Arts de l'Inde et de l'Extrême orient

Sommaire
 

Ce cours aborde non seulement l'histoire de l'art de l'Inde mais aussi de certains pays d' Extrême-Orient, à savoir :

Pour la plupart de ces pays l'art est essentiellement religieux
 

 

 

Arts de l' Inde

L' Inde ancienne était plus vaste que l'Inde contemporaine représentée ci-dessus, puisqu`elle comprenait également l'actuel Pakistan, le Népal et le Bangladesh.
On divise très grossièrement l' Inde ancienne en 2 régions  :

Histoire succincte de l' Inde

L’Inde a produit, au IIIe millénaire avant notre ère, une des premières grandes civilisations de l’histoire humaine, mais elle n’a pas, de son propre mouvement, produit d’historiographe. Elle a donné le jour, à partir du millénaire suivant, à une immense littérature d’inspiration religieuse.

L’un des traits saillants de l’histoire indienne jusqu’aux alentours de l’époque du Christ est la diffusion graduelle à travers le subcontinent de la conception brahmanique de l’ordre social, dont le principe initial est la tripartition des fonctions (3 classes sociales assument 3 fonctions spécialisées couvrant tout le champ des activités possibles intellectuelles et pratiques explicitement décrites dans le texte indien «lois de Manou» qui énumèrent: les brahmanes  ou prêtres, qui ont pour tâche unique l’administration du «sacré»; les kshatriya  ou guerriers, qui ont pour devoir de protéger la société et d’en assurer le maintien ou l’expansion; les vaishya , commerçants et artisans, qui ont pour obligation d’assurer la subsistance des prêtres et des guerriers. Restent à part les parias , autrement dit tous ceux qui sont indignes de faire partie de l’une ou l’autre des trois classes précédentes) , d’essence indo-européenne, rendue plus complexe par le contact avec les sociétés indigènes et progressivement systématisée par la réflexion brahmanique sous la forme de la combinaison organique de castes.

À mesure que l’idéologie de la caste prend corps dans l’Inde aryanisée (cf Civilisation de l'Indus), un type d’organisation politique spécifique remplace les structures tribales. L’unité caractéristique en est le petit royaume segmentaire, qui regroupe un éventail de castes dans un ensemble ayant une individualité propre. Cette structure cellulaire va de pair avec un fourmillement de conflits, d’où émergent périodiquement des épisodes unificateurs, conduits par des dynasties hors série. Les grands États qui s’édifient ainsi sont des structures lâches, où le souverain contrôle de loin des rois vassalisés, lesquels à leur tour sont les maîtres de seigneurs de moindre envergure, et ainsi de suite au long d’une échelle descendante dont le dernier degré est le dominant villageois.
Ces constructions politiques sont fragiles, car le groupe dominant ne peut se passer des groupes assujettis, et n’a pas les moyens économiques et technologiques de leur imposer indéfiniment sa loi. La suprématie d’une dynastie n’est donc que la résultante un moment maintenue d’un système complexe de pressions, dont l’équilibre finit inévitablement par se modifier, soit au profit d’une autre dynastie, soit dans le sens d’un éclatement du champ des pouvoirs. Les conquérants musulmans n’ont pu faire autrement que de se plier à ce modèle. La colonisation européenne l’a fossilisé sans l’abolir
La rencontre de cette dynamique du pouvoir et de l’espace naturel indien explique les grandes constantes géopolitiques de l’histoire du subcontinent. La plupart des empires sont nés dans la plaine indo-gangétique, qui se prête à l’entretien de vastes dominations unificatrices, alors que le Dekkan, topographiquement plus compartimenté, y fait obstacle.

Au nord, les empires naissent dans la vallée du Gange, et englobent dans les phases d’apogée tout l’espace indo-gangétique jusqu’aux frontières naturelles.

Au sud, les bases de la puissance sont la possession des plaines côtières et les bénéfices du commerce maritime.

Cet émiettement chronique est une des causes de la relative fréquence des invasions qui arrivent par les défilés montagneux du Nord-Ouest, voie du contact terrestre avec le reste du monde. Il en résulte, des migrations aryennes à la conquête mogole, un périodique déferlement d’ethnies qui font peu à peu du subcontinent une mosaïque de combinaisons raciales.
Le grand essor commercial de l’Inde classique date de la longue période intermédiaire qui sépare les Maurya des Gupta  correspondant aux periodes Sunga et Kusana (- 176 a + 320).
 

