Histoire de l'art en Gréce

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La fin de l'archaïsme ( ~490) et le pré classicisme (vers ~490 à ~460)

Les artistes ont triomphé de la plupart des difficultés techniques et la "pensée" se fait plus sérieuse, plus profonde :

Dans aucun domaine, on se limite au superficiel. L'attitude et l'expression des figures s'animent et s'assouplissent, les mouvements se coordonnent davantage, et sur les visages une expression un peu sévère et triste se substitue au sourire de commande des temps passés (époque sévère). Ex: la Boudeuse et son "frère" l' Ephébe blond. Cette animation est encore plus intense dans les peintures des vases, toutes d'origine attique, dont on possède un grand nombre. Nulle période ne fut si riche en décorateurs, également dessinateurs émérites, qui avaient une science extraordinaire de la mise en page et de la composition; et le talent pour trouver le geste exact, le détail précis qui donnent aux oeuvres une vie extraordinaire, malgré l'époque fortement perturbée par les guerres médiques.

Mais c'est surtout en dehors d'Athènes que se développent maintenant l'architecture et la sculpture :
 

C'est alors que commence à s'exercer l'activité d'un peintre que l'Antiquité ne cessa d'admirer : Polygnote de Thasos (~500 - ~440) qui, au lieu d'aligner les personnages sur un plan figurant le sol, eut l'idée de la superposition des plans, à différents niveaux, comme sur le flanc d'une colline; de son pinceau il traçait au-dessous de chacun d'eux une ondulation qui simulait des accidents de terrain et il donnait aux visages de ses héros une expression correspondant à un  état d' âme : lèvres tordues en un  rictus de douleur, mouvement de la pupille suggérant la colère ou l'effroi.

Les oeuvres présentées

Les statues de marbre, de part leur taille, sont fabriquées en plusieurs parties puis assemblées. Il s'établit entre les étoffes et le corps qu'elles recouvrent un véritable "dialogue" tant l'on sent la présence des chairs que l'on devine sous le tissu.

- Coré au peplos : cheveux longs, vêtement long à rabat laissant deviner les courbes du corps; les bras fabriqués à part sont assemblés par encastrement. La statue était polychrome.

Oeuvres d'artistes ioniens (chassés par les perses) :

- Coré de Chio (dite Coré 675) : Vêtement à plicatures sur son chitôn de lin, cheveux longs tressés.
- Coré 670 : Elle porte uniquement le chitôn de lin. On sent le moelleux des chairs sous le vêtement et l'osmose se fait entre l'étoffe et le corps. Cruche aux figures noires

La céramique

On a vu à l'époque orientalisante, l'importance de Corinthe (arybales miniatures ....). Dés 600 les peintres et potiers corinthiens se lancent dans la fabrication de grands vases dits à "figures noires" (cf chap précédent) qui disparaîtront vers 530, avec la domination artistique d'Athènes, et le nouveau procédé de la "figure rouge" (personnages rouges sur fond noir). Également, les peintres attiques commencent à produire de belles oeuvres de ce type.Vase aux figures noires

- Dinos à pied (grand vase pour mélanger l'eau et le vin) de 93 cm de haut, fabriqué au tour. Registres géométriques et animaliers alternés. Sur la partie supérieure : scène de la gorgone décapitée par Persée (480)
- Dinos réalisé par le peintre et potier Sophilos (580); avec des incisions. On remarquera les femmes aux chairs blanches et le nom des personnages à coté de chacun d'eux.

A partir de 550, deux tendances se dessinent dans la figure noire :

Dés 540, les 9/10° des vases importés, même au-delà de la Grèce viennent d'Athènes.

- Cratère à anses en volutes de 66 cms de haut dit "vase François" signé du potier Ergotimos et peint par Clitias de 270 figures (cycle d'Achille, cortège des noces de Thétis, jeux funèbres en l'honneur de Patrocle, mort d'Achille, exploits de Thesée ...)
- Poterie dédicacée par le potier et peintre Nearchos (560) : Achille en armes flatte les chevaux de son quadrige avant le combat. On observe la maîtrise et la précision des incisions dans la peinture noire.

- Des artisans de Sparte : coupes laconiennes peintes par Archesilas.

Vers 525 apparaît une invention attribuée à Andokidés qui consiste à inverser les couleurs; les personnages devenant rouges sur fond noir (technique de la "figure rouge" cf chap précédent). Elle permet par utilisation du pinceau et donc de peintures plus ou moins délayées d'obtenir, mieux que par l'incision qui restera utilisée pour les contours du corps, des détails d'une plus grande finesse et d'une plus grande réalité.

