Arts de la Chine et du Japon

Retour sommaire Chronologie chinoise  et  japonaise

Peintures Japonaises   Que sais-je p 71

Pour expliquer les différences picturales entre Chine et Japon il faut observer que la Chine a la taille d'un continent et que son histoire remonte a prés de 5.000 ans (même si l'empire date de -221); alors que l'état japonais existe depuis le  4° siècle ap JC et qu'il est constitué d'un ensemble d'îles "égarées" au milieu de l'océan. Le japonais a rapidement pris conscience de son relatif isolement et de la nécessité d'être attaché au moins culturellement au reste du monde et en tout premier lieu à son immense voisin.

C’est par l’intermédiaire du bouddhisme et grâce à des artisans coréens que l’art de peindre fut apporté au Yamato (NE d'Osaka), et la tradition situe à l’an 610 l’introduction par le moine-peintre Donchõ, des procédés de fabrication de l’encre, du papier et des couleurs. Celles-ci sont d’origine minérale: rouge (ocre, cinabre, rouge de plomb), jaune (ocre jaune et litharge), vert (malachite), bleu (azurite), auxquels s’adjoindra, à l’époque Heian, le violet, extrait de la plante murasaki .
La peinture japonaise, comme l'art bouddhique déjà étudié, est essentiellement issue de la peinture chinoise, elle en subit donc fortement l'influence dans le style des premières peintures (vers 623). On constate ensuite une période d'assimilation jusqu'à la fin du 9° siècle, avant d'acquérir sa propre originalité, souvent diversifiée, à l'iconographie originale et avec un sens du mouvement nettement plus marqué qu'en Chine.

Alors que la Chine souligne dans sa peinture le coté universel, l'aspect moral, l'organisation de la société et recherche la pérennité, la peinture japonaise insiste sur l'unicité des choses, le coté unique de chaque matière vivante ou inerte. Elle développe avant tout la notion de l'éphémère proche de notre "carpe diem" romain.

L'art japonais est marqué par la religion d'origine le shintô toujours perceptible aujourd'hui.

On distingue les périodes artistiques suivantes dans lesquelles la peinture occupe une place de plus en plus importante :

Période Yayoi(-300 à +350) et Période des grandes sépultures (ou Kofun : 350 à 600)

         La peinture japonaise s'exprime pendant ces périodes dans l'art bouddhique rupestre (Voir chine2: Art bouddhique).

Époque Asuka et Hakuho (593-710)

Des ambassades sont envoyées à la cour des Sui en 607, puis à celle des Tang qui leur succèdent en 618. Shõtoku (593-621) préside à la fondation des premiers sanctuaires bouddhiques, édifiés par des artisans coréens selon les procédés de l’architecture chinoise. Des praticiens d’origine continentale sculpteront ou peindront les images bouddhiques, tel Tori, descendant de Chinois. À la fin du VIIe siècle, les ambassades rentrant de Chine, accompagnées d’un personnel nombreux de moines et d’étudiants qui se sont perfectionnés sur le continent, apportent au Japon l’art des Tang. Les peintures murales du Kondõ (temple d’Or) et du Hõryu-ji (cf Chine2) furent, jusqu’à leur disparition dans les flammes en 1949, les témoins prestigieux de la peinture bouddhique des Tang.
Le Japon a alors rattrapé son retard, et la grande triade en bronze du Yakushi-ji, dont les plicatures laissent apparaître le modelé des corps, reste le symbole de cette maîtrise nouvelle.
Époque de Nara (710-794)
En 710, une capitale fixe (Heijõ-kyõ, aujourd’hui Nara) est établie. Le rayonnement de l’Empire chinois atteint alors son apogée. Le bouddhisme est florissant, mais la religion japonaise (shintô = «voie des dieux») subsiste .
Les ateliers de la cour réunissent sculpteurs, peintres et calligraphes – qui décorent les palais et les monastères ou copient des sutras et un bureau des peintures est installé au palais en 702. Les supports employés sont la soie mais aussi le chanvre et parfois le cuir et la laque. Au Nord-Kyushu, où abordent les navires japonais, chinois et coréens, parviennent des objets d’art qui sont ensuite dirigés vers la cour. Un grand nombre de ces trésors sont aujourd’hui encore conservés au Shõsõ-in, où furent entreposées en 756 les collections de l’empereur Shõmu
Époque Heian (794-1185)
C'est une époque de stabilité économique et de paix.Une iconographie nouvelle apparaît. Les images peintes dans le style de la fin des Tang (Toshodai-ji de Nara fin 8° s) se multiplient. Les paravents, destinés à la cour, s'inspirent des légendes de Chine. Fin du 9° s l'interruption des relations avec la Chine entraîne la création d'un art national, l'éclosion de la littérature , des poèmes et des romans.La cour, dominée par les Fujiwara vénère Amida, forme sino-japonaise du sanskrit Amitayus  («la Vie éternelle»). On voit les statues et peintures envahirent sanctuaires, paravents et vantaux de portes
Premières peintures religieuses. Une grande place est faite aux paysages et les compositions sont plus mouvementées.

