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Epoque Fatimide en Egypte puis en Syrie (969 - 1171)

Mirhab ebn bois fatimideSynthèse historique

En Égypte, l’avènement de la dynastie Fatimide,  dynastie de califes chiites de la secte Ismaelienne rameau majeur du schisme (Aga Khan), fut peu banal, avec un changement de gouvernement aussi brusque que pacifique. Partis de la Tunisie (où ils fondent Mahdia), ils font reconnaître leur autorité dans le Maghreb entier et la Sicile, sans doute plusieurs invasions avaient été tentées sans succès contre le territoire égyptien, mais, après leurs échecs, les Fatimides préférèrent utiliser la propagande. La situation de ce qui reste de l’empire califien, dirigé depuis Bagdad, n’est pas brillante et les Abbassides ne peuvent plus tenir l’Égypte.

Les Fatimides se bornent à y fomenter des rébellions militaires et restent dans une inaction apparente vis-à-vis de leurs voisins. Au moment décisif, une armée formidable, venant de l’Occident, s’empare du pays sans rencontrer de résistance. Ils s’installent définitivement sur le territoire égyptien (qui passe du rang de colonie à celui d’État indépendant, mais ses maîtres sont chiites et un schisme s’installe dans la vallée du Nil).  conquièrent la Syrie, reçoivent l’hommage de La Mecque et de Médine, et vont jusqu’à Bagdad.


Ils règnent en Afrique du Nord de 910 à 969 puis en Egypte de 969 (date de fondation du Caire qui devient leur résidence royale) à 1171. Cent cinquante ans après, le dernier Fatimide était à peine obéi dans son propre palais.

Durant ce temps, la Syrie devient un champ clos où les divers partis se Enceinte fatimide du Cairelivrent des luttes acharnées, surveillés par les Byzantins, qui parviennent un instant jusqu’à Baalbek et Tripoli, plus tard par les croisés, et enfin par les Saldjukides qui gouvernent Damas.
 

Une crise économique sans précédent s’abattit sur le pays pendant le règne d’al-Mustansir (1036-1094), le plus long de l’histoire du monde musulman. À la cour, des rivalités mettaient aux prises les califes et leurs Premiers ministres, le pouvoir étant exercé tantôt par les uns, tantôt par les autres.

Un tout-puissant vizir, Badr al-Djamali, inaugurant la période arménienne des Fatimides, remit de l’ordre dans l’empire; on lui doit, outre les remparts de la capitale, une refonte des divisions administratives du pays. Pourtant le régime, miné par les complots des militaires et les jalousies des ministres, ne parvint pas à se redresser.

Le dernier acte politique se déroula dans le calme. Le prince zenguide d’Alep, Nur al-Din, fut amené à intervenir en Égypte et à y envoyer un contingent. Un jeune officier, Salah al-Din (Saladin), se risqua à faire prononcer la harangue religieuse au nom du calife de Bagdad
 
 

L'art Fatimide

Sur le plan artistique, le règne des Fatimides fut une période brillante. L’originalité de leurs œuvres tient essentiellement à l’emploi de représentations figurées.
Les auteurs arabes ne se lassent pas de décrire le trésor des califes fatimides: pierreries d’une valeur inestimable, bijoux d’or et d’argent, innombrables récipients en cristal de roche, boîtes en bois précieux, armes, pièces de céramique, tissus somptueux en lin et en soie, beaucoup d’entre eux brochés d’or, tapis, enfin la plus belle bibliothèque qui existât à cette époque dans le monde musulman.
Les rares objets en cristal de roche parvenus jusqu’à nous, les étoffes, quelques animaux en bronze nous permettent d’imaginer l’opulence de ces fastueux souverains. On admire les frises de bois provenant du palais royal du Caire, sur lesquelles sont sculptées des figures d’animaux, de personnages, isolés ou groupés en des scènes de musique, de danse, de beuverie ou de chasse. Les Fatimides ont été les inspirateurs d’un art qui, tout en suivant les vieilles traditions, créa des formes originales de décoration.

Mosquée Al HakimMosquée Salik Talaï (1160) dans laquelle on pénètre en franchissant un petit pont. A l'intérieur le moucharabieh sculpté de fleurons et palmettes ferme la salle de prières. Elle comporte 2 nouveautés

Ces boutiques étaient une source de revenus pour l'entretien de la mosquée

- Vestiges des remparts nord du Caire (1087) avec son chemin de ronde et ses tours de guet. Un bandeau d'inscription court sous le crénelage des remparts marquant cette volonté d'ajouter à la fonction essentielle, ici la défense une fonction artistique.