- Séries de vases d' Andokidés dits "vases bilingues" : une face en "figure rouge" et l'autre en "figure noire", marquant la transition entre les 2 styles.
- Cratère en calice, du peintre (et potier vers la fin de sa vie) Euphronios (520). Héraclés terrassant le géant Anthée en le soulevant de sa mère nourricière la Terre. On observe l'agonie rendue par les traits au pinceau sur le visage du géant.

oeuvre figure rouge- Cratère au calice d'Euphronios signé par lui
- Vase du peintre de Sosias : Achille soignant Patrocle. Parfaite maîtrise des détails de l'habillement. L'oeil est, enfin... de profil (500) Oeuvre figure rouge

- Coupe du peintre Douris (480) représentant Eos ailé tenant dans ses bras le corps amolli de son fils Memnon, roi des Ethiopiens, mort au combat.

- Cratère de Vix trouvé dans l'oppidum de Lasoye (France) (voir cours préhistoire). Ce cratère venant d'une tombe d'une riche princesse est d'origine grecque. Il faut insister sur la maîtrise des métallurgistes capables de couler d'une seule pièce un objet de cette taille (1m65) et de cette masse (208 kgs) puis de le travailler par martelages et recuits successifs.
 

La peinture permettant plus d'audace que la céramique, la statuaire ou la sculpture avait toujours tendance être précurseur. Les peintres classiques atteignaient des sommets dans la maîtrise des formes et la préhension du mouvement ainsi que dans la minutie du détail (ongles des pieds, cils des yeux,...). Les autres formes d'art suivirent, en franchissant les obstacles techniques propre à leur art.

 
Oeuvre figure rouge

En architecture

A la fin du 6° siècle apparaît de petits édifices, sans implantation rigoureuse. Ce sont des chapelles votives, destinées à la présentation des offrandes ou a glorifiait un exploit, que l'on appelle  des "trésors"

Particulièrement nombreux à Delphes (# 20) on en trouve dans tous les grands sanctuaires grecs. Ériges par une cité à l'occasion d'un événement heureux dont elle fait hommage à Apollon, les trésors valent souvent plus par leur architecture que par les offrandes qu'ils abritaient et qui sont de toute manière perdues. Les plus anciens, tel le trésor des Corinthiens, construit vers ~600 par le tyran Kypsélos, sont de simples chambres; mais, à partir de ~530 le porche à 2 colonnes, ioniques ou doriques, prédomine.

Les mieux connus sont :

Les plus récents étant les trésors de Thébes (vers ~370) et de Cyréne (~350-~325), la mode de ce type de bâtiment aura donc duré à Delphes un peu moins de 2 siècles.

Mais on continue à construire des temples :

- Plan du temple dorique d'Aphaia (divinité locale) à Egine de 13,8 x 28,8. Périptére, recouvert de stuc avec une cella tripartite et un naos à colonnade double et à 2 niveaux. Une porte en bronze fermait le naos. Le fronton Est (~480) et le fronton Ouest (~470) montrent bien la transition entre époque archaïque et classicisme.

....et à produire de merveilleuses sculptures :

- Ephébe du sculpteur Critios : Ce n'est plus un coros car ici la maîtrise de l'anatomie et des mouvements du corps sont évidents (renflement des muscles tendus, contraction d'un tendon, ....)
- Coré du sculpteur Euthydikos dite "la boudeuse", polychrome à l'origine, au visage ovale un peu mou.
- Son "frère" dit l "Ephébe blond" au regard pensif. Observer le travail de la chevelure épaisse, longue et nattée (~480).
 

Les bronzes

L'époque géométrique, qui se termine vers 730~, n'a étudié que timidement les objets en bronze. Les statuettes humaines et animales, indépendantes ou fixées sur des trépieds, montrent que l'originalité stylistique des écoles régionales se dessine vers ce 8° siècle.
Athènes est en retard sur le Péloponnèse, et sans production notable avant le milieu du 8° siècle. Hydrie du 5 siecle

 Les oenochoés (fin ~7° s) rhodiennes, après avoir été mises au point à Rhodes, sont, pour la plupart, faites en Etrurie; ce sont les premiers vases de forme fermée façonnés dans un seul morceau de tôle.
Dans la vaisselle à décor corinthien, il est malaisé de faire le partage entre ce qui a été fait à Corinthe même, dans les colonies corinthiennes de l'Adriatique, ou en Campanie.