Période néolithique  (~7000 à ~3500)

Les plus anciennes traces connues de l’activité humaine dans le subcontinent indien sont des gisements paléolithiques de galets taillés et d’éclats, du Pléistocène moyen (400 000-100 000 ans avant notre ère); les principaux ont été découverts dans la vallée sub-himalayenne de la Sohan, et sur les rives de la Narmadã. Au Mésolithique apparaît une industrie de microlithes, représentée sur de nombreux sites dans l’Inde méridionale et centrale jusqu’aux monts Vindhya et au bas Indus. Cette industrie, à l’est de l’Indus, n’est pas associée à la poterie avant le IIe millénaire. Elle survit à l’apparition, presque simultanée, de la pierre polie et du cuivre, dont l’usage se propage lentement du nord vers le sud au cours du même millénaire, en même temps que l’agriculture. Elle ne disparaît qu’avec l’introduction du fer, qui se répand dans l’Inde du Nord dans la première moitié du Ier millénaire, et dans l’Inde péninsulaire au cours de la seconde.

La stratigraphie de Mehrgarh (Béloutchistan, prés de la riviére Bolan), Tombe neo-mehrgarh ~6000 site fouillé depuis 1974, a montré les témoins d’une occupation humaine ininterrompue du Néolithique ancien sans poterie (env. 7000) à la période mûre de la civilisation indusienne ou harappéenne (2500-2000) : maisons de briques crues très sommaires et  tombes dites "à murets" (à connotation métaphysique). Ces tombes sont des fosses dont une paroi a été creusée pour y déposer le défunt puis fermée par un muret de briques crues  afin de former une sorte de sarcophage. Des objets accompagnés le défunt (paniers en vannerie, bols en pierre....)
 

Période chalcolithique (~3500 à ~1750)

Figurines en terre cuite datées 3500 pour les premières très rustiques (figure à peine ébauchée et insistance sur les attributs féminins); vers ~3000 les formes s'affinent quelque peu, des incisions marquent le sexe ou l'entrejambe, le visage est mieux formé, quelques groupes constitués de femmes avec enfants dans les bras (2700), les attributs féminins étant moins exagérés. On note l'importance des coiffures et des parures.
 

Civilisation de l' Indus (~2700 à ~1750)

Dès le IVe millénaire, sur la bordure orientale du plateau iranien, vit une nébuleuse de tribus et de villages d’agriculteurs-éleveurs au moins partiellement sédentaires, qui vers 3000 avant J.-C. fabriquent une céramique peinte de qualité. Ils commencent à utiliser le cuivre, et connaissent l’irrigation.

C’est assez soudainement que se développe, autour de 2500 avant J.-C., dans la plaine voisine de l’Indus, (actuel Pakistan) la plus vaste civilisation urbaine du Chalcolithique dite civilisation Indusienne – sans que la transition avec la culture précédente soit encore bien élucidée. L’archéologie, depuis 1921, a mis au jour, du pied de l’Himalaya à la mer d’Oman, sur une aire vaste comme deux fois la France, 70 villages et bourgs dominés par deux villes majeures distantes de 600 kilomètres, Mohenjo-Daro au Sindh (trés partiellement fouillé aujourd'hui car les archéologues se heurtent à des problémes de terrains instables et inondables)  et Harappã au Pañjãb (découvert au 19° siècle et qui ne bénéficiant pas des techniques archéologiques et de l'expérience actuelles des archéologues a fait en quelque sorte les frais de fouilles parfois désastreuses).

L’ensemble présente des affinités avec la civilisation urbaine de la Mésopotamie contemporaine. Les créateurs de cette civilisation, axée sur le système fluvial de l’Indus et la côte de la mer d’Oman, pratiquaient l’irrigation, cultivaient les céréales et le coton, et commerçaient par la mer avec les ports mésopotamiens du golfe Persique. La civilisation de l’Indus s’éteint vers le milieu du IIe millénaire, après un long déclin imputable au moins partiellement à des causes écologiques.

Mohenjo-Daro et Harappã,  comprenaient chacune :

L’urbanisme était hautement développé. Les rues dessinent un quadrillage régulier, immuable à travers les reconstructions successives. Elles sont bordées de bâtiments de brique cuite (la brique crue servant pour les blocages et les parties abritées), pourvus de salles de bains. Des puits et des canalisations de poterie reliées à la rivière assuraient l’approvisionnement en eau, tandis qu’un système de drains et d’égouts permettait l’écoulement des eaux usées: ce souci de propreté se justifiait par les risques de malaria dans ces régions tropicales .

Non moins rationnels étaient les plans de Chanhu-Daro (à 200 km au sud-est de Mohenjo-Daro) de Kalibangan et de Lothal, cette dernière cité se trouvant dotée en outre d’un bassin et d’un entrepôt.