- Plan de la mosquée Al-Azhar (972), de rite chiite ismaélien. Institué madraza (collège) dés 988 on continue à y enseigner un enseignement supérieur de théologie chiite. Les portiques de l'enceinte sont doubles, les cinq nefs de la salle des prières sont parallèles au mur de la qibla. Décors en stuc, d'origine d'influence mésopotamienne :

- Mosquée construite par Al-Hakim (990-1003) homme à la fois intolérant, versatile, bizarre et passionné de magie noire (Il est à l'origine de la religion druzze). Cette mosquée de type arabe possède une salle de prières avec nef centrale plus haute à fenêtrons et des coupoles aux extrémités du mur de la qibla. Les minarets  ont été englobés en 1010 dans des blocs de maçonnerie. Le portail principal est à forte saillie, l'intérieur est en briques et l'extérieur en pierre.
- Portail de la mosquée Al-Aqmar (1125) au Caire. Portail en saillie; quelques inscriptions intéressantes "barrent" cette façade car elles fournissent, en texte ismaélite,  des informations sur le nom du calife fondateur, la date de création ...

 

Objets d'art

L’art fatimide s’est montré réceptif à des influences multiples – abbassides, byzantines, andalouses et même antiques –, pour les fondre en un style authentique qui marquera à son tour d’autres centres créateurs, tout particulièrement ceux de la Sicile normande. Malgré les apports orientaux multiples, l’art fatimide reste résolument méditerranéen ; il donnerait donc raison à ceux qui font de l’art islamique un art méditerranéen plutôt qu’oriental (controverse qui resurgit périodiquement).

- panneau en marbre représentant des paons
- Pions d'échiquier en cristal de roche
AiguiéreAiguières en cristal de roche , exceptionnelles par la maîtrise qui consistait à tailler dans un seul bloc de cristal
- Tiraz (tissus) en soie et fils d'or extrêmement fins comportant une écriture tissée, encadrant une scénette centrale, et indiquant généralement le nom du calife et de l'atelier...
- Tiraz également sur des voiles de différentes couleurs
Ivoire fatimide - Brûle parfum en bronze
- Hormis l'acacia, les forets ont toujours été rares en Egypte, aussi le bois venait il d'Afrique ou de l'Inde. Les fatimides sculptérent ce bois pour des objets importants, puisqu'il était rare :Panneau bois fatimide

- Panneaux d'ivoire à l'usage incertain représentant des scènes plus ou moins profondément sculptées sur fond de vigne, de chasses, de banquets, de danses. Coffrets
- Bracelet en or creux, à fermoir orné de décor de filigrane, à l'origine incrusté d'émaux
- Collier à fermeture en turquoise avec un émail translucide
 

 

Epoque des céramiques lustrées

La technique

Invention spécifiquement islamique qui consiste à poser sur une céramique, émaillée ou glacée, un décor à base d’oxydes métalliques qui s’incorpore à la matière vitreuse et qui donne, après une cuisson en réduction, un reflet métallique. Sur une pièce émaillée ou glacée on trace le décor, composé d’une pâte fluide, à l’aide d’une pointe de roseau ou d’un pinceau. Cette pâte est constituée par un mélange de soufre, d’oxydes métalliques (cuivre ou argent) et d’ocre jaune ou rouge, délayé dans un peu de vinaigre ou d’eau. Le vinaigre et l’eau s’évaporent et il ne reste, à la surface de la poterie, qu’une couche poudreuse La cuisson doit être faite en réduction, c’est-à-dire à l’aide de gaz réducteurs. Selon qu’elle sera plus ou moins réductrice, le lustre sera plus ou moins clair et irisé. Après la cuisson, on essuie soigneusement la matière poudreuse qui sert à maintenir les oxydes métalliques sur la céramique pendant le temps de cuisson, et un reflet moiré apparaît. Ce décor peut être souligné par un effet de gravure, pratiqué dans la mixture avant la cuisson, ou par des incisions de la pâte sous l’émail. Le lustre peut être polychrome: brun, vert, jaune, souligné par un fin trait brun (Samarra, IXe s.), ou encore rouge.

Le décor de lustre métallique est utilisé pour orner les productions de luxe: pièces de forme et plaques de revêtement (mihrab ). Il a été créé au IXe siècle à Samarra. Aux IXe et Xe siècles, on le trouve au Moyen-Orient (Mésopotamie et Perse), en Égypte et en Tunisie. Au Xe siècle, on le trouve en Espagne. Les XIe et XIIe siècles sont, en Égypte, l’époque de la belle production fatimide qui contraste avec l’absence de fabrication dans tout le Moyen-Orient islamique. La fin de l’activité des ateliers dans ce pays coïncide avec la reprise de la fabrication de céramique à décor de lustre métallique aux XIIIe et XIVe siècles en Syrie, en Mésopotamie, et en Iran où elle se poursuit encore actuellement.
C’est au XIIe siècle que l’on place le début de la céramique à décor de lustre métallique en Espagne, à Malaga, mais au XVe siècle ce centre disparaît.

