Arts de la Chine et du Japon

Sommaire Cours   Chronologie chinoise  et  japonaise

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Céramiques Japonaises

Si le Japon, dans le domaine des arts, a souvent hérité des connaissances de son grand voisin la Chine (généralement via la Corée)il est étonnant de constater la vitesse à laquelle l'assimilation s'est faite:  2 siècles à peine. Mais en 894, un dignitaire de l'état refusa de conduire une nouvelle ambassade en Chine. Le Japon avait suffisamment appris pour vivre, un temps, sur lui-même et développer un art original.
L'art de la céramique n'a pas échappé à ce scénario. Son développement au Japon est scandé de périodes d’absorption, où se manifeste un intérêt  pour les formules étrangères, et de périodes d’adaptation au cours desquelles se dégagent les tendances autochtones.

Lorsque, aux VIe et VIIe siècles, le Japon s’ouvre aux influences continentales sous le couvert du bouddhisme, il se met à l’école des artisans venus de Corée pour l’initier. Dès la fin du VIIe siècle, les modèles Tang, apportés directement de Chine, sont si fidèlement copiés qu’il est parfois difficile de distinguer les œuvres importées de celles qui sont exécutées sur place.
Le message religieux exprimé par l’œuvre d’art semble avoir été assez tôt assimilé, mais les principes esthétiques qui ont présidé à sa création échappent aux artisans chargés de la reproduire.
L’élaboration d’un art national à la fin du 9° siècle s’est effectuée dans le cadre étroit et raffiné d’une cour où hommes et femmes rivalisent d’élégance et de talents divers. Leur sensibilité très vive les conduisit à exprimer l'art comme un jeu suprême, entre autres dans la «cérémonie du thé», divertissement de haut goût où tout, de l’arrangement des fleurs aux ustensiles utilisés – doit contribuer par sa perfection et sa sobriété à faciliter l’évasion hors de la vie quotidienne et du temps. Dans le pavillon de thé, s’ouvrant sur un jardin, s’observe une organisation ingénieuse de l’espace, dominée par l’asymétrie, ainsi que l’usage de matériaux très frustes (bois à peine équarri, toiture en chaume ou en écorce d’arbre).

Dans la céramique, les maîtres du thé ont préféré aux formes parfaites de la porcelaine, qui satisfait les exigences tactiles les plus raffinées, les créations plus spontanées – où jouent les hasards du feu – de la poterie et son contact plus rude.

Les premières céramiques

Il semblerait que l'art de la céramique existe au Japon depuis le 7° millénaire sans que cette datation approximative soit unanimement acceptée.
S'il est certain que cet art s'est manifesté avant le 4° siècle av JC , il devient significatif aussi bien par sa production que par ses vestiges à partir de cette époque

On divise traditionnellement l'art de la céramique japonaise en civilisations ou époques.

Civilisation Jömon (-1000 à -300)

Au Kantô apparaissent des jarres en argile montés au colombin à bord ondulé et ourlé,  modelés en forme de masques d’animaux ou humains très stylisés, au décor luxuriant qui donne à ces pièces un aspect baroque.
Vers la fin du IIe millénaire, l’usage, emprunté au Kyüshü septentrional, d’effacer les impressions cordées permettra de varier les surfaces par l’alternance de zones nues et polies et de bandes imprimées. Dans le nord de Honshü des formes nouvelles apparaissent (verseuses en forme de calebasse, coupes) ornées d’un décor qui s’inspire des motifs des bronzes chinois de l’époque des Royaumes Combattants (Ve-IIIe siècle av. J.-C.). Ce style se poursuivra au-delà du VIe siècle de notre ère avec une diminution progressive de l’épaisseur des parois. On constate actuellement chez les artistes contemporains une recherche d'inspiration tournait vers le style de cette époque.

Les figurines en terre de petite taille représentant des chasseurs, ou des femmes, dont les attributs du visage sont incisés, ont été découvertes au Kantô et plus au nord. Elles devaient être destinées à un culte; leur style suit l’évolution de celui des vases; elles s’aplatissent graduellement pour se réduire à des masques.