La peinture la plus marquante de l'époque est un ensemble de soies(?)  illustrant le conte de Genji (1001 à 1010), considéré comme le premier roman et l'un des plus longs.
Il a été composé par Murasaki Shikibu (né en 978 à Kyoto), nom d'emprunt d'une dame d'honneur de l'impératrice Akiko à la cour impériale des Heian, prés de Kyoto capitale de l'époque.

C'est l'histoire d'un prince : Genji, mais aussi une description des moeurs de l'époque Heian, de la vie de cour , des intrigues et de l'intérêt portait aux arts et à la littérature à cette époque.
Le conte comporte 54 chapitres. Il existe une traduction anglaise de  Edward G. Seidensticker publié en 1976. Les parties originales les plus anciennes sont du 12° siècle.

Genji est l'un des fils de l'empereur de Chine. Lorsque l'empereur se remarie a Fujitsubo, qui ressemble à sa 1° épouse, celle-ci a une aventure avec Genji et de cette liaison nait un fils que l'empereur reconnaît, malgré sa  ressemblance avec Genji. Mais Genji est un séducteur qui aime toutes les femmes : Rokujo, la dame à la fleur d'oranger, Nijo une jeune orpheline , sans oublier sa femme :Aoi, qui est très affectée par ses fredaines.
Ses visites nocturnes avaient lieu grâce à la complicité de Koremitsu la servante de Genji.
A la suite d'un esclandre Genji est banni de la cour, plus à cause des intrigues et des rivalités que pour ses fredaines. Après 2 années passées au bord de la mer à Suma et Akashi, il est réintégré dans ses fonctions et devient plus prudent dans ses aventures.

Les empereurs de l'époque avaient plusieurs femmes et plusieurs enfants et s'il vivait avec l'une il pouvait très bien dans le même temps avoir un enfant d'une autre femme.La trame des intrigues est complexe et les femmes appuient leur pouvoir par l'intermédiaire d'un premier ministre...
Finalement, Genji rentre dans les bonnes grâces du nouvel empereur (son fils !!) mais l'on sent que la situation n'est pas stabilisée.
Le livre se termine sur une compétition burlesque entre les rivales pour obtenir les faveurs de l'empereur. Chaque femme est soutenue dans cette compétition par un ministre puissant qui s'efforce de séduire l'empereur.
 

genji et une femmeGenji et une femme genji
 
 
histoire du prince genji chap 29 Chapitre 29 genji chap 44 Chapitre 43  genji chap 43Chapitre 44
 
 
Dans ces peintures du conte de Genji, les personnages n'expriment ni émotion ni sentiment. Ce sont les couleurs et les vêtements qui "montrent" ceux-ci :
Scène joyeuse mais légèrement mélancolique : couleurs vert tendre, fraîcheur des objets, jeunes gens.
Scène triste : tonalités sombres, jardin morne, les herbes folles poussent, le vent souffle.

Ces scènes ont été dessinées à l'encre puis transposées sur papier avant la pose des couleurs en "à-plat" , c'est la superposition des couches de peinture qui permettent d'obtenir les nuances et les modelés.

Époque Kamakura (1185-1333)
La croyance en Amida et la vénération qu’on lui porte continuent à se développer.
Les moines Zen répandent leur doctrine de méditation et introduisent un mode d'architecture plus simple et dépouillé
Légende de la princesse Chujo
Époque Muromachi (1333-1573)
L’introduction du Zen (le Chan chinois) fit connaître la calligraphie des Song qui, se répandit parmi les moines, puis parmi les guerriers. Mais c’est la peinture monochrome des Song et des Yuan qui devait exercer sur les Japonais une véritable fascination. Le lavis (suiboku ) permettait de modeler les formes, au moyen de touches et de taches, et de suggérer, grâce à l’encre plus ou moins diluée d’eau, les valeurs aériennes. Ainsi se développe l’art du kakemono  (rouleau en hauteur), que l’on placera dans le tokonoma (étui ?) .
Les paysages, qui servaient d’abord de fond aux représentations pieuses de la secte zen, viennent au premier plan. Les compositions «en coin» de Ma Yuan et de Xia Gui, dont les plans se succèdent en hauteur, sont imitées par Josetsu puis par Shõbun. Ce dernier, qui s’était rendu en Corée en 1423-1424, représenta des paysages chinois souvent un peu artificiels. Appelé à la cour des Ashikaga, il exécutera, comme les Ami, des portes à glissière et des paravents, adaptant les modèles des Song du Sud aux formats plus vastes qui en détruisent la cohésion et en accentuent la tendance décorative. Formé lui aussi dans un monastère, Sesshu Tõyõ (1420-1506) se rendit en Chine entre 1467 et 1469