Les vases de bronze laconiens, exportés au début du 6° s depuis les Carpathes jusqu'en Sicile, trouvent un prolongement à la fin du siècle par une  production qui parait s'être déplacée en Grande Grèce, et à quoi il faut rattacher le cratère de Vix et le grand chaudron à lions couchés découvert dans une autre tombe hallstattienne du 6° siècle, à Hochdorf, dans le Bade-Wurtemberg.

Ci-contre une hydrie du 5° siécle
 

Pourquoi le bronze remplace t'il le marbre ?

Dés la fin du 6° siècle, les peintres, dont le pinceau était libre, s'étaient plu à représenter des personnages en plein mouvant, sautant, dansant, courant, se livrant parfois à de véritables acrobaties. Les sculpteurs ne pouvaient pas alors les suivre sur cette voie, retenus qu'ils étaient par la difficulté de faire tenir en équilibre leurs statues de pierre, sans un appui (lance, tronc,...). Le bronze se prêtait mieux que la pierre a des essais de ce genre et, après des artisans qui, sur une moindre échelle, suivirent la trace des peintres en façonnant des statuettes de terre ou de métal, vers 470, quelques sculpteurs représentèrent des attitudes d'une hardiesse étonnante.

Malheureusement la majeure partie de ces oeuvres en bronze a été réutilisée, refondue pour d'autres usages (armes, vaisselles, outils....) au cours des siècles suivants, et l'art des bronzes grecs de l'époque classique est essentiellement connu à travers les copies romaines en marbre, avec tous les risques d'interprétation et d'imagination possibles, ainsi que d'approximation, générée par les contraintes des matériaux utilisés.
Par chance, les textes des écrivains romains (Pline, Cicéron,...) et les rares originaux retrouvés, complètent la connaissance indirecte de l'art bronzier de cette époque.

Le problème est aujourd'hui de distinguer ce qui est réellement du 5° ou 4° siècle, donc de fabrication grec; des pastiches et copies d'époque romaine. Plus les examens se font précis, plus le nombre des originaux classique diminue.

D'abord synonyme de mollesse, les romains commencèrent à s'intéresser à l'art, à travers les razzias qu'ils opèrent lors de leurs invasions. Il prend de plus en plus d'importance avec le goût des collections privées, et ceci jusqu'au 1° s après JC. (Cicéron était un grand collectionneur)
 

Les oeuvres originales présentées L'Aurige de Delphes

- Aurige de Delphes (470-466) de 2m de haut. Il faisait partie d'un groupe avec char, chevaux et jeunes gens. La technique utilisée était celle de la cire perdue sur positif . Les différentes parties, moulées à part, ont été soudées.
C'est la figure d'un cocher debout, vainqueur d'une course, enveloppé d'une longue robe serrée à la taille et qui, les rênes entre les doigts, tourne la tête vers le public qui l'acclame. l'homme jeune, semble gêné de s'exposer ainsi et une grâce atténue sa pose un peu crispée. Les yeux, rapportés, ont une cornée en ivoire . Zeus de l'artémision

-Zeus à l' Artémision d'Ephése (460); l'une des 7 merveilles.
-Deux bronzes de Riatché (prés de Messine) de 2m (l'un de 460 et l'autre de 430). Yeux incrustés, comme les lèvres en cuivre rouge. Les dents sont recouvertes d'argent, les poils de la moustache se superposent au cuivre rouge des lèvres sous lesquelles on aperçoit les dents .

- Trône de Ludovisi; c'est un ensemble de 3 bas reliefs, le plus grand, au centre, représentant vêtue d'une fine tunique, une jeune femme que 2 servantes aident à émerger de l'onde; on ne voit que son buste, le geste de ses bras à demi tendus vers le haut, la tête rejetée en arrière et qui semble aspirer vers une vie nouvelle.

En conclusion de cette époque charniére :

Immense maîtrise des techniques de fonte, de coulage, de la connaissance et de la maîtrise des points de fusion des matériaux, du soudage des pièces entre elles, de l'ébarbure et de la ciselure. On est proche de la perfection.

C'en est donc fini des naïvetés de l'archaïsme, mais on est loin encore de la menace des poncifs du plein classique
 

Époque archaïqueÉpoque classique et hellénistique