Civilisation Yayoi (-300 à 300)

Avec l’introduction de la riziculture dans le Kyüshü septentrional apparaît une céramique nouvelle destinée aux usages quotidiens, dite poterie Yayoi (quartier de Tökyö où elle fut découverte pour la première fois, à la fin du XIXe siècle). Progrès dans l’épuration des terres mais la cuisson en oxydation reste mal dirigée. Les pièces ont des formes plus variées, avec recherche d'effets métalliques; elles sont montées à la main et unifiées au tampon. Jarres à ouverture évasée, bassins et coupes sur pied portent un décor de motifs géométriques, tracé au peigne ou à la roulette auquel, dans le Honshü, s’adjoignent des pastilles. Dans le Japon oriental (Kantô) où les Yayoi pénètrent plus tardivement, on note une certaine persistance des décors Jômon.

Représentations humaines figuratives en forme d'amphore.
 

Période des grandes sépultures (300-593) et Époque Asuka et Hakuhô (593-710)

A la fin du 4° siècle apparaissent les haji qui prennent une teinte rosâtre lors de la cuisson à l'air libre ; ces jarres à fond rond, ces pots à couvercle, ces écuelles se retrouvent dans les habitations et dans les sépultures. Leurs auteurs furent à l'origine des haniwa (rangées de cylindres ajourés d’argile fichés dans la terre) apparus au Yamato, à la base des tumulus des kofun (sépultures de très grandes dimensions, d’inspiration coréenne, dont l'entrée est en forme de serrure et sont entourés de fossés); ils seront bientôt surmontés (Ve-VIe s.) de personnages, de modèles d'architecture et d’animaux et le terme haniwa s'appliquera plutôt à ces représentations.
Les kofun ont livré un important mobilier (armes, parures en bronze ajouré et doré, céramiques en grès ou sueki ). Certains de ces objets sont d’origine coréenne, d’autres furent fabriqués sur place par des artisans venus de la péninsule. La religion étrangère : le bouddhisme– d’abord tenue en échec par les adeptes des cultes locaux – sera officiellement imposée à la cour, à la fin du VIe siècle.

Voici quelques haniwa célèbres :

- Guerrier samouraï en terre avec son armure souple et ses attributs guerriers
- Chasseur au faucon, chevelure partagée par des rubans, vêtements fermés également par des rubans.
- Joueur de cithare assis
- Chaman avec un collier à double rang de perles
- Céramiques funéraires (4° à 7° s) en terre grise aux glaçures et décors de personnages sur l'épaulement entre corps et col du vase ou de l'urne.

C’est aussi au Yamato que, vers la fin du Ve siècle, naquirent les sueki , d’origine coréenne. Ceux-ci utilisent des fours creusés à flanc de colline (cf céramiques chinoises). Les cuissons en réduction à haute température produisent des grès gris sombres, non poreux, qui portent parfois à la partie supérieure des coulures d’une couverte plus ou moins résultant de la retombée de cendres végétales se condensant sous la voûte du four.
Les pièces sont faites en plusieurs parties, et sont raccordées à la main après séchage. Elles semblent, dans les débuts, avoir été réservées aux usages funéraires: coupes montées sur un haut piédestal muni de perforations et dont l’épaule s’orne de personnages modelés à la main, jarres entourées de petites coupes, fourneaux, marmites.
Avec la diffusion du bouddhisme et la volonté de centraliser le pouvoir des souverains, les sueki perdent leur caractère funéraire et deviennent des objets d’usage.

Des ambassades accompagnées d’un personnel de moines et d’étudiants sont envoyées à la cour des Sui en 607, puis à celle des Tang qui leur succèdent en 618, à leur retour ils rapportent au Japon l’art des Tang. Fondation des premiers sanctuaires bouddhiques, édifiés par des artisans coréens selon les procédés de l’architecture chinoise.
 

