à laquelle on mit le feu; il se précipita dans le Nil; rejoint à la nage, il fut mis à mort. Ainsi périssait, le 30 avril 1250, le dernier sultan ayyubide d’égypte, dont la conduite insolente avait attiré cet orage.
Le meurtrier n’était pas seul: il faisait partie de la milice d’esclaves turcs que Malik Salih venait de constituer pour posséder à ses côtés un contingent de gardes sûrs. Ces Mamlouks, menacés, tout au moins dans leur influence, par les officiers que Turanshah avait ramenés de Mésopotamie, avaient pris les devants. Telle était la signification de ce sanglant fait divers qui allait donner naissance au nouveau régime de l’égypte, celui des sultans mamlouks, dont la puissance et la cohésion allaient faire oublier la faiblesse des seigneurs ayyubides.

Le califat protégé d’Irak (Abasside)

Le calife passa alors sous le protectorat du souverain bouïde, appuyé par les soldats daylamites. Désormais, les califes, qui conservaient la souveraineté théorique sur tout l’Islam sunnite, furent à la merci des souverains temporels. Quoique shi‘ites modérés, ces bouyides se gardèrent bien de remplacer le calife sunnite par un imam shi‘ite qui aurait eu trop d’autorité propre. Ils défendirent même sa suprématie ainsi que, bien entendu, leurs intérêts politiques et économiques, contre le califat concurrent des Fatimides, établi en égypte depuis 969, qui se rattache à l’extrémisme shi‘ite ismaélien.
L’émiettement du pouvoir bouïde aboutit à la victoire des Turcs seldjoukides de tendance sunnite. Leur chef Tugrïl-Beg entra à Bagdad en 1055 et prit le pouvoir avec le titre nouveau de sultan, et la protection du calife. En dépit de l’intermède curieux de l’année 1059, qui vit le chef turc Basasiri occuper Bagdad et y faire prononcer le prône au nom du calife fatimide, le pouvoir seldjoukide se maintint solidement pendant un certain temps et mena un combat vigoureux pour le sunnisme et contre le shi‘isme. L’immigration des Turcs s’accentua et marqua le début de leur suprématie dans le Proche-Orient, qui devait durer jusqu’en 1918.

L’émiettement de l’état seldjoukide fut la chance des califes qui parvinrent à regagner une partie de leur pouvoir temporel en utilisant les rivalités des Seldjouks et de leurs atabeks. Mustazhir (1094-1118) fut le premier à user de cette politique avec quelque succès. En 1171, l’égypte reconnaissait une nouvelle fois le califat abbasside. Le calife Nasir (1180-1225) joua un grand rôle politique et idéologique. Il reconquit certaines régions de l’Iran occidental en combattant le Khwarizm Shah ‘Ala’ ad-din. Il se rapprocha des shi‘ites et même des ismaéliens et réorganisa une sorte de franc-maçonnerie (futuwwa ) pour servir ses ambitions. Ses faibles successeurs ne purent qu’attendre le coup fatal que leur portèrent les Mongols lorsque Hulagu s’empara de Bagdad le 10 février 1258 et fit exécuter le dernier calife, Musta‘sim.

1248-1254
Septième Croisade (1248-1254) : Croisade de Louis IX

Sultans de Delhi 1206-1526 Mésopotamie septentrionale et Syrie
Mamelouks 1206-1290 Egypte

1250
Mort de Frédéric II
Avènement des sultans mamelouks en Egypte
Perte définitive de Jérusalem par les latins

1252
Le pape autorise les inquisiteurs à utiliser la torture

1258 Destruction de Baghdad et de sa très riche bibliothèque, par les Mongols d’HulaguKhan. Fin des Abassides. C’est la cause indirecte de la décadence de l’Andalousie musulmane


1260
Les Mongols rejetés de Syrie par les Mamelouks

1269 Destruction des Almohades; c'est le début d'une guerre commerciale entre chrétiens et musulmans pour le contrôle des ports de la Méditerranée

1290-1320 Khaldjis Afghanistan

1291 Les Mamelouks chassent définitivement les Francs

Hafsides 1228-1574
Nasrides 1230-1492
Abdelwadides (Ziyanides) 1235-1554
Mamelouks d'Egypte 1250-1517
Bahrites 1250-1382
Ilkhanides 1256-1353

Le califat abbasside du Caire

De 1261 à leur chute en 1517, les sultans mamelouks du Caire entretinrent à leur cour des califes de la famille abbasside. Ceux-ci, en figurant aux cérémonies d’intronisation, leur apportaient une référence traditionnelle et un semblant de lustre. Aussi, quelques rares souverains étrangers, pour les mêmes raisons, leur accordèrent un certain crédit. Mais ils ne détenaient pas le moindre pouvoir politique. En annexant l’égypte en 1517, le sultan ottoman Sélim Ier abolit ce pseudo-califat. Le récit sur la transmission par le dernier "calife" de ses prérogatives au sultan ottoman paraît apocryphe.

Mérinides 1269-1554

Mozzafarides 1314-1393
Thughluks 1320-1414
Djalaraïdes 1336-1432
Timourides 1370-1506
Turkménes 1380-1524
Burdjites 1389-1517

Sayyids 1414-1451
Lodis 1451-1526

Wattassides 1465-1554

1299-1924 Ottomans Turquie

1150-1215 Ghurides Anatolie

1299 Osman se rend indépendant des Seldjoukides

1326 Orhan conquiert Brousse qui devient capitale ottomane1359 1389 Murad 1° conquiert la thrace la macédoine et la Bulgarie

1402 Les Ottomans sont défaits à Ankara, en Turquie, par les Mongols

1413 1421 l'empire Anatolien est reconstitué (Anatolie)

1443 Les portugais qui s’installèrent en Mauritanie, dans l’île d’Arguin

1501-1736 Séfévides (ou Safavides)

1507 Les Portugais installent leur premier comptoir sur la côte omanaise
1518, Alger et plusieurs autres ports furent assiégés par les Espagnols; les Turcs ottomans furent appelés à la rescousse.
1520 L'Empire ottoman contrôle Alger
1520 1526 Soliman le magnifique Hongrie Algérie Tunisie Tripolitaine
1525-1666 Saadiens
1527 Les musulmans envahissent l'Ethiopie
1529 les ottomans occupent Vienne c'est l'apogée de l'empire Ottoman

Mogols 1526-1858

1534 Le corsaire turc Barberousse s’empare de Bizerte, de Tunis, de Kairouan, puis des ports de la côte orientale
1683 Autriche Venise Pologne et Russie s'allie contre les Ottomans
1710 Formation du Koweït
1832 Le sultan d'Oman établit sa résidence à Zanzibar qui devient la seconde capitale
1837 Par le traité de la Tafna, la souveraineté d'Abd el-Kader est reconnue
1839 L'empire Ottoman cède l'Algérie à la France
1922 Mustafa kemal abolit le sultanat
1924 fin de l'empire Ottoman abolition du califat par Mustafa kemal

 

Voir également : http://www.fleurislam.net/pages/txt_hist.html

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