Lorsque l'on procéde aux fouilles sur ces sites, et que l'on dégage les murs des bâtiments on est interloqué par leur hauteur. Ce phénomène s'explique par le fait qu'il y a eu empilement au cours des siècles des maisons sur elles-mêmes selon un plan immuable.

Un outillage métallique diversifié et perfectionné; des récipients exécutés au tour dans une pâte rose à engobe rouge et à motifs linéaires noirs (animaux, feuilles du pipal, compositions de cercles sécants et motifs à "écaille de poisson")céramique -2000 av JC; des statuettes, essentiellement féminines,  d’une réelle valeur artistique, modelées à main levée avec des attributs sexuels exagérés mais beaucoup de détails et un visage bien rendu, des sujets de terre cuite: modelés, comme les innombrables «Déesses Mères», des figurines humaines caricaturales et des jouets (animaux souvent articulés, chariots et ustensiles), ou moulés, comme des masques; Sceau cylindre - Sibri ~2000des sceaux plats, en stéatite, qu’on suppose être des marques de marchands, portant gravées la représentation de profil d’un animal (souvent un taureau) et une courte inscription dont les caractères non encore déchiffrés demeurent l’une des grandes énigmes de la civilisation indusienne, bracelets et colliers en agathe, cornaline avec des perles en or..... Toutes ces trouvailles témoignent, avec le tracé rigoureux des villes et la belle tenue de leurs constructions, d’un haut degré de technicité et d’une remarquable unité culturelle.
Par contre on a découvert peu de statues hormis quelques petites sculptures en stéatite sculptées et chauffées (Ex: Buste avec trace polychrome d'un roi-prétre avec costume incrusté de trèfles). De même les arts "profanes", par exemple de délassement, soit n'existait pas en soit se sont perdus parce qu' étant réalisés en matériaux périssables.

Certains indices pourraient indiquer que Harappã serait de fondation moins ancienne et aurait pris de l’importance vers le moment de la rupture de la tradition technologique à Mohenjo-Daro. Vers 1750,  Harappã aurait succombé devant des envahisseurs: selon toute vraisemblance des Aryens (Indo-Européens) venus d’Iran; mais aussi à cause d'un manque d'adaptation à l'environnement le mode de vie semi-nomade des habitants s'étant avéré incompatible avec une civilisation urbaine. Au Gujarãt, la civilisation indusienne serait parvenue relativement tard, à en juger par certaines caractéristiques de l’art évoquées plus haut. Mais protégée des invasions par la distance, elle survécut là plus longtemps qu’ailleurs.

L’association directe de son extinction avec la migration aryenne de la même époque reste à prouver.

L’étude des récipients de céramique inscrite dans un arc de cercle allant de la mer Caspienne à la mer d’Oman et au voisinage de l’embouchure de l' Indus (?) permet de supposer un courant d’influence lié peut-être à un mouvement migratoire d’ouest amorcé dès le début du Ve millénaire. Cette céramique reflète en effet, en les adaptant, les styles iraniens.
 

La civilisation du Gange

Faute de fouilles extensives sur les sites de l’âge du fer de la région gangétique, les ténèbres couvrent en partie la longue période succédant à la décadence de la civilisation de l’Indus et aux invasions aryennes. Certaines fouilles pratiquées à proximité des centres urbains réputés de haute antiquité qui ponctuent la région arrosée par le Gange et la Jumna  ont projeté des lueurs sur la seconde migration des Aryens  qui les mena du Pañjab (pays des «cinq rivières») au Doab (pays des «deux rivières») – et sur l’épanouissement d’une «civilisation du Gange», dont Ujjain, au sud, sur la route qui reliait le Doab à la mer d’Arabie, constituait la pointe avancée.

Les Aryens apportérent avec eux une organisation sociale qui par adaptation et osmose amorcera le découpage social en castes : Brahmanes - Nobles - Artisans et ouvriers - Esclaves; une langue qui deviendra le sanscrit et un ensemble de textes religieux appelé "Veda". Le védisme préfigure l' Hindouisme.
Les docteurs de cette religion védique, vers -1000 ont composé d'autres textes plus métaphysique. Vers -600 commence à prendre corps un autre groupe de textes Upanisad aux idées religieuses profondes tel que le Samsara: cycle itératif de réincarnation de l'âme et le Karma: résultante des bonnes et mauvaises actions dont l'interprétation avait comme résultat une réincarnation dans un état supérieur ... ou inférieur au précédent, et ceci jusqu'à l'élévation suprême qui permettra à l'ame d'être définitivement absorbé dans l "Âme universelle" (Nirvana)

Il est important de noter que l'on est, 1000 ans avant JC, en présence d'une religion que l'on peut qualifier de monothéiste.