Epoque de Nara (710-794)

En 710 la capitale est Nara.Le rayonnement chinois est a son apogée. Le bouddhisme est florissant mais la religion japonaise (shintô) subsiste.
Les ateliers de la cour réunissent de nombreux artisans – sculpteurs, peintres et calligraphes – qui décorent les palais et les monastères ou copient des sûtra. Tout un peuple de sculpteurs – en bronze, laque sec (kanshitsu ) ou plâtre – orne les  sanctuaires et conserve le souvenir de l’art chinois du VIIe siècle: élégance des proportions, réalisme des visages, rehauts peints.

Les yakko  (pots à médecine) du Shôsôin (756), de même que les anciens fragments, (frottoirs à encre, flacons à col resserré) recueillis sur l’emplacement du palais impérial (Heijô-kyû), montrent la transformation des sueki. Dans ce dernier site, ils voisinent avec de nombreux haji (rouge à l'origine) qui leur ont emprunté certaines formes (fourneaux, marmites). Ces derniers semblent surtout réservés à la cuisson des aliments et à l’usage courant.

L’usage d’une glaçure plombifère colorée au moyen d’oxyde de cuivre a été introduit au Yamato au milieu du VIIe siècle par des artisans de Corée du Sud. Mais, dès le premier tiers du VIIIe, ce sont les trois couleurs Tang qui inspirent les potiers japonais. Plusieurs fragments d’origine chinoise ont été recueillis mélangés à des imitations japonaises le plus souvent en deux couleurs (vert et blanc, jaune et vert). Les exemples les plus fameux de cette production autochtone sont les pièces conservées au Shôsôin de Nara: bols à aumônes, bassins, vases; on compte aussi des kotsu-tsubo (pots à couvercle/urnes funéraires), renfermant les cendres des défunts après leur crémation (celle-ci étant devenu courante au 8° s), des vases à eau lustrale (kundika ) et des encensoirs, imitant des formes d’orfèvrerie, qui ont été exhumés dans de nombreux emplacements de sanctuaires bouddhiques ou shintô, proches des résidences des gouverneurs de province.
 

Epoque Heian (794-1185)

Au début du IXe siècle, dans l’est de Nagoya, sur les pentes de la colline de Sanage, les kai-yu  revêtent les récipients d’une décoction de cendres végétales, de chaux et de poudre de pierre posée à la brosse avant la cuisson en réduction dans des fours à pente très accentuée.
 bolathe japon12sLors de la création de Heian, nouvelle capitale impériale, des fours à tuiles vernissées ont été établis dans la ville. Les bols, d’abord carénés à l’imitation de pièces d’orfèvrerie, puis aux parois arrondies, ont une base creusée en son centre, laissant sur le pourtour une large bande plate ce qui suppose l’emploi d’une tournette. Bientôt, succédera un petit pied rapporté .On y remarque l’influence des productions chinoises, introduites  dès le milieu du IXe siècle.Vers le Xe siècle, pour les distinguer des modèles chinois, on désigne ces imitations japonaises utilisées à des fins rituelles sous le nom de aoshi . Ils sont alors fabriqués dans la région de Sanage et s’ornent d’un décor floral incisé (pivoines, lotus). Revêtus de glaçures, ils subissent une seconde cuisson, dans un emplacement éloigné du foyer. Les mêmes fournées fournissent aussi des shirashi  en terre blanche, revêtus d’une couverte blanchâtre à reflets verts à base de cendres végétales et de poudre de pierre, posée par trempage, aspersion ou à la brosse. Une cuisson en oxydation donne au corps une teinte rosée. L’usage du tour à main est fréquent. Tous ces procédés étaient très répandus en Chine, en particulier pour la fabrication des céladons. L’imitation de ces Yue se manifeste aussi dans les formes: verseuse à anse et à bec, pot à col rétréci et épaule bombée ornée de quatre anses, muni d’un couvercle à petit bouton de préhension.
 

Époque Kamakura (1185-1333)

A la fin du IXe siècle (époque Heian 794-1185), la décadence des Tang entraîne l’interruption des relations officielles avec l’Empire chinois.  Le Japon se replie sur lui-même et élabore rapidement une culture et un art proprement nationaux.