École des Tosa. C’est la seule école à maintenir officiellement la tradition de la peinture japonaise (Yamato-e ) élaborée aux époques Heian (IXe-XIIe s.) et Kamakura (XIIIe-XIVe s.).
Occupant le poste de chef du bureau de peinture (Edokoro) de façon héréditaire, la famille Tosa assure la continuité de l'art traditionnel japonais et jouit du monopole de la plus haute position à laquelle puissent prétendre des artistes.
Elle dirige aussi le Bureau de peinture de la cour militaire et bénéficie du patronage de l’aristocratie et de la classe guerrière. C’est la plus puissante école du Yamato-e .
L’artiste le plus important de cette école et celui qui en établit le style pictural est Mitsunobu (1430 env.-1522) : peintures bouddhiques, rouleaux narratifs (e-maki ), grands paravents, portraits.
Par l’union des jeux d’encre dans la tradition chinoise et des vifs coloris du Yamato-e , Mitsunobu crée un effet nouveau qui dominera la peinture japonaise pendant de nombreuse années. Parmi les plus célèbres e-maki  de Mitsunobu, on citera l’Histoire du temple de Seisui  (Seisui-ji Engi ) et la Légende de Tenjin  (Tenjin Engi ); dans ces œuvres, l’artiste dépeint avec talent les activités humaines et la ferveur religieuse des paysans. Son fils Mitsumochi (mort en 1559) fait preuve du même éclectisme dans le choix de ses sujets.

Vers 1570, les guerres civiles rendent précaire l’existence de l’école Tosa à Kyoto. Elle fuit la capitale et s’installe dans le petit port de Sakai près d’Osaka. Après avoir perdu le patronage de la cour, Mitsuyoshi (1539-1613) et ses descendants survivent en faisant de minutieuses illustrations pour de riches marchands.
À l’époque de la grande peinture décorative, l’école Tosa connaît une période de déclin, mais elle se rétablit à Kyoto vers le milieu du XVIIe siècle et elle retrouve une certaine prospérité grâce au talent de Mitsuoki (1617-1691) et Kaihõ Yushõ.  Ainsi renouvelée, la tradition familiale se perpétuera jusqu’au XIXe siècle.

Époque Azuchi-Momoyama (1573-1603)
L'école Kanõ domina la fin du XVIe siècle et devint fournisseur des Shogun entre le 17° s et 1853.
Les peintres de cette école utilisèrent, comme dans l'école des Tosa, les principes des Song du Nord. Les peintures sur fond or sur paravents et portes coulissantes se généralisent, avec ajouts d'à-plats de couleur . Kanõ Eitoku (1543-1591) orne les demeures de fusuma  à fond d’or aux couleurs opaques cernées d’une ligne souple et épaisse.
Ses thèmes sont très divers: légendes chinoises, paysages de la capitale et surtout évocation des saisons par d’infinies variations sur telle ou telle plante caractéristique. Grâce à son important atelier, Eitoku a rayonné sur la plupart des artistes de son temps. Seuls des hommes d’une forte personnalité purent se dégager de son emprise, tels Kaihõ Yushõ (1533-1615) et surtout Hasegawa Tõhaku (1539-1610), dont le cerne est moins épais et les couleurs plus transparentes. Le paravent Bois de pins  révèle son habileté dans la peinture monochrome où les noirs nuancés de façon subtile font miroiter le fond blanc.
D’autres artisans restèrent fidèles à la peinture à l’encre, qui s’accordait au goût plus sobre des chajin tel Unkoku Tõgan (1547-1618). La tradition d’Eitoku se perpétue au début du XVIIe siècle avec Sanraku et Sansetsu, qui décorent Nijõ-jõ, à Kyõto, tandis qu’une partie de l’atelier est, en 1614, appelée à Edo pour orner le château des Tokugawa. Tout jeune encore, Tany-u (1602-1674) se fit remarquer par son talent et ne tarda pas à diriger l’atelier shõgunal. Ses descendants, tombant peu à peu dans un académisme stérile, resteront jusqu’en 1868 les représentants de l’école officielle.
Époque Edo (1603-1868)

La peinture de genre donnera naissance à l'estampe, art du multiple, reproduction en grande quantité à moindre coût. Elle devient oeuvre commune en imposant l'association entre le peintre, le graveur et l'imprimeur.
La peinture Qing et la perspective occidentale trouveront des échos dans les paysages de Hokusai, Kunisada, Eisen, Shuncho et de Hiroshige. Le peintre Korin annonce l'art décoratif japonais.
Ex : 2 paravents   avec un prunier rouge (jeunesse) en opposition avec un prunier blanc (vieillesse, mort).
A partir de 1650, c'est la vogue des paravents de Kyoto parfois jusqu'à 12 feuilles. dans les peintures de genre et scènes de rues, les différentes scènes sont délimitées par des "non-dit" représentés par des nuages ou brumes qui suggèrent un cheminement.

Kunisada
Shuncho
Hiroshige
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