Cette civilisation compte deux phases principales :

Les prétres védiques étaient les seuls à  connaître la pratique ritualiste des sacrifices et des offrandes et donc, il fallait passer par l'intermédiaire d'un  brahmane pour satisfaire aux rites. Ayant abusé de cette position dominante, vers le 6° siècle, des "hérésies" se font formées contre le dévoiement des religieux. Deux sont plus particulièrement connues :

L’apparition de ces 2 grands réformateurs religieux, le Buddha et le Jina, ouvre les temps historiques. Le brahmanisme avait alors largement dépassé les limites orientales du Doãb. D’une poussière d’États émergeait le Magadha (actuel Bihãr) où se déroula presque entièrement la carrière de Buddha. Des constructions dont ce dernier dota sa capitale, Rãjagrha, il reste un mur cyclopéen et des plates-formes de pierre qui pourraient être les fondations de bâtiments en bois et en terre, disparus. À Kausambi, non loin d’imposants remparts d’argile crue revêtus de brique cuite et renforcés de bastions (VIe s. av. J.-C.?), se trouvent les ruines d’un des premiers stupa  élevé après l’entrée du Buddha dans le Nirvana.

Cependant, au nord-ouest, des étrangers surgissaient à nouveau. Après la conquête de la Bactriane, de l’Arachosie et du Gandhara par son père, Darius Ier annexait le bassin de l’Indus, vers 518 avant J.-C.: l’hégémonie iranienne devait s’y maintenir jusqu’à la victoire d’Alexandre le Grand sur Darius III en 331. Des contacts existèrent vraisemblablement entre l’Inde gangétique et le puissant empire achéménide: les Perses passent pour avoir introduit au nord du subcontinent, en même temps que l’écriture araméenne, le fer et l’usage de la monnaie, ainsi que certaines techniques architecturales et des thèmes décoratifs dont il sera question plus loin.
 

Sous les Maurya (env. 320-176 av. J.-C.)

Candragupta, père de la dynastie Maurya, fonda un empire qui allait s’étendre sur la majeure partie du subcontinent. Il ouvrit à son pays les voies du commerce avec le monde hellénique. Dans sa capitale Pãtaliputra (Pãndjãb)  une portion d’une double palissade, délimitant un passage à plafond et à plancher de bois, que longe un canal de bois, donne une idée de l’importance de son enceinte ; l’ouvrage était jalonné de 560 tours et percé d’une soixantaine de portes et d’innombrables meurtrières. Un groupe de colonnes monolithes suggère l’existence d’une salle d’audience assez semblable à celle de Darius à Persépolis; on y accédait par une plate-forme à degrés soutenue par des poteaux de bois.

Asoka accrut le prestige de l’empire Maurya. S’étant rallié à l’idéal bouddhique, il s’en proclama le défenseur dans des édits sculptes sur rocs et sur piliers (lãt) disséminés à travers l’empire et il chargea des missionnaires de propager la Bonne Loi par-delà les monts et les mers. On lui attribue la construction de  84.000 stupa. À Bodhgayã, il fit entourer l’arbre de l’Éveil et le trône de Diamant d’un monument protecteur. Des adeptes des sectes Jaïna et Ajivika creusèrent dans les collines proches de Bodhgayã la grotte de Sudãma, en laquelle certains croient voir le prototype du sanctuaire absidal, et celle «du sage Lomãsa», dont la façade fut certainement retaillée au IIe siècle de l’ère chrétienne.
Les piliers (lãt ) où s’inscrivent les édits de l’empereur sont des monolithes de grès, de section circulaire, fichés dans le sol et sommés d’un chapiteau. Celui-ci se compose d’une partie bulbeuse, «campaniforme» (inspiration assyro-iranienne), interprétation très poussée d’un lotus renversé, d’un abaque et d’un animal en ronde bosse ou d’un groupe d’animaux adossés. Sur l’abaque courent des animaux pleins de vie qui alternent avec des roues. Quatre protomés de lions réunis, servaient de socle à une roue de pierre dressée (symbole de la Loi bouddhique) aujourd’hui disparue. Il ressort de certaines inscriptions d’Asoka que des colonnes isolées préexistaient à son règne, relevant peut-être de la tradition achéménide véhiculée vers l’est après la chute de Persépolis (331).

À l’art achéménide fut emprunté le poli de la pierre, raffinement qui intéresse les images sculptées autant que les ermitages rupestres (façades et intérieurs).
On place à la fin de la période Maurya ou peu après des séries de têtes humaines fortement individualisées, la plupart en grès et très endommagées, des tablettes votives de terre cuite moulée et des statuettes modelées de la déesse de la fertilité (Taxila; bassin du Gange).
 

Dynastie Sunga et début de l' ère chrétienne