C'est une période militaire: Yoritomo prend le titre de shôgun (général en chef) et crée, loin de la capitale, à Kamakura dans le Kanto, un gouvernement militaire.
Dans l’art plastique, le réalisme assez pictural de la Chine des Song se conjugue avec un retour aux styles de l’époque de Nara, dans une lignée de grands sculpteurs réunis autour d’Unkei.

L'évolution de la céramique se perçoit dès la fin du XIe siècle avec l’affaiblissement du pouvoir central et la primauté des Fujiwara. Cette première période voit se renforcer la puissance des grands propriétaires terriens qui pour défendre leurs territoires convoités par leurs voisins, s’arment et deviennent des guerriers (buke ) qui succèdent aux kuge (aristrocrates).

La production des haji noircis partiellement par enfumage subsiste pour les écuelles, les marmites et les fourneaux. Les sueki d'origine coréenne, dont les fours sont répandus dans tout le Japon, fabriquent des jarres et des pots destinés à la conservation des semences, à la préparation de l’alcool de riz ainsi que des mortiers. Dans la région de Nagoya, enrichie par une amélioration du climat, la demande de vaisselle est croissante. Les cuissons s’effectuent en empilage, les couvertes, posées à la brosse hâtivement, finiront par disparaître presque complètement dans les yamajawan  qui, jusqu’en 1955, étaient considérés, avec les haji et les sueki, comme les seules céramiques japonaises antérieures au XIVe siècle.
La fabrication des shirashi apparus à l'époque Heian, s’était répandue le long du littoral du Tôkai jusqu’ au-delà de Shizuoka mais on n’y utilisait pas de couverte, à l’exception de celle due aux retombées de cendres végétales.
Au nord-est de la baie de Nagoya, les fours d’Atsumi imitent les jarres à sillons concentriques de Sanage. Dans ce domaine des Fujiwara, la production semble avoir été surtout réservée à des usages religieux. Les jarres s’ornent de pétales de lotus, d’inscriptions incisées, d’herbes d’automne agitées par le vent, de libellules, de papillons. L’élégance des calligraphies et des motifs ornementaux, s’inspirant des laques et des papiers décorés, montre les liens de cette production avec l’aristocratie de la cour. On a retrouvé sur plusieurs fragments le nom de Fujiwara Akinaga, ami des impératrices de l’époque.

Dans la péninsule de Noto, au nord de Kanazawa, se développe une activité céramique dans les fours de Suzu. Dans ces jarres en terre, dont la couleur noirâtre est due à une cuisson en réduction, on retrouve des calligraphies élégantes, des décors incisés d’herbes d’automne, des motifs ondulés tracés au peigne. Grâce à un trafic maritime croissant, cette production se répandra vers le nord, le long du littoral.

Vers 1300 sous l’influence des céladons de Longquan, la région donne naissance à des vases en forme de bouteille à épaule gonflée et col resserré se terminant par une ouverture en forme de goulot ou à des potiches au corps parfois côtelé et à ouverture rétrécie munie d’un petit col droit. Ces pièces s’ornent d’un décor floral incisé sous une couverte jaune-vert. Née dans la région de Nagoya, cette production se répand vers Seto, plus au nord, d’où le nom qui lui a été donné de Ko-seto. De nombreux vases de ce genre ont été exhumés à Kamakura et l’on peut supposer qu’ils remplacèrent les importations chinoises
 

Époque Muromachi (1333-1573)

Comme la précédente c'est une époque militaire. Takauji, fondateur d'une dynastie de shogun,s'établit à Kyôto, dans le quartier Muromachi, et ses successeurs font régner la culture des Song. Leurs navires rapportent de Chine de nombreuses œuvres d’art. Peintures, laques, soieries, céramiques ornent les demeures somptueuses.
C’est dans ce cadre raffiné que sont célébrées les premières cérémonies du thé (cha-no-yu). Contrairement aux idées reçues, elle n'a aucun aspect religieux; c'est l'occasion d'une recherche du calme, de la sérénité, de la réflexion en commun autour d'une habitude sociale.