Les céramiques fatimides sont à lustre monochrome, souvent un liseré clair est ajouté à partir du 10° siècle pour souligner les contours.

- plat monochrome beige sur fond d'occelles représentant un homme tirant une girafe
- plat du début du 11° s représentant une danseuse au foulard également sur fond d'ocelles
- du potier Muslim (début 11° s) un plat décoré en son centre et couvrant toute la surface, d'un aigle héraldique
- du potier Muslim plat au décor anecdotique d'un homme parlant à son guépard et le flattant
- du potier Sa'ad un plat signé représentant un prêtre copte portant un encensoir
- plat d'une série (venant de Syrie ?) de la fin de l'époque fatimide décoré de 2 bustes affrontés de femmes

On commence à rajouter de la silice à l'argile des céramiques

Influence fatimide en Sicile

- A Palerme le plafond de la chapelle palatine en bois avec de grandes étoiles entourées d'inscriptions en arabe
- Ivoires généralement plutôt peints que sculptés, : coffret, reliquaire ...Ivoire de Cordoue
- Olifant sculpté et gravé en ivoire
Manteau de couronnement de Roger 2 de Sicile. Remarquer les inscriptions en arabe au bord du manteau (1133) Manteau de couronnement

La Sicile sera reprise à la fin du 11° siècle par les comtes normands

Au Maghreb

Les arabes apparurent au Maghreb en 649 mais il leur fallu prés de 100 ans pour atteindre l'Espagne puis la France (Poitiers 733). La Tunisie (Ifriqya) fut définitivement conquise en 698. En 820, Ibn el Aghlab propose aux califes de Bagdad sa médiation pour calmer les troubles en Ifriqya. Proclamé émir, sa dynastie, les Aghlabides régna jusqu'en 909. Ils rebatirent la grande mosquée de Kairouan, celle de l'olivier et celle des 3 portes également à Kairouan.. En 910 les aglhabides furent renversés par les fatimides

Les Almoravides (1056-1147)

Dynastie musulmane qui domina l’Afrique du Nord et l’Espagne, les Almoravides tirent leur origine d’un groupe de tribus berbères sahariennes qui nomadisaient entre le Sénégal et le sud du Maroc. Elles vivaient de l’élevage et du trafic caravanier. Elles se convertirent à l’islam à la fin du IXe siècle et firent la guerre sainte aux Noirs du Sénégal. Ils régnèrent sur le Magreb de 1056 à 1147. Yusuf fonde Marrakech (vers 1060), d’abord simple camp, prend Fès (1069), puis Tlemcen, Oran et Ténès, et met le siège devant Alger (1082).

Les Almoravides  réalisèrent de magnifiques architectures

- Grande mosquée d'Alger aux arcs outrepassés alternativement lisse et polylobé
- Nef de Tlemcen (1136) dont la coupole est une véritable dentelle
- Mosquée Al-Quarawiyin de Fez créée en 859 et agrandie en 956 et 1135. c'est une grande université du Maghreb; la salle des prières est constituée de 10  nefs  

Les Almohades  (1147-1269)

Dynastie musulmane d’origine berbère qui domina l’Afrique du Nord et l’Espagne entre 1147 et 1269 mais surtout installés au Maroc ou ils y détronérent les Almoravides, les Almohades sont issus d’un mouvement religieux appuyé par un groupe de tribus berbères du Haut Atlas marocain. Alliés de Saladin pour la lutte contre les croisés . A la fin du 12° siècle, les chrétiens d’Espagne  mènent la Reconquista  avec une énergie croissante. Vaincus à Alarcos en 1196, ils sont victorieux à Las Navas de Tolosa en 1212, cette bataille signe la fin du pouvoir musulman en Espagne (sauf en Andalousie)

- Mosquée de Tinmal dont il reste des vestiges : Coupoles ornées de muqarnas

Koutoubia de Marrakech construite entre 1146 et 1196

- Tour Hassan (1196-1197) minaret d'une grande mosquée à décors et arcs outrepassés.

- Minaret de la grande mosquée de Séville

- Fortification de Rabat (12° siècle) : Porte des Oudayas très large dont l'arc outrepassé est décoré

- Ancienne synagogue de Tolède à arcs outrepassé  

Production espagnol des Almohades

- Bouche de fontaine en fonte. Tout le corps est recouvert d'un décor d'animaux et d'une épigraphie
- Tissus : L' acclimatation du mûrier en Espagne a permis aux artisans locaux de produire des tissus de soie - Coffret incrusté d'animaux en ivoire, une inscription court à la base du couvercle (1200)
- Vue de la ville de Grenade, qui fut capitale arabe de 1235 à 1492, et des palais de l'Alhambra construits aux 13° et 14° siècles

Les Abassides     Les Samanides et les Saldjoukides