Les potiers de Seto s’efforcent d’imiter les fameux temmoku de Jian dans des bols revêtus de deux couvertes superposées à base de fer.
Les fours de Tokoname sont plus proches du littoral et créent de grandes jarres pour la conservation et le transport des marchandises. L’argile y est mêlée d’une terre rougeâtre recueillie dans les rigoles des rizières.
La production de Tokoname se répand du nord au sud. Elle inspire la production des fours d’Echizen qui passe de la tradition des sueki aux cuissons en oxydation et imite les modèles venus du Japon oriental. De nombreux fours suivent cet exemple. Il en est ainsi de Tamba, d’Iga et de Shigaraki, près du lac Biwa.

Les potiers de Mino créent les ki-seto , petites pièces au corps très blanc revêtu d’ une mince couverte qui, cuite en oxydation, prend une teinte jaune clair. Bols à thé, coupes lobées imitant les formes des laques Ming, petites coupes destinées au kaiseki  (repas maigre accompagnant la cérémonie du thé), boîtes à encens, vases à fleurs, s’ornent d’un décor gravé de fleurs ou de légumes et seront bientôt rehaussés de taches vertes d’oxyde de cuivre.

Vers le milieu du XVIe siècle apparaissent les seto-guro, bols à thé montés à la main mais au pied travaillé sur le tour avec une spatule de bambou. Grâce à un procédé rapide de refroidissement, les couvertes à base de fer ont un aspect noir et brillant, très différent des effets obtenus dans les premières imitations de temmoku chinois effectuées à Seto. Ainsi, naissent les premières chawan  dont les formes moins régulières s’accorderont au goût japonais. Enfin, des couvertes blanches épaisses et semi-opaques revêtent les shinô , montés à la main, qui offrent une surface grumeleuse et inégale, laissant apparaître par endroits et, surtout, près du pied, le corps rosi par une cuisson en oxydation. Ces shinô ne tardèrent pas à s’orner d’un décor très calligraphique peint en brun de fer sous la couverte, d’influence Bleu et Blanc Ming.
Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, la bourgeoisie marchande prend goût à la cérémonie du thé  séduite par les couvertes naturelles de Tamba, d’Iga et de Shigaraki, près du lac Biwa, de même que par les productions d’Imbe (Bizen) où les potiers ont l’habitude de séparer leurs pièces par des nattes de paille qui, au cours de la cuisson, sous l’effet de la combustion, produisent des taches ou des réseaux rougeâtres. Les jarres à thé, les pots à eau (mizusashi ), les vases à fleurs sont d’un aspect fruste et présentent des craquelures ou des déformations provoquées par des cuissons à haute température.
 

Époque Azuchi-Momoyama (1573-1603)

En 1573, Nobunaga, militaire et homme d'état,fait son entrée à Kyoto. D'un naturel curieux il inaugure une des périodes les plus brillantes de l’art japonais, où le désir de luxe des gouvernants se conjugue avec celui de l’exotisme avivé par les voyages lointains et par la présence des Portugais. Mais, dans ces milieux brillants, un célèbre chajin  (maître du thé), Sen no Rikyü, restera le maître de la simplicité, créant des pavillons de thé exigus et en matériaux légers, utilisant des poteries d’aspect fruste

Chojiro est à l'origine, avec son fils Donyu, des bols légers aux parois droites, revêtus d’une glaçure plombifère noire ou rosée cuite pour lesquels l'empereur remis à Donyu un cachet en or portant le caractére raku  (joie) qui est resté la marque de production d'une lignée de potiers

Pendant les guerres contre la Corée (1592 et 1596) les fours campagnards du sud de la péninsule coréenne furent dévastés et leurs artisans déportés au Japon. Ils furent à l'origine du perfectionnement des techniques japonaises de céramique et surtout de la porcelaine.
Tournage, moulage, modelage à la main de plaques d’argiles étaient nécessaires pour réaliser les mukozuke , plats carrés à bords droits, ondulés, ou en forme d’éventails. Les E-Shino (nom de la ville de Shino) à décor à base de brun de fer ont une couverte beaucoup moins opaque qui permet des compositions plus savantes: fleurs et oiseaux, paysages, filets de pêche, crustacés. Les seto-guro possèdent une couverte noire animée par des réserves à couverte blanche ornée de brun de fer.

En dépit de l’établissement à Edo des shôgun Tokugawa (1603), Kyôto resta longtemps la capitale culturelle et artistique du Japon, la vieille cité impériale devint également célèbre pour ses potiers. Outre la lignée des Raku, on compte d’autres fours cités dans les textes des chajin de l’époque.

Après avoir tenté d’envahir la Corée, Hideyoshi successeur de Nobunaga meurt en 1598; son lieutenant, Tokugawa Ieyasu, crée en 1603 un nouveau shogunat et s’établit à Edo.
 

Epoque Edo (1603-1868)

À l’imitation des Raku, Ninseiceramique kyoto 1815à Kyoto potier génial qui chercha a combiner plusieurs techniques inventa des jarres revêtues d'un engobe à base de kaolin laissant le gré apparaître à la base et peints aux émaux de petit feu comme une porcelaine. Il y ajoutait des nuages travaillés en inclusion d'or ou d'argent  nécessitant une cuisson supplémentaire. Comme pour les Raku,  il identifiait ses oeuvres avec un cachet. Il initia à son art Ogata Kenzan (1663-1743), descendant avec son frère Kôrin de riches marchands de soieries. La production plus tardive de Ninsei, ornée d’émaux colorés et parfois de rehauts d’or, reste le symbole de l’époque Genroku (1688-1703) qui vit l’apogée des grands bourgeois de Kyôto.

Aoki Mokubei, s’adonna aussi à l’art céramique et fit preuve d’un grand éclectisme, s’inspirant souvent de modèles chinois, tout en les adaptant au goût de son époque. Cet éclectisme se retrouve dans les créations d’Okuda Eisen (1733-1811), et d’Eiroku Hozen (?-1884) qui délaissèrent souvent la poterie pour la porcelaine dont les procédés de fabrication s’étaient répandus à travers le Japon depuis la province méridionale de Hizen.

Naissance de la porcelaine

Vers 1616 le Coréen Risampei, ramené des expéditions en Corée de 1592 et 1596, découvre dans les environs de Arita (Kyôshô) des gisements de kaolin, qui auraient donné naissance à la porcelaine japonaise. Celle-ci s’inspira d’abord des modèles coréens et chinois à décor peint en bleu de cobalt, puis utilisa les émaux de petit feu apportés de Chine par les Hollandais. Les potiers japonais ne tardèrent pas à l’imiter et substituèrent aux modèles coréens les décors chinois de la fin des Ming. Plusieurs ateliers s’ouvrirent dans Akaemachi (la «rue de la peinture rouge»), à Arita. Les rouges et les bleus dominent dans des pièces assez lourdes dont les décors, bientôt surchargés, sont rehaussés de dorures.

Certaines productions de Arita se distinguent par la qualité des pâtes et des décors :

- les Imari (nom du port vers l'Europe) ornées de grands motifs floraux . Elles seront imitées, pendant un cours laps de temps, dans les fours de Kutani.
- les Kakiemon nom du potier qui japonisera la porcelaine en créant des décors de fleurs, oiseaux ou brocarts techniquement semblables aux 5 couleurs Ming mais d'un esprit différent plus léger et plus naturel ou dominent le rouge, le turquoise et le jaune aux tonalités transparentes que fera valoir une couverte laiteuse. Il inspirera les Nabeshima dont voici quelques oeuvres représentatives :

Au début du XIXe siècle, lorsque la porcelaine est associée à la vaisselle de laque dans la vie quotidienne, des fours s’établissent dans diverses provinces, mais leurs créations peu originales s’attachent surtout au décor.

La fin des shogun Tokugawa (1913) accuse ce déclin dans la porcelaine comme dans la poterie, à l’exception de la production de quelques fours campagnards restés fidèles à la tradition.


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